Plus de candidat unique du pouvoir soutenu par l’ensemble des partis de la défunte Alliance présidentielle ? En prévision de l’élection convoquée pour le 12 décembre prochain, des voix s’élèvent au sein d’un parti du pouvoir pour demander à la direction nationale de présenter son propre prétendant. Il s’agit du Rassemblement national démocratique (RND). La demande vient du bureau de wilaya de Tizi Ouzou qui exprime « son souhait » de voir le parti participer à la course vers le palais d’El Mouradia avec son propre candidat.
« Dans la perspective de la prochaine élection présidentielle prévue le 12 décembre prochain, le bureau de Tizi-Ouzou, secrétariat et militants, vient par le présent appel vous exprimer son souhait de voir notre parti présenter son propre candidat », lit-on dans le courrier signé par le député et coordinateur du bureau Tayeb Mokeddem.
La famille du RND à Tizi Ouzou estime que
« si par le passé, le RND, pour des raisons de conjoncture politique évidente et que l’on ne peut ignorer, s’était abstenu de présenter son propre candidat (…), il est grand temps pour lui de présenter, cette fois, son candidat et de permettre à tous ses militants d’exprimer leur devoir civique ».
Cette revendication sera réitérée, selon le document, lors du Conseil national du parti prévu le 4 octobre prochain, convoqué justement pour trancher la question de la participation à la présidentielle.
Le bureau de wilaya RND de Tizi-Ouzou «ne manquera pas de faire part de la volonté de ses militants de base qui veulent que l’étendard du parti soit porté par un des siens », insiste-t-on.
Maintenant que le débat est lancé en interne et que l’option commence « à avoir des échos favorables », d’après un cadre du parti de la wilaya, il est à se demander quelles répercussions aura une telle démarche si l’instance suprême entre deux congrès venait à l’adopter le 4 octobre ? D’abord, ce sera la mise à mort définitive et irréversible de l’Alliance présidentielle composée outre le RND, du PFLN, de TAJ et du MPA. Jusque-là, ces partis, même s’ils se confrontaient dans les locales et les législatives, la présidentielle les a toujours réunis.
Une décision pareille causera surtout un tremblement au sein des partis du pouvoir, en premier lieu pour le PFLN, rejeté par la majorité du peuple. Déjà qu’il vit au rythme de turbulences incessessantes, l’ex-parti unique dirigé par Ali Seddiki, secrétaire général par intérim après l’incarcération de Mohamed Djemaï, le 19 septembre dernier, aura du mal à présenter un candidat en son nom. Idem d’ailleurs pour TAJ et le MPA dont les deux chefs se trouvent aussi en prison.
Quoi qu’il en soit, il est clair que la proposition du bureau RND de Tizi-Ouzou vise en premier lieu à se détacher définitivement du cercle du pouvoir et se faire une virginité aux yeux du Hirak. Un idéal que cherchent tous les partis ayant soutenu l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika. Au-delà de l’incidence sur la sainte Alliance, c’est à se demander aussi si, cette fois-ci, le régime en place n’aura pas son propre candidat à la présidentielle du 12 décembre ? Une hypothèse à ne pas écarter au regard des « assurances » du chef de l’Etat par intérim et du chef d’état-major de l’Armée sur la transparence du scrutin. C’est en tout cas la plus grande garantie que le pouvoir peut offrir à la classe politique pour pousser les candidats potentiels à se lancer dans la course. On a déjà noté la participation officielle de Abdelaziz Belaîd et de Abdelkader Bengrina, en attendant la confirmation de celles de Ali Benflis et de Abderrezak Makri.
Samedi dernier, le secrétaire général du RND Azzedine Mihoubi avait appelé les structures et organes du parti à se tenir prêts et à « poursuivre la sensibilisation des citoyens, à tous les niveaux, sur l’importance de prendre part à la prochaine échéance électorale ». Une orientation qui, peut-être, en dit long sur les intentions de l’actuel patron du parti. En attendant la décision du 4 octobre, le RND, même avec un candidat aux chances minimes, aura tout à gagner en se séparant de son traditionnel partenaire le PFLN.