«Beaucoup d’agences vont disparaître» ! Par cette déclaration, Bachir Djeribi, le président du Syndicat national des agences de voyages (SNAV) estime qu’avec la recrudescence des cas de contamination au Covid-19 et les appréhensions quant à une aggravation de la situation sanitaire, une «éventuelle réouverture des frontières ne pourra pas se faire avant septembre». Les opérateurs, sauf à attendre une aide de l’Etat, ne savent plus dans quel sens s’orienter et vadrouillent dans leurs problèmes de charges et de trésorerie.

Par Nadir Kadi et Fazil Asmar
C’est-à dire pas avant l’automne ! Qui n’est pas, pour les Algériens, une saison de tourisme et de villégiature, mais le moment de penser aux frais et aux charges de la rentrée durant laquelle il y aura, cette fois, la contrainte des examens de fin d’année. Reportés en raison de la situation sanitaire qui a perturbé le calendrier scolaire, ces épreuves vont mobiliser des centaines de milliers de familles. «Il sera alors difficile d’envisager qu’elles prennent des vacances même si la fenêtre tunisienne, pendant une semaine, n’est pas à exclure pour certaines d’entre elles», selon la prévision d’une opératrice d’agence de voyage à Kouba. Cette cheffe d’entreprise estime que si la destination tunisienne n’est pas ouverte dans les semaines à venir ou à la fin de l’été, ce sera le «scénario du pire» pour les voyagistes algériens. Ceux qui misent sur le tourisme domestique, ajoute-t-elle, «ne connaissent ni le comportement du touriste algérien ni le marché». «Les prix et la qualité de service surtout sont répulsifs», explique-t-elle, en affirmant qu’elle s’apprête à «prendre un été sabbatique».
«Nous avions un petit espoir, mais il faut que nous nous attendions aussi à cette décision, surtout depuis que les cas de contamination ont augmenté. Aujourd’hui, il est de plus en plus clair qu’une éventuelle réouverture ne pourra pas se faire avant le mois de septembre», indique pour sa part le président du Snav. «Ce qui est aussi sûr c’est que, entre-temps, beaucoup d’agences de voyages vont disparaître. Et il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de chiffres. Il y a derrière chaque entreprise des emplois, des travailleurs qualifiés et leurs familles qui seront lourdement impactés. De longues expériences sont aujourd’hui menacées d’extinction», ajoute, amer, Bachir Djeribi.
Pour ce vieux routier du tourisme, qui chapeaute un syndicat de près 800 agences sur un total de 3 400 à travers le pays, «les conséquences vont être terribles. Elles pourraient conduire à la grande vadrouille des opérateurs, l’humour en moins et sans autre objectif que le crash». «Beaucoup ne s’en relèveront pas», lance-t-il avec une teinte de fort scepticisme quand on lui parle du «plan B» et du reflux vers le tourisme intra-muros. «L’idée d’une éventuelle réorientation de l’activité vers un tourisme domestique, comme palliatif au manque à gagner, a été débattue par le secteur avant le mois de Ramadhan (…) mais il apparaît qu’elle n’est pas envisageable pour de multiples raisons», déclare-t-il. «Les conditions actuelles d’une ouverture limitée de l’activité des hôtels, des transports et des tarifs qui seront pratiqués ne sont pas bonnes. Une telle orientation n’est tout simplement pas rentable», ajoute-t-il. «Beaucoup d’agences ne pourront pas rouvrir», poursuit-il encore.

«Stand-by» et risque de «chute»
Plusieurs tentatives d’entrer en contact avec des opérateurs, hier, sont restées vaines. Ceux qui ont répondu à nos questions ont tous eu cette réponse-leitmotiv : «C’est le stand-by. C’est la chute !», déplore le directeur exécutif de l’Union nationale des agences de voyage (Unav), Mawlid Youbi. «Si les opérateurs des voyages espéraient reprendre leurs activités grâce aux séjours en Tunisie, ils ont vite déchanté», souligne cet autre syndicaliste du secteur qui, lui, croit savoir que la destination tunisienne ne perdra pas de son pouvoir d’attraction. Quel que soit le temps de l’ouverture, le rush aura lieu, affirme-t-il.
«Nous ne perdons pas complètement espoir. La saison estivale, c’est jusqu’au mois de septembre. Il se peut que les frontières terrestres et aériennes soient rouvertes à la mi-juillet, au mois d’août au plus tard. D’ailleurs, c’est au cours de ce mois que le volume de la demande est le plus important et où les agences de voyage réalisent le plus gros des bénéfices. Les agences de voyage, qui ont les reins solides, doivent tenir le coup jusque-là. Les autres risquent la faillite», indique le syndicaliste de l’Unav. «Nous recevons des appels au quotidien d’opérateurs qui se plaignent de ne plus avoir les moyens de payer la location de leurs agences», soutient-il.
Pour ce qui est du tourisme interne, «il n’est tout simplement pas une alternative viable», assure M. Youbi. «Si l’on veut éviter que le secteur des voyages ne coule pas complètement, le soutien de l’Etat est impératif. Même si les frontières terrestres et aériennes seront rouvertes, un soutien concret et financier de la part de l’Etat est nécessaire». Un avis déjà exprimé par le président du Snav qui estime que la visioconférence de jeudi dernier, entre le ministre du Tourisme et les professionnels, n’a pas été au-delà du rappel des difficultés du secteur et des solutions qui devront être «au-delà de l’aide conjoncturelle qu’il faut apporter aux agences de voyage». «Loin des discours, des promesses nous avons besoin d’action. Et il faudra impérativement que le tourisme sorte de la nomenclature des services, et qu’il soit enfin considéré comme une industrie réelle», réclame Bachir Djeribi. n