Après le transfert vers son pays, vendredi soir, du ressortissant italien qui était le seul cas de coronavirus confirmé, deux autres cas (deux femmes) sont apparus à Boufarik, dans la wilaya de Blida. Ces deux nouveaux cas ont été à l’origine d’une véritable panique observée au niveau de l’établissement hospitalier spécialisé (EHS) de Boufarik, lieu de leur hospitalisation, même si toutes les mesures de prévention nécessaires ont été prises.

A cela est venu s’ajouter le rapatriement, hier, de 130 Algériens qui étaient bloqués en Chine. Ce qui recommande une extrême vigilance à laquelle sont appelés tous les citoyens, cela d’autant que l’Algérie a déjà déclaré avoir élevé son niveau d’alerte il y a quelques jours.
Dès dimanche soir, le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a rassuré sur l’état de santé des deux femmes testées positives au coronavirus, indiquant qu’«une femme de 53 ans et sa fille âgée de 24 ans, porteurs sains, ont été confirmées positives par le laboratoire national de référence de l’Institut Pasteur d’Algérie», ajoutant que ces deux personnes «ont été isolées et prises en charge». De même que «le dispositif de surveillance et d’alerte, mis en place et renforcé régulièrement pour répondre à l’évolution de la situation épidémiologique du coronavirus, a permis de retracer le parcours d’un Algérien de 83 ans et sa fille résidant en France, ayant séjourné en Algérie du 14 au 21 février 2020 dans leur famille à Blida et qui ont été confirmés positifs au coronavirus après leur retour en France, le 21 février 2020. Ces deux personnes, asymptomatiques à leur arrivée, étaient en phase d’incubation de la maladie et ont développé des signes cliniques trois jours après, soit le 17 février 2020», a révélé le ministère dans un communiqué. «L’enquête épidémiologique a permis d’identifier les deux sujets contacts de la famille ayant hébergé les deux malades, à savoir une femme de 53 ans et de sa fille âgée de 24 ans, porteurs sains confirmées positives ce soir par le laboratoire de l’Institut Pasteur d’Algérie et isolées et prises en charge. Toutes les mesures sont prises pour empêcher tout processus épidémique», selon la même source.
Peur et psychose
C’est un véritable mouvement de panique qui a été observé hier à l’EHS de Boufarik. Malgré les mesures de prévention annoncées, la déclaration des deux cas positifs de coronavirus hospitalisé au niveau de cet hôpital a été à l’origine d’une situation de psychose, que ce soit au sein des malades hospitalisés ou de ceux venus pour consultations, ou encore au sein du personnel hospitalier. Tous ont fait montre d’une véritable peur d’être atteint par le «maudit virus». Ceux qui avaient des masques les ont portés et ceux qui n’en avaient pas ont tenté de cacher, notamment leur nez, en utilisant qui un mouchoir et qui un bout de tissu en guise de masque. Après ce mouvement de manique généralisée dans cet hôpital, le directeur de la santé publique de la wilaya de Blida, Ahmed Djemai, a tenté, à son tour, de rassurer. «Les deux femmes testées positives au coronavirus sont mises en isolement dans l’hôpital de Boufarik», a-t-il déclaré, «Elles se portent bien» et sont dans «un état stable», a-t-il encore rassuré dans une déclaration à la presse, ajoutant que les deux femmes «bénéficient d’une bonne prise en charge» et qu’«il n’y a pas lieu de s’inquiéter devant la stabilité» de leur état de santé. «Je dis cela pour rassurer l’opinion publique algérienne en général et l’opinion des Blidéens en particulier. La situation est maîtrisée à tous les niveaux. De même qu’une enquête est menée aussi bien avec les deux malades que leur famille pour savoir avec quelles autres personnes elle ont été en contact afin de pouvoir leur effectuer les tests qui s’imposent et les prendre en charge à temps si elles s’avèrent être atteintes du virus et éviter, ainsi, sa propagation», a-t-il soutenu, précisant que «tous les hôpitaux de la wilaya de Blida sont équipés pour recevoir d’éventuels nouveaux cas s’ils venaient à être confirmés».
A propos des moyens de protection, il est utile de noter qu’une grande pression est exercée sur les pharmacies. Les citoyens sont de plus en plus nombreux à vouloir acheter notamment des masques et le liquide désinfectant. Certains pharmaciens déclarent avoir épuisé leurs stocks en la matière. Intervenant à ce propos, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a déjà déclaré, lors d’une réunion avec les producteurs de produits pharmaceutiques de prévention, leur avait donné instruction de ne pas exporter leurs produits et de les laisser sur le territoire national, par mesure de sécurité, afin de pouvoir faire face à toute éventuelle épidémie de coronavirus. Il a même parlé d’une éventuelle importation si cela s’avérait nécessaire, comme il a également assuré que des instructions fermes ont été données aux différents établissements hospitaliers pour se doter du matériel nécessaire, notamment les masques.
Air Algérie, confusion et défaut de communication
Air Algérie a rapatrié, hier, 130 ressortissants algériens de la capitale chinoise. Le P-DG d’Air Algérie, Bekhouche Allèche, a déclaré que le vol en provenance de Pékin, hier, n’était pas un vol régulier de la compagnie, car celle-ci a suspendu tous les vols vers la Chine et ne les a pas encore repris. C’est un vol qui a été «dépêché spécialement» dans le but de rapatrier des Algériens qui étaient encore bloqués en Chine.
Peu avant, durant la matinée, le chargé de communication de la compagnie nationale avait affirmé qu’Air Algérie n’avait pas repris ses vols vers Pékin, ce qui avait contribué à la confusion, cela qu’autant qu’à l’ère de l’Internet et des réseaux sociaux, certains sites électroniques avaient déjà diffusé l’information selon laquelle un vol d’Air Algérie «AH3061» était programmé de décoller lundi matin de Pékin et son arrivée était prévue à 14h30 à l’aéroport international d’Alger.
Quoiqu’il en soit, M. Allèche a précisé qu’Air Algérie a rapatrié «130 ressortissants nationaux établis en Chine», soulignant que «l’ensemble des dispositions sur l’aspect sanitaire ont été prises par la compagnie nationale dans le cadre de ce vol». Il a poursuivi qu’«un dispositif a été mis en place par le ministère de la Santé au niveau de l’aéroport international Houari Boumediène, afin de prendre en charge dans les conditions requises les ressortissants algériens rapatriés de Chine». La liaison aérienne entre Alger et Pékin a été interrompue le 3 février dernier par mesure préventive temporaire en raison de la propagation du nouveau coronavirus, a rappelé le chargé de communication d’Air Algérie, Amine Andaloussi. Rappelons également qu’une opération similaire a eu lieu à la même date, soit le 3 février. 31 Algériens et 17 ressortissants tunisiens, libyens et mauritaniens ont été rapatriés de la ville chinoise de Wuhan à bord d’un vol dépêché sur instruction du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a tenu une réunion du Haut conseil de sécurité, dimanche, au cours de laquelle il a donné des instructions «fermes» pour maintenir un «haut degré» de vigilance et une mobilisation «active» de l’ensemble des secteurs concernés pour faire face à toute éventualité de propagation de coronavirus. Les derniers chiffres annoncés par l’OMS font état de 3.000 décès dus au virus corona parmi plus de 86.000 cas enregistrés dans soixante pays. La plupart de ces victimes se concentrent en Chine où le virus est apparu pour la première fois en décembre dernier.