Le projet de loi sur les hydrocarbures, approuvé par le Conseil des ministres, a mobilisé, hier, des centaines de manifestants qui se sont rassemblés devant l’Assemblée populaire nationale pour le dénoncer et exprimer leur rejet du texte dans un contexte d’effervescence et de crispation politiques.

En effet, le projet de loi sur les hydrocarbures a provoqué une vague de colère des Algériens qui n’ont pas attendu son adoption par le Parlement pour exprimer leur rejet. La désapprobation a gagné l’ensemble du territoire, où de nombreux citoyens, du Sud au Nord du pays, ont dit non à la nouvelle loi mettant plus de pression sur le gouvernement. Dans la capitale, la colère a été portée sur l’espace public en investissant le boulevard Zighout-Youcef et l’accès à l’Assemblée populaire nationale (APN), alors que le texte en question, examiné par le Conseil des ministres réuni sous la présidence d’Abdelkader Bensalah, a été approuvé.
Ce premier jour de semaine avait le parfum d’un vendredi ou d’un mardi, les deux rendez-vous hebdomadaires de la mobilisation populaire et estudiantine qui marquent la vie des Algériens depuis l’irruption du mouvement populaire du 22 février. Le vacarme incessant des klaxons des véhicules a été en effet rompu dans la matinée pour laisser place aux voix des manifestants anti «projet de loi sur les hydrocarbures».
Sifflets, banderoles, pancartes. Le nombre de manifestants grossit dès les premières heures d’une journée qui s’annonçait peu ordinaire. Les opposants à ladite loi se multiplient et n’hésitent pas à le dire à voix haute devant le regard ébahi des passants au vu de la surprenante mobilisation. Tous les moyens sont bons pour exprimer la colère et le rejet face au développement de la situation politique et économique du pays. Une mobilisation importante, d’autant que l’information quant à l’action de dimanche a été diffusée de bouche à oreille que lors du 34e vendredi de mobilisation et sachant que des clarifications ont été apportées sur le réseau social Facebook, que le projet de loi ne sera pas promulgué à la chambre basse du Parlement, mais discuté au Conseil des ministres. Vers midi, la foule est compacte, mais aucun incident n’est à signaler à l’exception de quelques interpellations pour les premiers arrivants sur les lieux, selon des témoins oculaires, alors que le cordon de policiers s’intensifie. Les policiers se sont contentés d’observer, sans qu’il y ait heurts ou affrontements avec les manifestants. Cela n’a pas empêché l’action de protestation de se poursuivre. A la mi-journée, un foule, brandissant des pancartes ou drapée de l’emblème national a continué de converger vers la rue Abane-Ramdane, rejoignant les centaines de citoyens déjà présents. Plusieurs véhicules anti-émeutes sont disposés près des lieux du rassemblement et l’hélicoptère qui survole Alger fait entendre son bourdonnement, tandis que le dispositif sécuritaire a bloqué la foule au niveau de l’hôtel Safir. Les manifestants venus en force s’entendent pour dire que «la prise d’assaut de l’APN témoigne de l’éveil de conscience des Algériens. Ils ne sont pas ici pour demander comme à l’accoutumée au système en place de plier bagages, mais de leur demander également d’arrêter de brader le pays», se réjouit un manifestant. «Lorsqu’un citoyen se mobilise un jour de semaine pour contester un projet de loi, cela témoigne de sa conscience et de sa maturité politique. Cela renseigne aussi sur la crainte et le sentiment d’appréhension qu’ont les Algériens pour l’avenir de leur pays et de leurs enfants», soutient un sexagénaire. «C’est un jour de victoire», dit, pour sa part, une septuagénaire qui se dit rassurée quant «à l’aboutissement du mouvement populaire». «La mobilisation d’aujourd’hui hautement politique et économique mérite d’être saluée. Elle donne à réfléchir au sujet de la cohésion intergénérationnelle existant entre les Algériens». Pour un autre, «l’aveuglement du système en place va mener le pays droit au mur».
Sur place, les manifestants n’ont pas manqué également de scander des slogans antisystème. «Non au bradage des richesses du pays», «l’Algérie n’est pas à vendre» ou encore «le peuple est déterminé à faire tomber le pouvoir des gangs et à construire un Etat de droit». Devant l’APN, les députés ont eu droit à des slogans et critiques les plus «acerbes» : «les députés à la poubelle», « on est venu destituer la bande». Les manifestants ont insisté par ailleurs sur le déroulement de la contestation dans le cadre pacifique en criant « silmiya, silmiya. Nos revendications sont légitimes».
«Je salue la mobilisation des citoyens qui sont d’une maturité politique et d’une conscience extraordinaire. Ils sont vigilants et veulent sauvegarder les richesses de leur pays», se réjouit la députée Fetta Sadat du RCD, qui cite l’article 80 de la Constitution qui énonce clairement que «chaque citoyen a le devoir de protéger les richesses du pays qui sont les richesses de l’Etat algérien». «Nous sommes à l’écoute et nous ne pouvons être indifférents à ce grand sursaut de citoyenneté et de nationalisme et éviter que les tenants du pouvoir ne bradent les richesses de l’Algérie», précise-t-elle.