Le Comité national pour la défense des détenus (CNLD), qui a vu le jour lundi dernier, à l’initiative des familles des détenus, s’est mis déjà en l’action. Conjoncture oblige, ses membres se rendront, aujourd’hui, à la maison d’arrêt d’El-Harrach pour s’enquérir des conditions de détention des jeunes emprisonnés depuis plus d’un mois pour avoir brandi le drapeau amazigh lors des manifestations populaires. Cette visite intervient suite au rapport détaillé des avocats des détenus sur leur condition de détention et l’avancement de la procédure judiciaire, explique un communiqué du CNLD.
A travers le document, les avocats du Collectif ont rapporté des faits graves qui «méritent d’être portés à la connaissance de l’opinion publique». Ainsi, le collectif de défense a dénoncé, dans son rapport, les conditions de détention au niveau de la prison d’El Harrach lesquelles, selon eux, relèvent «d’une époque qu’ils croyaient à jamais révolue». Et d’ajouter que «dans cet établissement, la dignité d’un détenu est une notion étrangère». Les avocats dénoncent, également, dans le même rapport, le traitement réservé à la détenue Samira Messouci, élue à l’APW de Tizi Ouzou, qui «subit une pression morale indigne de cette institution». «Pour pouvoir se soigner à l’infirmerie, on lui impose de porter un hijab sous prétexte que l’infirmier qui doit l’examiner est de sexe masculin», s’indigne le CNLD. Selon la même source, l’acharnement de l’administration pénitentiaire «va jusqu’à lui interdire le port de la robe kabyle et du foulard (amendil) qui va avec, qu’elle avait choisis elle-même devant l’insistance de cette administration à vouloir lui imposer de porter le hijab le jour de son jugement au tribunal de Sidi-M’hamed, portant ainsi atteinte, une fois de plus, à sa conviction et sa liberté de choix».
Le comité rappelle que les détenus «ne sont ni des corrompus ni des voleurs des richesses du peuple comme certains de leurs colocataires». Ce sont pour la plupart, ajoute-t-on, des jeunes qui «sont déterminés à parachever la libération du peuple après l’indépendance arrachée par leurs aînés dont l’un deux, le valeureux commandant Bouregaâ, est leur compagnon d’infortune».
«Ces jeunes ont choisi de vivre dignement dans leur pays. Certains avaient programmé leur mariage pour cet été, mais n’ont pu réaliser leurs projets en raison d’une détention aussi injuste qu’illégale. Ces jeunes empêchés de se marier, l’un, le 18 août, et l’autre, le 24 août, sont Arezki Chami et Yazid Kasmi», lit-on dans le même communiqué.
«Des séquelles psychologiques aux torts de la justice instrumentalisée et soumise seront gravées à jamais dans leurs mémoires», s’indignent les membres du comité. Sur le plan de l’instruction du dossier, le CNLD relève «un traitement qui s’étire volontairement dans le temps». Pour lui, il est clair que «le seul objectif d’une procédure qui n’a pas lieu d’être au regard de la loi est de faire des détenus une monnaie d’échange ou un moyen de chantage pour la concrétisation de la feuille de route pour régénérer le système qui a ruiné le pays». Le rapport des avocats offre ainsi un autre argument pour le CNLD pour réitérer «l’exigence de leur libération immédiate et inconditionnelle».