Choc et consternation ! Ce sont les sentiments qui ont dominé hier les opinions médiatiques et politiques de soutien au journaliste à l’annonce du verdict de la Cour d’Alger qui l’a condamné à 2 ans de prison ferme. Les avocats dénoncent un jugement « arbitraire » et « juridiquement infondé ».

Un membre du collectif d’avocats n’a pas pu contenir sa colère. «Nous attendions un verdict de la délivrance, nous avons eu droit à un verdit de l’arbitraire et de la honte», crie-t-il au milieu de plusieurs personnes regroupées devant l’édifice abritant la Cour d’Alger entre journalistes, militants associatifs et citoyens venus apporter leur soutien au journaliste détenu.
Un autre avocat pointe «l’acharnement» de la juridiction contre le journaliste, sinon «comment expliquer que les autres accusés, poursuivis pour les mêmes chefs d’inculpation, ont eu une peine moins lourde», dira-t-il, allusion au verdict prononcé contre Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, condamnés à 1 an dont 4 mois ferme et 8 mois de sursis.
Mais il semble que le dossier de Benlarbi et Hamitouche a été requalifiés pour faire tomber l’accusation «d’atteinte à l’unité nationale» tout en gardant celle énonçant l’«incitation à un rassemblement non armé», alors que les deux chefs d’inculpation ont été maintenues contre le journaliste.
La semaine passée, le Procureur général près la Cour d’Alger avait requis, lors du procès en appel, une peine de 4 ans de prison ferme et une amende de 50 000 DA à l’encontre de Khaled Drareni. La même peine a été requise à l’encontre de Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, poursuivis dans la même affaire et condamnés, en août dernier, à 2 ans de prison, dont 4 mois de prison ferme.
Le 10 août dernier, le journaliste Khaled Drareni a été condamné par le Tribunal de Sidi M’hamed d’Alger à 3 ans de prison ferme, tandis que les activistes Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche ont écopé de 2 ans d’emprisonnement dont 4 mois fermes pour «atteinte à l’unité nationale» et «incitation à un rassemblement non armé».
Un pourvoi en cassation sera introduit
Le verdict, qui n’a pas tardé durant la journée d’hier à susciter l’indignation et la désapprobation des professionnels des médias, des avocats et des militants politiques estomaqués par la sentence, est loin d’avoir atteint la détermination du collectif de défense du détenu incarcéré depuis le 29 mars dernier à la prison de Koléa. «Nous allons faire un pourvoi en cassation», a déclaré l’avocat Mostefa Bouchachi, ce qui rend possible un rebondissement heureux dans cette affaire qui a donné lieu à un élan de solidarité avec le journaliste en Algérie comme à l’étranger. Même son de cloche chez l’avocat Noureddine Benissad, par ailleurs président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH). «Je suis comme tout le monde sous le choc. Evidemment, en tant que collectif de la défense nous allons introduire un pourvoi en cassation tout de suite», a-t-il déclaré à l’annonce du verdict par la Cour du Ruisseau.
«Je suis choqué, car au regard des faits qui sont reprochés à Khaled Drareni, il apparaît qu’il n’a fait qu’exercer son métier de journaliste. Et à ma connaissance, le fait d’exercer le métier de journaliste et le fait d’exercer ses droits constitutionnels n’ont jamais constitué un crime», a souligné Maître Benissad, qui déplore, «une fois de plus, la mauvaise image de l’Algérie en matière d’atteinte aux libertés».
Au sein des partis politiques, la première réaction a été signée par le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, qui a considéré que «le verdict rendu par la Cour d’Alger dans les affaires de Khaled Drareni, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche confirme la régression générale des libertés et la criminalisation de l’exercice de la citoyenneté consacré par la Constitution en vigueur».
Considérant que la condamnation de Khaled Drareni à deux années fermes «restera gravée dans les mémoires et l’Histoire comme l’une des pires instrumentalisations de la justice dans la gestion des conflits politiques et contre le comportement citoyen». Le premier responsable du RCD a ajouté : «Drareni est coupable d’avoir eu une attitude active et responsable dans l’intérêt du métier de journaliste et dans l’intérêt du pays.»