C’est la deuxième année que l’Algérie s’apprête à célébrer l’Aid El Fitr dans une situation exceptionnelle dominée par la pandémie de Covid-19. La situation épidémique est des plus précaires, à la limite d’un basculement vers une situation qui pourrait devenir moins maîtrisée et plutôt ingérable si cette fête venait à être passée dans l’insouciance et le relâchement, tel que constaté ces derniers temps. Pour l’heure, aucune mesure exceptionnelle de confinement n’a été annoncée pour les deux jours de l’Aid, et la parole est donnée aux professionnels de la santé qui avertissent sur le risque que le «laisser-aller l’emporte sur la vigilance» pendant les jours de fête.

PAR INES DALI
Avec les trois variants (britannique, nigérian et indien) qui circulent dans le pays et les habitudes de regroupements des Algériens, en se déplaçant généralement le jour de l’Aid chez la famille, au cimetière, etc., cela peut, en effet, constituer un véritable risque de voir le coronavirus et ses variants se propager et gagner plus de terrain. Conscientiser la population et lui fournir les recommandations utiles dans ce genre de situations est alors le rôle des professionnels de la santé qui, depuis le début, ont largement contribué à cette mission. C’est le cas du Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, qui souhaite que cette fête se passe dans de bonnes conditions.
«On ne le dira jamais assez, il faut respecter les gestes barrières ! C’est probablement le dernier Aid que nous passions dans des circonstances exceptionnelles. Et quand je dis circonstances exceptionnelles, je parle de l’épidémie de Covid-19 et, surtout, des variants dont nous ne connaissons ni la proportion ni la localisation», a affirmé Dr Bekkat Berkani, recommandant aux citoyens d’être conscients et de ne pas céder au relâchement.
Les habitudes des familles dans ce genre d’occasions sont connues et, pourtant, fortement déconseillées actuellement au vu de la situation épidémique devenue inquiétante après que les cas confirmés de Covid-19 aient connu un rebond ces derniers temps. «Franchement, dans une telle situation, il est conseillé aux familles de s’abstenir de faire des visites familiales telles que nous les connaissons par le passé. Car on sait que rendre visite à la famille, c’est faire des embrassades, se réunir autour d’un café… Bref, il s’agit parfois de faire la tournée chez toute la famille, et j’estime que cela n’est pas aussi important lorsqu’il s’agit de préserver la santé d’autrui», a déclaré notre interlocuteur, tout en souhaitant que les gens comprennent qu’il vaut mieux «essayer de s’abstenir de ces visites afin de ne pas véhiculer le virus».
Et au Dr Bekkat Berkani d’expliquer que la transmission du coronavirus et de ses variants peut toujours tromper les gens et avoir lieu, puisqu’il y a des gens porteurs de ce virus et qui ne savent pas qu’ils sont porteurs. C’est pour cela que limiter les déplacements les jours de l’Aid figure en tête des recommandations. «Encore une fois, je rappelle qu’il y a des porteurs sains : il y a des jeunes qui portent le virus et surtout le risque de virus-variant qu’ils peuvent transmettre aux ainés qui ne sont pas vaccinés», a mis en garde le Dr Bekkat Berkani, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, qui regrette que «la vaccination marque le pas dans notre pays». «Nous n’avons pas pu vacciner correctement pour pouvoir nous permettre une ouverture telle que celles programmées dans les pays qui ont dépassé les trente ou quarante pour cent de vaccination», a-t-il admis.
Pour les visites dans les cimetières, les recommandations ne sont pas moins importantes, étant donné qu’il y a beaucoup de déplacements dans ces lieux qui deviennent aussi, parfois, des lieux où des familles peuvent se croiser, se rencontrer… «Dans les cimetières, il faut essayer de respecter la distanciation physique. Il ne faut pas se laisser aller. Il faut mieux éviter les ambassades, les accolades et les poignées de mains», a encore averti Dr Bekkat Berkani.

La peur d’après-l’Aid
L’année dernière, durant l’Aid El Fitr, même la circulation automobile n’avait pas été autorisée et, à ce propos, notre interlocuteur a expliqué qu’en ce temps-là, «nous n’avions pas autant de données sur la maladie et ne connaissions pas encore aussi bien les mesures barrières, etc.». Une année après, il y a une meilleure maitrise des données. «Aujourd’hui, si nos concitoyens respectent les mesures barrières, le port du masque surtout, il n’y aurait pas de raison pour que la circulation automobile soit limitée», a-t-il dit. En fait, c’est finalement le comportement des citoyens qui détermine les mesures à prendre, s’il y aura restriction ou pas des mesures de confinement. «Il faudrait que tout un chacun, à titre individuel ou collectif, puisse respecter les gestes barrières bien plus que par le passé, pour ne pas avoir une situation catastrophique après l’Aid», selon le président de l’Ordre des médecins. Un appel est donc lancé à plus de vigilance durant ces journées de l’Aid, surtout, rappelle notre interlocuteur, qu’il y a «des gens qui se déplacent dans leur famille parfois une semaine avant le jour de fête et il y en a d’autres qui le font la veille».
Il insiste sur le volet de la vigilance car les gens, selon lui, ne se rendent pas compte ou oublient que par ce genre de comportement (le relâchement, ndlr), ils peuvent causer plus de tort à leurs familles, notamment les personnes âgées qui sont les plus vulnérables. «Il faudrait que nous puissions passer notre dernier Aid El Fitr et notre dernier ramadan sous épidémie sans trop de dégâts et sans qu’il y ait un effet rebond que nous ayons à regretter après l’Aid», a conclu Dr Bekkat Berkani.