Après les tirs groupés de la Russie et de l’Arabie saoudite à l’adresse de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), c’est au tour du Secrétaire général de l’Opep, hier, de critiquer l’agence pour le contenu de son rapport, appelant les compagnies pétrolières à ne plus investir dans les énergies fossiles afin de pouvoir atteindre les objectifs de zéro-émission carbone à l’horizon 2050.

Par Hakim Ould Mohamed
En effet, le Secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo, a exhorté les membres de son Organisation à investir davantage aussi bien dans les énergies fossiles que dans les énergies alternatives. Selon Mohammad Barkindo, la transition énergétique ne devrait évincer aucune source d’énergie, car toutes les sources d’énergie d’aujourd’hui seront nécessaires. «Nous continuons d’exhorter tous nos pays membres et l’industrie internationale à continuer d’investir dans toutes les sources d’énergie, y compris le pétrole et le gaz, en utilisant en particulier la technologie pour atténuer ces émissions», a déclaré le Secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo, à Energy Intelligence. «Pour l’industrie, pour l’Opep, pour tous nos pays membres et pour l’économie mondiale, toutes les sources d’énergie d’aujourd’hui seront nécessaires dans un avenir proche», soutient le Secrétaire général de l’Opep, dont les propos contrastent clairement avec le contenu d’un récent rapport de l’AIE, dans lequel cette agence avait estimé que l’objectif zéro-émission carbone à l’horizon 2050 ne peut être atteint si de nouveaux projets dans le pétrole et le gaz venaient à voir le jour. «Pour nous, au sein de l’Opep, dans l’industrie et dans le courant dominant dans les discussions mondiales, la transition énergétique n’est pas une transition d’une source d’énergie à une autre», a noté Mohammad Barkindo. Depuis la publication par l’AIE de son rapport sur la transition énergétique dans le monde, cette agence a essuyé des critiques d’une rare violence provenant tantôt des deux poids lourds du marché, la Russie et l’Arabie saoudite en l’occurrence, tantôt de certains milieux pétroliers et, depuis hier, de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. C’est dire que le rapport de l’AIE ne cesse de provoquer des levées de boucliers çà et là sur l’échiquier pétrolier et gazier mondial. Selon le secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo, la transition s’éloigne des émissions de gaz à effet de serre dans l’exploration, la production, le transport et la consommation de carburants à tous les niveaux vers des sources d’énergie plus durables qui résoudrait le problème des émissions, soulignant que la définition de la «transition énergétique» ne devrait évincer aucune source d’énergie. Plus virulent encore lorsqu’il commente le rapport de l’AIE, qui suggérait, faut-il le rappeler, que la voie vers zéro-émission nécessiterait qu’aucun nouvel investissement dans le pétrole et le gaz ne soit lancé, Mohammad Barkindo a déclaré : «Vous pouvez investir autant que vous le souhaitez dans les énergies renouvelables, mais si le problème des émissions n’est pas résolu, les objectifs de zéro net ne seront pas atteints.» Ses critiques à l’adresse de l’AIE ne s’arrêtent pas à ce stade et vont encore plus loin. Mohammad Barkindo, qui porte la voix de l’Opep, a estimé que l’AIE elle-même a «percé de nombreux trous dans la couche d’ozone» car c’est cette même agence, basée à Paris, qui a été l’une des premières à émettre des signaux d’alarme concernant un déficit d’approvisionnement en pétrole et en gaz après la récession de 2014-2016, exhortant les pays producteurs à investir davantage dans les énergies fossiles. Un rapport interne de l’Opep, consulté par Reuters, a révélé que la suggestion de l’AIE de ne plus lancer de nouveaux investissements dans le pétrole et le gaz pourrait encore augmenter la volatilité des marchés pétroliers si les investisseurs tiennent compte de l’appel émis par l’Agence internationale de l’énergie. n