PAR INES DALI
La récupération des fonds détournés s’avère être une opération extrêmement périlleuse que ce soit en Algérie ou à l’étranger. En Algérie, ce qui a été récupéré reste «insignifiant par rapport aux crédits bancaires» dont ont bénéficié les auteurs de détournements. Des crédits s’élevant à «près de 6.000 milliards de dinars, dont uniquement 10 à 15% ont été récupérés jusqu’à présent», a révélé le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Pour d’éventuelles autres récupérations, il faut attendre que soient prononcés «les jugements définitifs» dans les affaires intentées à l’encontre des auteurs, a-t-il ajouté lors de son entrevue avec des responsables de la presse dimanche soir. Pour la récupération des fonds détournés à l’étranger, il faut également un prononcé définitif des jugements auquel s’ajoutent les dédales des procédures juridiques qui peuvent durer plusieurs années. «La plupart des jugements ne sont pas définitifs, certains faisant l’objet de pourvois au niveau de la Cour suprême. Or, c’est un point on ne peut plus important, notamment lorsqu’il s’agit des négociations menées par l’Algérie avec les Etats de l’Union européenne. Des Etats qui traitent avec la loi et non avec les sentiments ou la volonté politique», a-t-il précisé, notant que «les premiers contacts avec ces pays, y compris la Suisse, nous ont permis de percevoir une disposition à nous aider dans cette démarche». Il a rappelé que des entreprises européennes sont elles-mêmes impliquées dans ces affaires, dont la surfacturation, et que les fonds détournés ont été investis en Europe et non en Algérie. Reconnaissant implicitement la difficile traçabilité des détournements dans certains cas, il a affirmé que leurs auteurs «devront un jour dévoiler les emplacements secrets de ces fonds, c’est dans leur intérêt».
Après avoir réitéré son «engagement» à poursuivre cette démarche de récupération des fonds détournés, le Chef de l’Etat a toutefois indiqué que «les circonstances que nous avons traversé n’étaient pas favorables, notamment la pandémie de Covid-19. Nous n’allons pas mettre en péril la vie de nos cadres en les dépêchant en Europe où la moyenne d’atteinte au coronavirus reste très élevée». Annonçant de bonnes nouvelles à attendre durant ce mois, il a confirmé l’information dévoilée par l’ambassadeur d’Algérie en France évoquant la récupération de 46 propriétés immobilières dans l’Hexagone, dont des châteaux et des appartements luxueux.
Des estimations d’experts mais non encore officiellement confirmées font état de «50 à 60 milliards de dollars transférés illicitement vers l’étranger», notamment vers des pays européens, les Etats-Unis et les paradis fiscaux dans les pays arabes du Golfe. Les experts en droit des affaires ont également averti que la récupération des fonds est une opération très complexe pouvant durer des années et que même si l’Algérie parvenait à récupérer des fonds transférés illégalement, ce ne serait qu’une partie des montants considérables détournés.