Le collectif des avocats de défense des détenus d’opinion devrait se réunir aujourd’hui à Tizi Ouzou pour décider des actions à entreprendre au lendemain du prolongement de l’ordonnance de « mandat de dépôt» à l’encontre de six des porteurs du drapeau berbère.

Les avocats qui se sont mobilisés bénévolement pour la défense des détenus politiques et d’opinion du mouvement populaire se déplaceront dans la ville des Genêts en réponse à l’appel du bâtonnât de Tizi Ouzou.
« Chaque confrère proposera et donnera sa vision sur la manière la plus adéquate pour défendre les détenus du mouvement populaire», explique Maître Yamina Alili, avocate au Barreau de Tizi Ouzou et membre du même Collectif de défense. La tendance, selon elle, va au « boycott » des procédures de la première présentation devant le Procureur de la République et le juge d’instruction. Mais pas que, ajoutera-t-elle, puisqu’il est aussi question de « s’abstenir d’introduire des demandes de liberté provisoire qui ont été rejetées jusque-là, notamment par les cours et tribunaux d’Alger ».
Jusqu’à samedi dernier, les robes noires ont recensé « 85 détenus du Hirak ainsi que 18 placements sous contrôle judiciaire » sur le territoire national. Ils sont poursuivis pour « atteinte à l’unité nationale, incitation à l’attroupement et à la violence, atteinte à la sécurité de l’Etat ou démoralisation des troupes de l’Armée en temps de paix ». Les avocats ont constamment dénoncé « les atteintes aux libertés individuelles et collectives dont sont victimes les Algériens depuis l’enclenchement du mouvement populaire en cours ». Des juristes s’accordent à dire, dans ce contexte, que « les libertés d’expression et le droit de prendre part à une manifestation pacifique sont garantis par la Constitution et les lois en vigueur ». Ils conseillent ainsi aux magistrats instructifs, qui placent de façon systématique en « détention préventive » les citoyens interpellés lors des marches hebdomadaires de vendredi ou de mardi, de ne respecter que la loi, leur reprochant le « recours abusif » au mandat de dépôt, une mesure « d’exception » qui tend à devenir « la règle ». Pis encore, « le juge d’instruction à la chambre 11 près le tribunal de Sidi M’hamed a prolongé le mandat de dépôt à l’encontre de 6 détenus interpellés au 18e vendredi de mobilisation populaire, alors que ces derniers font partie d’un groupe de 19 manifestants arrêtés le même jour à Alger et placés en détention préventive le 23 juin dernier », soutient un avocat. Le même groupe des 19 manifestants arrêtés boucle dans moins d’une semaine quatre mois de détention provisoire. Et c’est à la surprise des avocats, qui s’attendaient à la prononciation d’un « non lieu » ou « renvoi » du dossier devant la chambre criminelle pour le procès des détenus, que le juge d’instruction a prolongé la détention préventive contre le premier groupe arrêté pour port du drapeau berbère « pour un procès politique et des dossiers vides ». Pour rappel, l’ordonnance de « détention préventive » est renouvelable une seule fois pour une durée de quatre mois et le juge d’instruction est dans « l’obligation » de donner des arguments sur une décision pareille.