Le vaccin AstraZeneca dont l’Algérie a reçu une cargaison avant-hier samedi fait encore parler de lui. Le même jour, l’agence britannique du médicament (MHRA) a évoqué de possibles effets secondaires de thromboses indiquant que sept personnes ayant reçu cet antidote sont décédées de caillots sanguins au Royaume-Uni sur un total de 30 cas identifiés et un total de 18,1 millions de doses administrées.

PAR INES DALI
Ce rebondissement concernant cet anticoronavirus n’est pas sans soulever des questions en Algérie même si l’agence britannique a pris soin d’ajouter, dans un communiqué, que «les avantages du vaccin AstraZeneca pour prévenir l’infection au Covid-19 et ses complications continuent d’être largement supérieurs aux risques et le public devrait continuer à recevoir le vaccin quand il est invité à le faire». C’est le même avis donné par l’agence européenne du médicament (EMA). «Les bénéfices du vaccin AstraZeneca dans la prévention du Covid-19, qui entraîne des hospitalisations et des morts, l’emportent sur les risques d’effets secondaires», a insisté l’EMA dans un communiqué mercredi dernier, comme elle l’avait déjà fait le 18 mars après les premières alertes.
Les spécialistes algériens soulignent le principe de précaution qui s’exerce par le biais de la pharmacovigilance. Le Professeur Noureddine Zidouni, chef du service pneumologie du CHU Beni Messous (Alger) et expert international en maladies respiratoires, a apporté d’abord sa lecture des taux de thromboses révélés. «Pour le vaccin d’AstraZeneca, il y eu des publications, des commentaires et des analyses qui ont montré qu’il y avait un nombre anormalement élevé de thromboses. Mais lorsqu’on rapportait ce taux de thromboses dans les taux des populations concernées, il s’est avéré qu’il n’était pas plus élevé», a-t-il déclaré. «Ce qu’on peut dire après cela, c’est qu’on doit adopter le principe de précaution. Et en Algérie, ce principe de précaution est déjà adopté par le biais de la pharmacovigilance», a-t-il ajouté sur les ondes de la Radio nationale. Sa déclaration rejoint celle du Pr Kamel Senhadji, directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, qui, tout en recommandant la prudence, a indiqué que «la thrombose est une pathologie qui existe dans la population générale» et que «le taux révélé après vaccination est le même que celui dans la population générale».
Tout en réitérant le principe de précaution, le Pr Zidouni a toutefois relativisé les risques, se basant également sur des études menées sur ce sujet. «Des études publiées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis montrent que le risque de contracter une thrombose après avoir été vacciné à l’AstraZeneca n’est pas plus élevé». Pour ce qui est dit sur cet antidote, a-t-il poursuivi, «je pense que ce qui s’est passé, c’est qu’on a été très très attentif dans le cadre de la pharmacovigilance et qu’on a rapidement procédé à la déclaration de ces cas de complications», cela d’autant que pour l’heure, «aucun lien de causalité n’a été établi entre les effets secondaires et le vaccin» anglo-suédois.
Rappelant que l’Algérie a déjà utilisé 50.000 doses de vaccin AstraZeneca-Oxford en janvier, les spécialistes ont relevé que jusqu’à présent, aucun effet secondaire majeur ou de thrombose n’a été signalé au centre de pharmacovigilance.
«AstraZeneca s’est engagé à ne pas faire de profit»
A la question de savoir pourquoi y a-t-il des voix qui estiment que la raison de la mise en cause de cet antidote est «à chercher ailleurs», le Pr Zidouni répond sans détour. «AstraZeneca s’est engagé devant la communauté mondiale à ne pas faire de profit», a-t-il tenu à souligner, avant de se demander : «Est-ce que c’est une réponse ou une action concertée des autres fabricants, des lobbies pharmaceutiques ?»
«J’ai le droit de me poser cette question. Je ne prétends pas connaitre la réponse, mais je me demande si ce n’est pas cela la vraie raison», a-t-il encore soutenu. Pour rappel, plusieurs pays avaient suspendu pour quelques jours, en mars dernier, le vaccin d’AstraZeneca puis l’ont repris après les assurances de l’agence européenne du médicament et l’OMS.
Le Pr Zidouni relève, toutefois, que «cette campagne à propos du vaccin AstraZeneca» n’a pas laissé insensible une partie des citoyens. Il apporte son témoignage en faisant savoir qu’il lui arrive de recevoir des appels et autres demandes sur son avis concernant cet antidote, notamment par des personnes qui ont été vaccinées avec. «Les gens me demandent que faut-il faire et je tente de les rassurer dans la modeste mesure de mes moyens», a-t-il affirmé, regrettant que «cette action (de mise en cause du vaccin, ndlr) a porté préjudice à cet anticoronavirus».
Faut-il alors continuer à faire la promotion de la vaccination au sein de la population ? «Absolument ! Et il faut être offensif sur ce plan», a-t-il estimé, indiquant que c’est ce qui est en train de faire et qu’il faut insister encore plus sur l’aspect de la communication de la part de tous, les autorités sanitaires et dans les structures de santé pour «une diffusion plus large de l’information et une sensibilisation plus accrue sur la protection vaccinale». «Il faut qu’on informe les gens que c’est le vaccin qui va nous protéger des souches et même de certains variants qui risquent, à très court terme, d’envahir notre pays», a conclu le Pr Zidouni, qui est également membre de la cellule d’investigation et de suivi des enquêtes épidémiologiques. n