Un peu plus de deux mois après la reprise des cours et à un mois des vacances d’hiver, prévues exceptionnellement du 28 janvier au 6 février, le secteur de l’Éducation nationale semble réussir le pari de tenir la route face au risque sanitaire et de mener à bien ses programmes pédagogiques. Elèves, enseignants, et parents d’élèves ont pu se familiariser avec le contexte de la pandémie en dépit de quelques «couacs» et autres «failles» qui ont été signalées ici et là notamment aux premiers jours de la saison scolaire 2020-2021.

Mais de manière générale, aussi bien le protocole sanitaire que les réaménagements dans le volet pédagogique ont été appliqués, confie le porte-parole de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), Abdelouahab Lamri Zeggar. Ce dernier n’omet cependant pas de relever que ces deux protocoles gagneraient à être davantage «perfectionnés» à mesure que les chefs d’établissements et la tutelle récoltent les informations nécessaires pour une «évaluation très précise» de ce qui n’a pas bien marché durant les deux premiers mois d’enseignement.
«En dépit des lacunes constatées, et qui continuent de rythmer le quotidien de la communauté éducative, enseignants, élèves et personnel administratif ont fini par s’accommoder au fur et à mesure en dépit des contraintes sanitaires et pédagogiques», selon notre interlocuteur, qui invite tous les acteurs du secteur à «formuler des observations utiles et objectives» pour diagnostiquer les lacunes.
Qu’en est-il de l’aspect pédagogique qui est, parfois, oublié dans les débats, dominés, contexte sanitaire oblige sans doute, par les règles de prévention dans et autour des établissements ? Notre interlocuteur admet qu’au départ, les enseignants redoutaient de faire face à des élèves «dé familiarisés» du rythme scolaire en présentiel et de lutter contre le décrochage scolaire après sept mois de fermeture des écoles. Mais, au fur et à mesure des jours et des premières semaines, «nous avons pu constater que les élèves étaient réceptifs et réactifs, jusqu’à nous surprendre par leurs capacités à rebondir et à assimiler le programme pédagogique», témoigne Abdelouahab Zeggar, qui salue «l’engagement» des enseignants des trois paliers qui «se sont investis pleinement» pour accompagner leurs élèves dans cette phase inédite. M. Zegar reste toutefois convaincu que les devoirs et examens sont les seuls moyen d’évaluer et de jauger ce que les élèves ont appris et compris particulièrement après une scolarité perturbée durant l’année écoulée.
Par contre, le porte-parole de l’Unpef indique, sur un autre registre, que les enseignants des collèges et lycées se plaignent du volume horaire chargé, d’où la nécessité d’ouvrir des postes budgétaires pour trouver une issue à ce problème manifestement devenu récurrent dans le secteur.

Volume horaire important
En temps normal, les enseignants du CEM et du lycée avaient 22 et 18 séances par semaine, mais actuellement, ils assurent jusqu’à 32 séances par semaine. Un volume horaire «harassant», juge le syndicaliste qui craint que les enseignants ne tiennent pas «physiquement» pour le 2e trimestre qui sera relativement long.
S’agissant des conditions de travail et de l’application du protocole sanitaire, le porte-parole de l’Unpef estime que le manque de moyens de prévention constaté dans les écoles a été «rattrapé» depuis la «distribution de l’aide financière allouée aux établissements scolaires», bien que la répartition soit «inégale». A ses yeux, il n’est pas logique d’attribuer la même somme à un établissement de 500 élèves et celui de 100 élèves, estimant plus judicieux que le ministère œuvre rapidement à résoudre cette situation. Plutôt «insatisfait», le président de l’Organisation nationale des parents d’élèves (ONPE) Ali Benzina, dresse, quant à lui, un tableau noir des conditions de scolarité dans les établissements durant ces deux mois écoulés. Ce dernier pointe d’un doigt accusateur «la mauvaise gestion» de la tutelle, dont l’impact se fait ressentir deux mois après la rentrée des classes. «La tutelle aurait dû libérer le plan exceptionnel de programmes scolaires au plus tard en septembre. Ce retard a provoqué un dysfonctionnement dans le secteur que ce soit dans le volet pédagogique ou organisationnel. Pour preuve, plusieurs écoles ont été paralysées et des enseignants et proviseurs ont dénoncé ces lacunes à maintes reprises», soutient-il.
A l’évidence, si des syndicats de l’Education s’accordent à dire que l’application du protocole sanitaire s’est améliorée, le président de l’ONPE indique qu’il est «absent» dans plusieurs établissements scolaires, en ajoutant que l’aide financière attribuée aux écoles n’est pas suffisante, notamment pour les écoles qui comptent des effectifs importants.
Mais, abstraction faite de cette appréciation différenciée sur certains détails, les organisations syndicales ne sont pas loin de dire à l’unanimité que le test de la rentrée scolaire a été plutôt réussi et ceux qui ont vu les signes de l’aventure dans cette reprise des cours auront finalement fait preuve d’alarmisme.