Le Fonds monétaire international (FMI) a sonné le tocsin, hier, quant à l’envolée de la dette publique de plusieurs pays arabes depuis la crise financière de 2008, en raison de leur déficit public persistant. Le FMI, comme à son habitude, n’a pas lésiné sur les mots pour pointer des perspectives de croissance «incertaines» dans ces pays et dans cette région qui ne s’est pas encore «complètement remise» de la crise, a averti Christine Lagarde, directrice générale de l’institution, qui s’exprimait lors d’un forum sur la fiscalité à Dubaï. «La croissance des pays importateurs de pétrole a repris mais reste toujours à des niveaux inférieurs à ceux» de 2008 a-t-elle ajouté, précisant que la dette publique de ces pays est passée de 64% à 85% du PIB en dix ans et que près de la moitié d’entre eux ont dépassé le seuil des 90%. La dette publique des pays exportateurs de pétrole est passée de 13% à 33% du PIB, une progression accélérée par la chute des prix du pétrole en 2014, selon Christine Lagarde, qui préconise le développement par ces pays des énergies renouvelables, dans le cadre de l’Accord de Paris. Dans ses perspectives économiques de la région MENA, récemment actualisées, en fonction notamment de l’évolution du marché pétrolier, l’institution de Bretton Woods a abaissé ses prévisions de croissance pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, et pour l’ensemble de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, sur fond de dégringolade des prix du pétrole, de résultats économiques en berne et de tensions géopolitiques. Dans cette énième mise en garde du FMI quant à l’envolée de la dette interne dans les pays exportateurs de pétrole de la région MENA, l’Algérie n’est pas hors liste, puisque sa dette publique n’a cessé d’augmenter au lendemain du contrechoc pétrolier de 2014, principalement depuis 2016, après épuisement des avoirs du Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR).
Selon le FMI, la dette publique de l’Algérie a considérablement augmenté depuis 2016, mais reste « modérée », se situant, en 2018, à près de 35% du Produit intérieur brut et devrait tester les 40% du PIB cette année.
Il y a quelques semaines, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, lors de la tenue, à Alger, d’un forum d’affaires algéro-sud-coréen, avait confirmé la hausse de la dette interne qui s’établit désormais, selon lui, à près de 40% du PIB, alors qu’elle représentait à peine 20,6% du PIB en 2016 et 27% du PIB en 2017. Selon les projections du Fonds monétaire international sur les trois prochains exercices, la dette intérieure publique devrait rester autour de 40% du PIB, tandis que la dette publique, garanties comprises, passerait à 49% à l’horizon 2023. Ce taux est bien au-dessous de la moyenne régionale, dont certains Etats flirtent déjà avec les 85% du PIB. Le niveau de la dette publique algérienne, rapportée au PIB, reste également inférieur au repère de 70% pour les pays émergents.