Comme dans tout moment d’exception et crisogène (guerres, catastrophes naturelles ou écologiques…), la crise sanitaire due à la pandémie du Covid-19, au-delà de ses conséquences sur la santé des gens, entraîne des bouleversements importants des comportements sociaux et individuels. Comment y pallier ?


Le caractère fulgurant de l’épidémie a surpris les professionnels de la santé et les a obligés à prendre des mesures d’urgence, dont le confinement, pour limiter les risques de propagation de la maladie. Il a davantage pris de court les spécialistes du fonctionnement psychique de l’individu et du groupe face à l’angoisse et au stress qu’il provoque.
Ainsi, il s’amorce dans notre pays un débat sur la discipline de la psychologie et de son utilité en pareille conjoncture critique. S’il est trop tôt de savoir quelle direction il prendra et quel effet d’orientation il aura, sur une profession longtemps marginalisée, dont l’utilité n’est pas très bien perçue dans la société quand celle-ci ne la rejette pas pour des raisons culturelles et religieuses, on observe depuis peu de nombreuses initiatives allant dans le sens d’une mobilisation des professionnels pour prêter main forte à leurs collègues médecins et auxiliaires.
C’est dans ce sens qu’on apprend la mise en place d’une « unité mobile de soutien psychologique » aux personnes par les services de la Direction de la santé (DSP) de Tizi-Ouzou. Selon son responsable, le professeur Abbès Ziri, cette unité mobile constituée de psychologues, psychiatres et médecins généralistes «travaillera en coordination avec les structures de santé locales pour accompagner psychologiquement les patients souffrants de stress à cause de cette pandémie».
Toujours à Tizi-Ouzou, une étude sur l’impact psychologique de la pandémie de coronavirus Covid-19, en Algérie, est lancée par l’équipe du Centre psychologique universitaire (CPU) de l’université Mouloud-Mammeri (UMMTO). Les initiateurs de cette étude scientifique visent à « comprendre les effets psychologiques de cette crise sanitaire pour essayer de mieux anticiper ses répercussions certaines sur les individus et la société dans son ensemble », a expliqué à l’APS Nassima Ouandaloussi, enseignante-chercheuse à l’UMMTO et responsable de cette étude. « La prévention psychologique constitue un aspect important dans le traitement de cette pandémie qui aura des répercussions sur le comportement de l’individu et de la société et ce, quelle que soit la nature du confinement observé, partiel, total ou volontaire », a souligné Mme Ouandaloussi.
Les symptômes de cette situation sanitaire exceptionnelle seront surtout « visibles après la crise, notamment chez les personnes fragiles psychologiquement, atteintes ou ayant perdu un proche ou membre de leur famille », a-t-elle soutenu. Ajoutant que la crise est aussi « synonyme de peur d’être contaminé, de contaminer ses proches et quand cela arrive, de culpabilité ». Autant de symptômes, a-t-elle observé, qu’« il faudrait détecter et gérer durant la période de déconfinement, qui doit être inclue comme une période de cette crise et non sa fin, d’où la nécessité d’un travail d’anticipation », a-t-elle estimé.