C’est l’interprétation qu’on pourrait sans risque donner au communiqué publié hier par le ministère des Affaires étrangères algérien en réaction à une déclaration récente sur une question d’histoire du chef de l’Etat turc après sa visite d’Etat en Algérie, les dimanche et lundi 23 et 24 janvier.

Lors de son vol de retour d’une tournée en Afrique, Recep Tayyip Erdogan a, en effet, déclaré au quotidien turc Daily Sabah que le Président algérien Abdelmadjid Tebboune lui a dit que « les Français ont massacré plus de 5 millions d’Algériens en 130 ans ».
« J’ai répondu à Tebboune : ‘Si vous m’envoyez des documents à ce sujet (crimes français en Algérie, ndlr), nous serons très heureux. « Je savais que des millions de personnes ont été tuées, mais je n’imaginais pas un tel chiffre », a déclaré Erdoğan à Daily Sabah, ajoutant que « la plupart des dirigeants mondiaux ne connaissent pas ce nombre ». « Bien sûr, les Français ont commis des massacres pas seulement en Algérie mais aussi au Rwanda. De nombreux pays d’Afrique du Nord ont été témoins de ce type de massacres français dans leur histoire. Le président français Emmanuel Macron ne le sait pas », a expliqué le président turc.
Selon le communiqué de la diplomatie algérienne, l’Algérie s’est dit « surprise » de cette déclaration faite par le Président turc, Recep Tayyip Erdogan dans laquelle « il attribue au Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, des propos sortis de leur contexte sur une question liée à l’histoire de l’Algérie ».
« L’Algérie a été surprise par la déclaration faite par le Président turc, Recep Tayyip Erdogan dans laquelle il attribue au Président de la République des propos sortis de leur contexte sur une question liée à l’histoire de l’Algérie », est-il indiqué dans le même communiqué. « A titre de précision, est-il ajouté, l’Algérie affirme que les questions complexes liées à la mémoire nationale, qui revêtent un caractère sacré pour le peuple algérien, sont des questions extrêmement sensibles. De tels propos ne concourent pas aux efforts consentis par l’Algérie et la France pour leur règlement ».

L’Algérie fait son rappel de souveraineté
En clair, les questions d’histoire et de mémoire relatives à la séquence coloniale sont une affaire algérienne dont les questions en suspens sont traitées au niveau bilatéral entre Alger et Paris. La déclaration du président Erdogan à ce sujet, outre le fait qu’elle ne correspond pas à l’échange verbal qu’il a eu avec son homologue Abdelmadjid Tebboune, n’est pas du ressort de la Turquie ni d’un quelconque autre pays. Il s’agit donc d’une mise au point diplomatique adressée au chef de l’Etat turc, dont les propos ont sans doute suscité des commentaires à Paris et au Quai d’Orsay, et un message pour dire que l’Algérie, pays indépendant et souverain de ses décisions, n’est en rien concernée par les désaccords qui existent actuellement entre la France et la Turquie sur différents dossiers. Cette mise au point rappelle en effet qu’entre la France et la Turquie le ton est monté après leurs différends sur la question libyenne. Paris accuse ouvertement Ankara d’ingérence dans ce pays voisin et d’envoi d’un soutien militaire au camp du GNA à Tripoli.
Mercredi dernier, dans une déclaration, le président Emmanuel Macron a « dénoncé » l’implication militaire de la Turquie en Libye. « Nous voyons ces derniers jours des navires turcs accompagner des mercenaires syriens arrivant sur le sol libyen en contravention explicite avec l’engagement pris lors de la conférence de Berlin », a-t-il accusé. M. Macron, a, par ailleurs, pris le parti de la Grèce dans le contentieux qui l’oppose à la Turquie en ce qui concerne l’accord de coopération maritime signé avec Tripoli, mi-décembre dernier, et qui donne à Ankara l’opportunité d’étendre sa frontière maritime et sa zone économique exclusive et la possibilité d’avoir une main sur les présumés gisements pétroliers offshore. Plus loin dans l’histoire, la question kurde qui oppose totalement les deux Etats a généré récemment de nouvelles tensions entre eux à l’occasion des développements du conflit syrien et de la décision de l’armée turque de s’en prendre aux positions du PYD (Parti de l’Union démocratique syrien) et de sa branche armée, les Unités de protection du peuple kurde, YPG, qu’Ankara considère comme une « filiale » du PKK et donc comme un groupe « terroriste » à combattre. <