L’Algérie a déclaré «prendre acte» de la désignation de l’ancien colonel à la retraite Bah N’daw comme président de la transition au Mali. En langage diplomatique, la position algérienne vaut comme une reconnaissance du choix des militaires au pouvoir dans le pays de désigner un «civilo-militaire» pour diriger le processus de normalisation politique devant conduire à la tenue d’élections dans un délai ne dépassant pas les dix-huit mois.

Cette reconnaissance n’est pas à considérer pour autant comme un plein soutien au nouveau pouvoir dont il est attendu qu’il ne s’éternise pas à la tête du Mali et que, au point de vue d’Alger, il respecte ses engagements de respecter l’accord signé en 2015 dans la capitale algérienne et d’œuvrer à un règlement définitif des problèmes du Nord-Mali.
«L’Algérie attend avec intérêt la mise en œuvre du reste des institutions de la transition en vue de permettre une conduite apaisée et calme de la période de transition vers l’organisation d’élections qui acteront le retour à l’ordre constitutionnel au Mali frère et voisin», précise un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Il y est souligné que «l’Algérie continuera de suivre de près l’évolution de la situation au Mali» et qu’elle se «félicite de l’attachement de l’ensemble des parties maliennes à la mise en œuvre effective de l’accord d’Alger et réitère son engagement, en sa qualité de chef de file de la médiation internationale et présidente du Comité de suivi de mise en œuvre de l’accord (CSA), à tout entreprendre pour poursuivre la mise en œuvre de l’accord en tant que seule voie à même de permettre au Mali de préserver durablement sa stabilité et de relever les défis multiples auxquels il fait face».

Réunion entre le CNSP et la coalition des mouvements de l’Azawad
Hier, mercredi, une réunion entre le CNSP et la coalition des mouvements de l’Azawad CMA a eu lieu en vue d’une participation au Conseil national de transition, son organe législatif. Ce fut «une rencontre constructive», a déclaré le porte-parole de la CMA, Almou Ag Mohamed après cet échange avec quatre responsables du CNSP. A son issue, il a été convenu de mettre en place une commission technique qui doit travailler à partir d’aujourd’hui, jeudi, pour étudier les demandes exprimées par l’Azawad. Ses mouvements veulent une référence plus explicite à l’accord d’Alger dans le préambule de la charte de la transition. Il est impératif d’y ajouter, selon la CMA, qu’elle se fonde aussi sur l’accord d’Alger en plus de la Constitution de 1992 comme écrit dans son préambule. Les mouvements de l’Azawad veulent aussi que l’application de cet accord figure clairement dans les objectifs de la feuille de route de la transition.
Lundi dernier, dans la soirée, le chef de file des militaires au pouvoir, le colonel Assimi Goïta s’est engagé dans son discours sur les 60 ans de l’indépendance du Mali à mettre en œuvre l’accord d’Alger. La CMA attend donc des prolongements concrets afin de siéger au Conseil national de la transition, son organe législatif. En attendant, l’horizon international semble s’éclaircir pour les acteurs de la transition malienne. L’ancien chef d’Etat nigérian Goodluck Jonathan, le médiateur des Etats d’Afrique de l’ouest, était attendu hier à Bamako pour évaluer si les conditions sont réunies pour une levée des sanctions de la Cédéao. Un signe que les relations entre les deux parties semblent évoluer difficilement mais positivement. Mardi, le colonel Assimi Goïta, a enjoint la Cédéao de lever ses sanctions et réitéré son soutien à la présence des forces internationales face aux jihadistes. «Nous avons accepté les principes de la Cédéao, à savoir la nomination d’un président civil, puis la désignation d’un Premier ministre. Je pense que dans les jours à venir la Cédéao doit enlever ces sanctions pour le bonheur de la population malienne», a-t-il déclaré. Après avoir eux aussi pris note de la désignation de Bah N’Daw comme président de la transition, les Etats d’Afrique de l’ouest mettent la pression en ce qui concerne le futur détenteur du poste de Premier ministre. Ils voudraient voir en ce futur responsable de l’Exécutif de la transition un profil de vrai civil.