L’année prochaine, l’Etat prépare une loi de finances 2023 dédiée essentiellement à accélérer la croissance et renforcer le pouvoir d’achat des ménages qui a connu une forte érosion ces dernières années.

Par Hakim Ould Mohamed
Le retour de la politique d’extension budgétaire a marqué l’exercice actuel. Elle s’est imposée dans un contexte particulier, marqué par une crise sanitaire qui tend à sa fin et une fragilisation du tissu économique, nécessitant des efforts considérables, inévitables pour gagner la bataille de la croissance et de l’emploi.
Fort heureusement, cette politique d’extension budgétaire est intervenue dès le début de cette année dans le cadre de la loi de finances 2022, alors que les cours du pétrole et du gaz connaissent des pics inégalés depuis plusieurs années. Dit autrement, le choc pandémique s’est traduit par une hausse considérable de la dépense publique dès cette année, dont le but était de rattraper les deux précédents exercices marqués par une faible croissance et de panser les stigmates sociaux provoqués par la crise de Covid. L’effort budgétaire en faveur de la croissance et du soutien social s’est traduit, en 2022, par une envolée de la dépense publique à 9 858 milliards de dinars. L’année prochaine, grâce à la hausse des prix du pétrole sur les marchés mondiaux, l’Etat prépare une loi de finances 2023 dédiée essentiellement à accélérer la croissance et renforcer le pouvoir d’achat des ménages qui a connu une forte érosion ces dernières années.
Dans un document transmis aux principaux ordonnateurs, en prévision de la préparation de l’avant-projet de loi de finances 2023, le ministre des Finances semble maintenir le même rythme de dépenses que celui de 2022, puisque ledit document parle d’une dépense de 9 682,04 milliards de dinars pour l’an prochain et de 9 821 milliards de dinars pour 2024. Encore une fois, le budget de 2023 fait la part belle à l’emploi avec, comme prévisions, l’ouverture de nouveaux postes budgétaires, ainsi qu’au renforcement du pouvoir d’achat à travers de nouvelles mesures d’accompagnement en faveur des familles, mais aussi des infrastructures et la réalisation des différents chantiers mis en œuvre à moyen terme, lit-on dans la note du ministère des Finances adressée aux principaux ordonnateurs. Ainsi, la bataille de la croissance et de l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages semble caractériser, à nouveau, le prochain exercice budgétaire. Bien évidemment, ces mesures entraînent un important effort budgétaire qui se matérialise par le maintien à un niveau élevé, soit à près de 10 000 milliards de dinars, des dépenses publiques au titre du prochain exercice.

La bonne conjoncture
Les questions d’accès à l’emploi et à la couverture sociale ainsi que celles se rapportant à l’impératif de retour de la croissance se retrouvent dans la note d’orientation du ministère des Finances, rédigée à l’effet de préparer les ordonnateurs à l’élaboration de la prochaine loi budgétaire. Ces orientations, lit-on dans le document du département d’Abderrahmane Raouya, en lien avec la conjoncture actuelle, caractérisée par une amélioration sensible de la situation sanitaire et la valorisation des revenus liés aux exportations d’hydrocarbures. Cette bonne conjoncture, selon le ministère des Finances, appelle à soutenir les efforts de relance économique qui conduisent à diversifier les sources génératrices de valeur ajoutée, de richesse et d’emploi. Si la hausse des prix du pétrole était de bon augure pour le budget de l’Etat, le ministère des Finances a souligné, dans sa note aux ordonnateurs, que les tensions géopolitiques actuelles ont un impact certain sur les prix mondiaux des matières premières, notamment ceux liés aux denrées alimentaires, qui connaissent une hausse continue, affectant négativement les équilibres des comptes et du budget de l’Etat ainsi que le pouvoir d’achat des citoyens, notant que les pouvoirs publics ont décidé de supporter l’essentiel de l’impact de la hausse des cours des biens alimentaires de base. Le département d’Abderrahmane Raouya a ainsi mis l’accent sur la nécessité d’améliorer le pouvoir d’achat et garantir la justice sociale, le renforcement des infrastructures et la concrétisation des différents projets en cours de réalisation, lesquels dépendent essentiellement de l’effort public. Ce qui signifie que l’Etat entend perpétuer l’investissement budgétaire en faveur du secteur de BTPH, nécessaire pour le maintien de la dynamique de croissance de certains secteurs hors hydrocarbures.
Pour ainsi dire, le budget du prochain exercice semble tenir compte de l’efficacité économique et sociale, de la qualité du service public ainsi que de l’impératif de l’amélioration des ressources. Au plan strictement économique, la mobilisation des budgets en faveur des projets économiques se fera au cas par cas, en attendant la parution du texte législatif relatif aux modalités de mise en œuvre du partenariat public-privé, dont l’avant-projet est à l’étude, selon la note du ministère des Finances. En attendant les grands arbitrages liés à la loi de finances 2023, la loi de finances complémentaire 2022, promise à maintes reprises, afin de faire face à certaines dépenses imprévues et à réviser le nouveau régime fiscal appliqué aux professions libérales, n’a pas encore vu le jour. n