Poursuivis par le Tribunal de Sidi M’Hamed pour des faits de «dilapidation de deniers publics» et de «conclusion de marchés en violation de la législation en vigueur», la deuxième journée du procès des anciens ministres de la Solidarité et de la Famille, Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat a été marquée jeudi par l’audition des coaccusés et de témoins cités dans l’affaire, notamment du Directeur du protocole et du Trésorier du ministère. Les questions de la Cour ont principalement porté sur des faits de détournement de fonds et de matériels, dont des autobus et des ordinateurs destinés à des associations et dont le montant global s’élevait à plus de 9 milliards de dinars. Les plaidoyers de la défense et le réquisitoire du Procureur sont attendus pour demain dimanche.
En effet, le deuxième jour a été consacré aux «dossiers» d’acquisition d’autobus par le ministère de la Solidarité, notamment du marché d’achat de 800 bus en 2007, ainsi que celui de 57 autres véhicules officiellement achetés au bénéfice des sinistrés des inondations de Ghardaïa en 2008. Mais dont «une partie» seulement avait été livrée aux concernés, a fait savoir la Cour. Les réponses partielles et contradictoires de deux ex-ministres ont ainsi laissé entrevoir un fonctionnement du secteur totalement opaque. Djamel Ould Abbès affirme ainsi que «vingt-deux bus ont été remis aux sinistrés de Ghardaïa, le reste a été distribué à des clubs sportifs». Alors que son successeur Saïd Barkat explique : «A mon arrivée au ministère, j’ai trouvé des associations qui travaillaient comme intermédiaires, j’estimais alors qu’elles étaient là pour aider et renforcer l’esprit de solidarité et le travail envers les personnes dans le besoin.». Le même Saïd Barkat ajoutant à propos du marché de 2007 : «Ce que je sais est qu’il y a eu achat de 360 bus en 2015 et que 44 se sont envolés…», un préjudice de plus de 9 milliard de dinars au Trésor public.
Disparition d’ordinateurs destinés à des bacheliers
En ce sens, interrogé jeudi sur la gestion du ministère de la Solidarité, et plus précisément sur le suivi de l’acquisition, en 2009, de 1 200 ordinateurs destinés aux lauréats du Baccalauréat, mais dont 978 avaient effectivement été remis à l’Office national des examens et concours (Onec), l’ancien Trésorier du secteur Kamel Mechkour a précisé qu’il n’avait eu «aucun droit de regard sur la quantité restante». Une réponse qui interroge encore sur l’opacité du fonctionnement du ministère d’autant que Djamel Ould Abbès avait indiqué, le premier jour (selon l’APS), que «certains ont été effectivement remis à des bacheliers et les autres à des cadres du ministère». Avant d’ajouter jeudi que ces ordinateurs avaient été remis aux athlètes parmi les personnes aux besoins spécifiques qui se sont distinguées lors des Olympiades de Pékin.
Des ambiguïtés que l’interrogatoire de l’ancien chef du protocole du ministère n’a pas levées. Djelloul Saadi, qui a rejeté, lui aussi, toutes les accusations retenues contre lui, a en ce sens indiqué qu’en sa qualité de Directeur du protocole, sa mission «se limitait à préparer les activités et visites du ministre, ainsi que les cérémonies», affirmant n’avoir aucune relation avec la gestion des fonds du ministère. L’ex-responsable ajoutera à ce propos que les cérémonies organisées par le ministère lors desquelles des cadeaux étaient offerts aux personnes aux besoins spécifiques, étaient organisées officiellement en présence des membres du gouvernement et avec une couverture médiatique de la presse publique.
Les «13 faux» chèques au nom de Ould Abbès
Jugement qui devra ainsi démêler le vrai du faux, d’autant que l’ancien secrétaire général du ministère de la Solidarité nationale, Khelladi Bouchenak, avait encore ajouté à la confusion en affirmant dès mercredi que ces mêmes ordinateurs avaient été pris en charge par «Ould Abbès et son protocole». Il est en ce sens à rappeler que l’instruction de l’affaire Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat avait révélé de nombreuses «irrégularités». Des travailleurs du ministère, notamment des agents de sécurité et le chauffeur personnel de l’ancien ministre Ould Abbès, ont ainsi déclaré avoir retiré des sommes importantes «sous la pression», avant de les lui remettre «sur son ordre». Et à ce titre, Djamel Ould Abbès, visiblement abattu par la situation, a néanmoins rejeté avec vigueur toutes les accusations portées contre lui. Même au moment où le juge évoquera un possible détournement de 64 milliards de centimes entre 2014 et 2019, l’ex-ministre se déclare «surpris d’avoir découvert 13 chèques signés en son nom», avant d’ajouter qu’il était victime d’une machination. «Je n’ai même pas bénéficié d’un appartement, j’habitais dans mon domicile personnel. Ma conscience est tranquille». Une ligne que semble également suivre Saïd Barkat, ce dernier déclarant mercredi être «surpris» de se voir accuser de conclusion de marchés illégaux, lui, qui a géré le secteur «avec probité et responsabilité». n