Après deux années de lutte acharnée contre la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19), l’Algérie souffle. Petit à petit, progressivement, le ciel s’éclaircit après la sombre et funeste période Covid – même si cela n’est pas complètement fini – durant laquelle de lourds sacrifices ont été consentis dans tous les domaines, notamment dans la vie économique et sociale.

PAR INES DALI
Plus de 6800 personnes ont perdu la vie suite à leur infection par le maudit virus qui n’a épargné aucun pays au monde, et de lourdes pertes financières ont été subies par le pays suite à l’arrêt de l’activité économique, tous secteurs confondus. Sans oublier que la vie sociale a été réduite d’une façon jamais vue auparavant, de manière à ce que même les visites et les regroupements familiaux étaient devenus un facteur de risque de contamination et, donc, bannies.
Aujourd’hui, la situation épidémique est meilleure que celle vécue durant toute la période de deux années de pandémie. Tous les secteurs d’activité ont pu reprendre, et les restrictions ont été levées y compris concernant l’ouverture de l’espace aérien qui a été élargie. La semaine dernière, plus d’une centaine de dessertes ont été ajoutées au plan de vol de la compagnie aérienne nationale. Cela grâce au nombre des cas confirmés qui est au plus bas avec moins de 50 cas par jour depuis une semaine.
En effet, la baisse des contaminations entamée depuis un mois et demi, après le pic historique du 25 janvier à 2521 cas en vingt-quatre heures, ainsi que le zéro décès enregistré avant-hier vendredi est de nature à confirmer une situation épidémiologique des plus confortables depuis mars 2020, après l’apparition des premiers cas dans la ville de Boufarik (wilaya de Blida) en fin février de la même année.
La situation qui va en s’améliorant requiert une vigilance de toute la population, sur les plans individuel et collectif, afin qu’elle puisse être maintenue, car la probabilité qu’elle ne soit qu’une étape avant de voir apparaître une nouvelle hausse des cas n’est pas exclue par les professionnels de la santé. Dans leur ensemble, ils déclarent privilégier la recommandation de la «prudence». La raison est que le pays a déjà connu des situations d’accalmie qui, après une certaine durée, ont été suivies par un rebond épidémique. Lors des précédentes reprises des cas après une accalmie entre les différentes vagues, l’explication donnée par le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, était de ne pas oublier que malgré la baisse, il subsistait toujours «un fond de contaminations», donc un certain nombre de cas confirmés qui, avec le temps, finit par se propager et transmettre le virus. Et c’est ce qui est, par la suite, à l’origine du nombre de cas qui repart à la hausse. Le résiduel des contaminations qui subsistent, s’il n’est pas bien circonscrit, finit donc par se propager entre les individus, et cela est possible partout, dans les transports, les marchés, le milieu professionnel, les regroupements de personnes lors de meetings, conférences, regroupements familiaux, ou encore dans les salles de sport, les salles de fêtes, etc. D’où «la vigilance» recommandée n’est pas un vain mot.

La vie quotidienne complètement chamboulée
Les deux dernières années de Covid ont été très dures pour l’ensemble des Algériens.
A commencer par le confinement et l’arrêt, d’un seul coup, de la vie de tout le pays au début et pendant les mois qui ont suivi l’arrivée de la pandémie. C’est ainsi que la population a eu droit à plusieurs confinements au gré de l’intensité des vagues successives qu’a vécues le pays, à des ouvertures partielles de certaines activités avant de devoir subir d’autres mesures restrictives quand la situation redevenait grave, voire parfois très dangereuse, comme ce fut le cas lors de la meurtrière troisième vague de Covid-19 pendant l’été 2021.
Le chamboulement de la vie quotidienne restera à jamais gravé dans les mémoires. Les avions étaient restés cloués au sol, les commerces fermés, les transports immobilisés… La circulation interwilayas n’était pas autorisée même pour les particuliers qui voulaient se déplacer dans leur propre véhicule. La scolarisation a dû être stoppée elle aussi, avec la fermeture des écoles et des universités, laissant planer le risque et l’inquiétude quant à l’éventualité d’une année scolaire blanche.

Hommage appuyé au personnel soignant
Pendant ce temps, les blouses blanches exerçant dans les hôpitaux étaient mis à rude épreuve. Le personnel soignant, médical, paramédical et autres, est resté mobilisé pendant toute cette période et continue de l’être jusqu’à présent. Il est vrai que ceux qui ont pris en charge les malades Covid reprennent un peu leur souffle en cette période d’accalmie. Mais cela n’occulte en rien les sacrifices qu’ils ont consentis et les durs moments passés loin de leurs familles, au chevet des malades.
Le secteur de la santé, pendant ces deux années de pandémie, a perdu des centaines parmi le corps des blouses blanches, dont d’éminents professeurs et spécialistes emportés par le Covid-19. Leurs collègues à travers les différentes wilayas et les différents hôpitaux ont connu des moments de tristesse incommensurable, mais n’ont pas baissé les bras et ont continué à faire face à cette maladie lors de ses différentes vagues. C’est dire que les deux ans de Covid sont décrits comme une période «cauchemardesque» par l’ensemble de la population.
La vaccination qui a fait son entrée après une année de Covid dans le monde a été entamée en Algérie fin janvier 2021. Après l’engouement de la population au début, lorsque le pays avait du mal à se procurer les doses de vaccin en raison de la très forte demande à l’échelle mondiale et du nationalisme vaccinal des pays riches, la situation inverse s’est produite. Il y eut une véritable réticence à la vaccination. Plus d’une année après, le pays n’a pas réussi à réaliser son objectif de vacciner 70% de la population de plus de 18 ans à la fin de 2021 pour atteindre l’immunité collective.
Malgré les nombreuses campagnes de vaccination partout à travers le territoire national, et même en dépit du fait que des équipes mobiles ont été dépêchées pour faire le porte-à-porte dans les régions reculées, le résultat est resté en-deçà des aspirations. Le taux national actuel de la vaccination est resté à 30%. La population a fait preuve de réticence malgré la disponibilité de millions de doses de vaccin. Les professionnels de la santé, tout en insistant sur la vigilance, gardent l’espoir de voir cette pandémie se transformer en une endémie et la vaccination n’avoir lieu, peut-être, qu’une seule fois par an, comme pour la grippe saisonnière.