L’affaire de l’assassinat du directeur général de la Sûreté nationale, Ali Tounsi, n’a pas dévoilé tous ses secrets. Hier, au deuxième jour du procès, plusieurs témoins ont été auditionnés par le juge chargé de l’affaire, Omar Belkherchi, dont le médecin légiste, Rachid Belhadj. Appelé à la barre, le Dr Rachid Belhadj, le médecin légiste qui a constaté le décès de Ali Tounsi, a indiqué que «le défunt a été touché par deux balles dont la deuxième était mortelle». Plus explicite, il dit que «ces deux balles étaient logées au niveau de la joue gauche du visage et de l’oreille», affirmant qu’«aucune balle n’a touché le bras», comme l’avait affirmé l’auteur présumé de l’assassinat, Chouaib Oultache, la veille. 

Pour l’expert légiste, la mort du directeur général de la Sûreté nationale «était violente», confirmant que «l’assassinat était prémédité». Il a poursuivi en affirmant que «l’examen approfondi du cadavre a révélé l’existence d’une fracture au niveau des vertèbres cervicales de la victime, preuve que les balles avaient été tirées d’en haut». Le Dr Belahadj continue : «La position du tireur était debout et la victime était assise». Immédiatement, M. Oultache réagit : «Ce ne sont pas mes coups de feu», répétant que ce n’est pas lui qui l’a tué. Il ira même jusqu’à dire qu’«il y a une photo qui prouve» sa version des faits.
Parlant de l’arme du crime, le médecin légiste a affirmé que «le pistolet était un Smith & Wesson de calibre 38 avec des balles à tête creuse», ajoutant que «ce sont ces balles qu’on a trouvées dans le corps du défunt». En d’autres termes, les balles qui ont atteint M. Tounsi sont bien celles du révolver utilisé par l’assassin présumé et du même calibre. Pour leur part, les avocats de la partie civile ont estimé que le rapport d’autopsie et le rapport balistique étaient «des éléments suffisants pour établir la culpabilité de Chouaib Oultache». D’ailleurs, dans son plaidoyer, l’avocate de la famille du défunt Tounsi, Me Chenaif Fatima Zohra, a indiqué que «l’expertise balistique a démontré que les deux balles qui ont tué Ali Tounsi ont été tirées d’un pistolet 38 mm de fabrication américaine Smith & Wesson». A son tour, Me Othmani Othmane qui s’est constitué partie civile au profit de l’ancien chef de la sûreté de la wilaya d’Alger, Abdelmoumene Abd Rabou, a estimé que «la tentative d’homicide volontaire avec préméditation est prouvée contre l’accusé Oultache», en témoigne -a-t-il dit- le fait que ce dernier «a demandé au secrétaire personnel de Ali Tounsi de faire venir M. Abd Rabou avant de l’attaquer directement en usant de son arme». Par ailleurs, quatre éléments de la garde rapprochée ont indiqué, hier dans leurs témoignages chacun qu’ils avaient entendu des coups de feu provenant du bureau de la victime avant d’être informés par le chef de cabinet du DGSN que ce dernier avait été tué par Chouaib Oultache, qui «portait une arme à feu et menaçait tout le monde».
L’élément de la garde rapprochée Hadj Kaci Hacène a précisé qu’après avoir entendu plusieurs coups de feu provenant du bureau de Ali Tounsi, il s’est dirigé avec son collègue Madjid Allaoua vers les lieux et que trouvant la porte fermée, il l’a défoncée pour découvrir M. Oultache assis sur une chaise face à la porte «portant un pistolet et prêt à tirer».
Précisant que la blessure de l’accusé au niveau du ventre lui a fait perdre conscience avant son évacuation, le même témoin a ajouté avoir trouvé Ali Tounsi par terre gisant dans une mare de sang. Appelé à la barre, le membre de la garde rapprochée Hamadou Ahmed a indiqué que lui et un collègue se sont retrouvés face à l’accusé dans le couloir, affirmant avoir demandé à M. Oultache «plusieurs fois de se rendre et de poser son arme par terre» et que devant le refus de ce dernier, il a tiré, le blessant au niveau de l’abdomen.
«Blessé, M. Oultache est revenu sur ses pas pour s’enfermer dans le bureau de Ali Tounsi», a encore ajouté le témoin. Mais l’audience d’hier a été marquée par l’absence de plusieurs témoins, dont le directeur du Groupe Ennahar Anis Rahmani. Ce fut ensuite le temps des réquisitoires, prononcés par le procureur Akrout Larbi contre l’accusé durant plus d’une quarantaine de minutes. Pendant près de deux heures, le procureur général s’est basé dans ses réquisitions sur «les contradictions constatées dans les déclarations» de l’accusé Oultache lors des différentes phases de l’instruction, précisant que «l’accusé cherchait ainsi une échappatoire». D’après le procureur général «le crime a été commis après que l’ex-DGSN ait découvert que l’accusé Oultache avait attribué, en sa qualité de président de la commission de modernisation de la DGSN, un marché relatif à l’acquisition d’équipements informatiques à son gendre, Satour Toufik, pour des sommes faramineuses». Selon le représentant du parquet général, la genèse de l’affaire remonte au 7 février 2010 lorsque la victime, Ali Tounsi, adressa une lettre personnelle à Oultache «lui demandant des précisions sur la véracité des informations concernant l’attribution du marché à son gendre, ce qui a irrité Oultache le poussant à commettre ce crime». Le 25 février 2010, jour du crime «c’est après avoir lu un article dans le quotidien  Ennahar indiquant que le DGSN avait suspendu le chef de l’unité aérienne de ses fonctions, que l’accusé s’est déplacé au bureau de la victime pour demander le report de la réunion des directeurs centraux afin d’éviter une humiliation lors de cette réunion que Ali Tounsi avait programmée pour s’enquérir des résultats de l’opération de modernisation du corps de la police». Et au procureur de requérir la peine capitale contre Chouaib Oultache accusé de l’assassinat de l’ex-DGSN Ali Tounsi et de tentative d’homicide volontaire avec préméditation contre Abdelmoumene Abd Rabou, ancien chef de sûreté de la wilaya d’Alger et contre Abdelaziz Dahlab, directeur du cabinet de l’ex-DGSN. «Nous requérons l’application de la peine capitale contre l’accusé au vu de la gravité du crime commis contre le premier responsable du corps de la police chargé de la protection des citoyens», a déclaré le procureur général dans ses réquisitions. Au moment où nous mettons sous presse, la séance a été levée aux fins de délibérations. Selon les premières indications sur place, le verdict devait être rendu hier dans la soirée.