PAR NAZIM B.
Des mesures d’élargissement au profit des jeunes détenus d’opinion ont été prises par le chef de l’Etat à l’occasion de la célébration du 59e anniversaire de l’Indépendance du pays. La mesure concerne les jeunes en détention et qui sont poursuivis pour «attroupement», selon le communiqué du ministère de la Justice, qui précise que l’opération d’élargissement se poursuivra pour toucher d’autres manifestants.
«A l’occasion du 59e anniversaire de la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse, le ministère de la Justice informe l’opinion publique que le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a décrété des mesures d’élargissement au profit des jeunes poursuivis pénalement et se trouvant en détention pour avoir commis des faits liés à l’attroupement et autres actes qui y sont liés», a indiqué le département de la Justice. «Les juridictions compétentes ont procédé, à partir de la date d’aujourd’hui (dimanche, NDLR), à l’élargissement de ces individus dont le nombre s’élève à l’heure de la rédaction de ce communiqué à 18 détenus et l’opération se poursuit pour les autres», a ajouté la même source. La mesure, si elle est de nature à ouvrir une brèche pour un climat moins tendu entre les autorités et les partisans du Hirak populaire, suscite également des attentes pour les autres détenus estimés à près de 300, selon des avocats et le Comité national pour la défense des libertés (CNLD). «Nous ne pouvons pas donner le nombre exact des personnes poursuivies en justice pour leurs opinions, car, les arrestations et les incarcérations se font quotidiennement. En plus, en prison, il y a des détenus qui sont jugés, d’autres qui attendent de passer devant le juge. Par contre, nous pouvons avancer le chiffre de 300 détenus d’opinion. Il y a également des centaines de poursuivis», précise, à ce propos, Maître Toufik Belala, un des avocats des détenus. D’autres avocats ont eu à s’alarmer suite à la montée des cas d’incarcérations. «Depuis que j’exerce comme avocat, je n’ai jamais constaté autant de cas d’atteinte aux droits et des libertés, contraires à la Constitution. Nous enregistrons une répression sans précédent du Hirak. On est arrivé à un point où l’on arrête arbitrairement des gens en pleine rue. Environ 214 personnes sont emprisonnées pour avoir participé aux manifestations du Hirak», s’est indigné pour sa part Mostefa Bouchachi. Du côté de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), aile de Hocine Zehouane, la grâce est jugée plutôt «insuffisante». «Gracier une dizaine de détenus d’opinion poursuivis pour attroupement, oui, mais c’est insuffisant, il faut libérer l’ensemble des détenus d’opinion et surtout cesser la répression, respecter les droits humains et abroger toutes les lois liberticides, particulièrement l’article 87 bis du code pénal qui constitue une menace avérée contre les droits humains», a indiqué la LADDH.
Cette organisation non-gouvernementale rappelle, à cet effet, qu’«en février passé, il y a eu une grâce, deux mois après, nous sommes revenus au même chiffre de détenus et, aujourd’hui, nous avons atteint le chiffre de 300, dont un journaliste, un avocat, un chef de parti politique, un président d’association… Une répression jamais égalée auparavant dans le Hirak».
Les formations politiques du courant démocratique (FFS, RCD, PT, PST…) ont condamné de façon unanime ce qui a été qualifié de «tout-répressif» contre toutes voix discordantes et de contestation.