Par Bouzid Chalabi
Nous sommes le seul pays méditerranéen où le poisson est insuffisamment pêché alors que chez nos proches voisins, l’activité de la pêche est en constante évolution.
Un état des lieux qui suscite réflexion, à commencer par la remise sur rail de notre secteur de pêche avec comme objectif prioritaire l’augmentation de la production halieutique pour tout au moins répondre à la demande de consommation interne et contribuer à la sécurité alimentaire.
Dans cette perspective, une stratégie a été élaborée et présentée par le ministre de la Pêche et des Productions halieutiques, Hichem Sofiane Salaouatchi devant la commission de l’Agriculture, de la Pêche et de la Protection de l’environnement de l’APN.
Le ministre a de prime abord précisé que le plan d’actions s’appuie sur plusieurs axes dont la relance de la filière d’aquaculture et le développement de la pêche en haute mer. Et de souligner entre autres que pour augmenter les capacités de pêche, il faudra que, d’une part, «notre flottille compte plus d’embarcations tous types confondus. C’est-à-dire dédoubler le parc par l’acquisition de nombreux bateaux de pêche construits localement et, d’autre part, prendre en charge la situation socioéconomique des professionnels sans distinction».
Autres aspects figurant dans la stratégie du secteur, «celles d’encourager les petites et moyennes entreprises proches du domaine de la pêche», a-t-il souligné.
Plus en aval, «il s’agira aussi de réguler le marché par le biais de l’augmentation des capacités de pêche et d’élevage ainsi que de lutter contre la bureaucratie qui freine les projets d’investissements consacrés à ce secteur». A ce titre, Salaouatchi a fait savoir que des entraves ont été levées au profit de 17 projets en difficulté dans le domaine de l’aquaculture dont 5 en suspens en raison de crédits dans les wilayas de Boumerdès, Tizi Ouzou, Béjaïa, Tlemcen et Chlef.

Aquaculture et pêche en haute mer
A propos de l’élevage aquacole, le ministre a révélé à la commission qu’une opération de financement de 1 000 projets consacrés à l’élevage de tilapia rouge est en cours d’exécution. Et que ses services comptent superviser la réalisation de 84 nouveaux projets. Le ministre a relevé, dans ce sens, «le succès» du projet d’aquaculture en eau douce au niveau de la wilaya de Chlef en partenariat avec la société Cosider, où une quantité de 40 tonnes de tilapia rouge a été produite, commercialisée au prix de 500 DA/kg.
Soulignant la relance du projet d’élevage de la dorade, dont la production nationale s’élève à 2 000 tonnes/an, le ministre a fait état de la possibilité d’atteindre, à l’horizon 2024, une production de 20 000 tonnes et de l’accès au foncier et au financement nécessaire pour investir dans ce domaine. Sur ce dernier point, le ministre a affirmé qu’il avait demandé la diversification des sources de financement des investissement dans le domaine d’aquaculture pour englober l’ensemble des banques, en sus de la Banque de l’Agriculture et du Développement rural (BADR), tout en œuvrant à la réduction des garanties de prêt et l’aménagement des zones d’activité spécifiques à l’aquaculture.
Concernant la multiplication de la flottille de pêche, le ministre a indiqué que son département prévoit d’accompagner 60 projets dédiés à la construction et à la réparation des navires de pêche dont la longueur dépasse 25 mètres et pouvant opérer en haute mer.
A propos de la pêche en haute mer, il a fait savoir que son département œuvre à la modernisation de la flotte maritime nationale. Affirmant à ce titre que 55% de la flotte est composée de navires artisanaux de moins de 4,8 m, ce qui entrave l’augmentation de la production halieutique.
En résumé, Salaouatchi dira que «la stratégie mise en place vise à atteindre une production nationale, incluant l’aquaculture, de 50 000 t/an. Et de créer 20 000 nouveaux postes d’emploi dans divers sous-secteurs et accompagner 500 PME.»
Notons enfin que le ministre n’a pas soufflé mot sur les institutions de la pêche en Algérie qui, selon les experts dans le domaine, «sont insuffisamment structurées». Ces derniers estiment à l’unanimité qu’ «elles gagneraient à revoir en profondeur leurs dispositifs organisationnels et leurs stratégies».
Comme ils se rejoignent à dire enfin qu’«il est impossible de redresser le secteur sans passer au peigne fin l’ensemble des institutions qui gravitent autour de la pêche.