L’annonce de l’utilisation du protocole de traitement à la Chloroquine pour les personnes atteintes de coronavirus en Algérie a débuté hier au niveau de certains hôpitaux. L’espoir qu’a suscité ce traitement parmi la population a fait en sorte qu’une certaine «ruée» des citoyens vers les pharmacies ait été observée. Ce que les médecins spécialistes ont fortement déconseillé, expliquant que la prise de la Chloroquine sans prescription médicale peut avoir des effets secondaires sur la santé.

Le docteur Mohamed Bekkat Berkani, membre de la commission nationale de veille et de suivi de l’évolution de l’épidémie du coronavirus, également président du Conseil national de l’Ordre des médecins, a confirmé que le protocole à la Chloroquine est utilisé pour les malades atteints de coronavirus, mais «seulement pour les cas graves». Ce traitement étant «connu depuis des décennies pour traiter, entre autres, le paludisme, la malaria et les maladies rhumatismales», son utilisation pour les cas de Covid-19 est, cependant, soumise à «un encadrement médical strict et seulement dans les hôpitaux», a-t-il déclaré, tout en mettant en garde les citoyens de ne pas aller tenter de l’acheter seuls dans les pharmacies, car il présente «des effets secondaires, notamment pour des personnes atteintes de certaines maladies chroniques (comme les cardiaques)», a-t-il révélé. Ce qui a poussé le Dr Berkani à appeler les citoyens à «plus de vigilance» et à prendre «les mesures de prévention nécessaires» qui restent le «meilleur moyen de se prémunir» contre le nouveau mal planétaire.
Il est rejoint par le docteur Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), qui a affirmé que «ce traitement qui vise à diminuer la charge virale, n’est administré qu’aux malades qui subissent des complications», mais que, dans tous les cas, il ne doit «nullement constituer une alternative à l’aspect préventif global qui doit prévaloir avant toute chose». L’avis du spécialiste en infectiologie Smaïl Mesbah va également dans le même sens. «Il ne s’agit nullement d’un médicament, mais d’un protocole médical qui ne s’applique que dans un cadre hospitalier précis, il ne faut pas que les citoyens se ruent sur les pharmacies pour en acheter», a-t-il soutenu. L’utilisation de ce protocole dans les hôpitaux de Blida et d’Alger (El Kettar), est d’ailleurs «strictement encadrée et ne se fera que pour les cas compliquées présentant des formes sévères de la maladie. Au stade actuel de l’évolution des connaissances, les cas bénins n’auront pas besoin de ce produit puisqu’ils guériront naturellement», a-t-il indiqué, tout en mettant, lui aussi, l’accent sur la prévention.
La prévention, est-il donc réitéré encore une fois, reste le meilleur moyen de ne pas se voir infecter par le coronavirus, et ce, même si le pays dispose de quantités suffisantes pour le traitement préconisé dans les cas graves de Covid-19.
En effet, la Chloroquine est disponible en Algérie puisque fabriquée déjà localement. Il y actuellement un stock de 270 000 boîtes au niveau de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) ainsi qu’un stock de plus de 110 000 boîtes chez un producteur. En outre, 190.000 autres vont être importées incessamment.

Des «stocks en quantités suffisantes» de Chloroquine
A ce propos, Abdelouahab Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP) a révélé : «Nous avons ce produit, la Chloroquine, qui est fabriqué par nos adhérents et son stock a été réquisitionné par l’Etat, à savoir par les services de santé. C’est un produit qui est ancien et que nous produisons depuis des années. Nous avons des stocks en quantités suffisantes».
«En temps normal, ce n’est pas un produit sur lequel il y a une grande consommation, donc au niveau des pharmacies, il n’y a pas des stocks très importants et, surtout, les pharmaciens ne peuvent pas donner ce produit sans prescription médicale à ceux qui se présentent à leur niveau. C’est un produit qui est soumis à une prescription médicale stricte pour certaines pathologies chroniques. Quoi qu’il en soit, les stocks sont assez importants en produits finis. De même que le producteur a une commande de la matière première qui est en cours et qui va arriver prochainement, ce qui lui permettra de produire d’autres quantités qui seront à la disposition des hôpitaux». M. Kerrar insiste sur la disponibilité du produit : «A ma connaissance, il y a des quantités assez importantes pour faire face à la demande».
Traitement de 5 patients avec la Chloroquine
au CHU d’Oran
Le service des maladies infectieuses du CHU d’Oran a entamé l’utilisation de la Chloroquine pour le traitement de 5 cas atteints de coronavirus, a indiqué hier à l’APS la chef du service, le Pr Nadjet Mouffok. Le ministère de la Santé a annoncé l’adoption de l’Algérie du protocole thérapeutique à base de Chloroquine pour faire face au coronavirus le 23 mars, et le service des maladies infectieuses du CHU d’Oran a, de ce fait, commencé l’usage du protocole, a précisé le Pr Mouffok. «La Chloroquine est une molécule antipaludéenne d’usage courant dans le traitement du paludisme, des maladies rhumatismales et dans le lupus», a-t-elle rappelé, ajoutant que des essais du protocole ont donné des résultats probants en Chine et en Europe. Ce médicament utilisé depuis près d’un siècle pour le traitement des maladies citées, présente plusieurs avantages. Ayant peu de contre-indications ainsi qu’un coût réduit, le protocole représente une solution pour prendre en charge les malades en Algérie, notamment si leur nombre augmente, a-t-elle expliqué. Toutefois, le protocole «ne peut pas être pris en dehors du milieu hospitalier, son administration étant soumises à certains examens préalables», a-t-elle ajouté, mettant en garde, elle aussi, contre une «prise anarchique» pouvant exposer la santé et la vie humaine au danger. Les résultats de l’utilisation du protocole sur les cas du CHU, qui sont sous une étroite surveillance médicale, seront visibles dans moins d’une dizaine de jours grâce à des analyses spécifiques, a-t-elle fait savoir, notant que «l’état général des patients devrait s’améliorer au bout de 3 ou 4 jours».<