PAR NAZIM BRAHIMI
Le maintien de la direction intérimaire pendant une si longue période, depuis le retrait de l’ancien chef et fondateur du parti, Ali Benflis, a fini par provoquer un sérieux malaise dans la maison de Talai el Hourriyet.
L’échéance organique portant sur l’organisation du congrès, maintes fois reportée, visiblement pas uniquement à cause du contexte sanitaire, a accouché d’une fracture dans le parti. Des membres sont, en effet, montés au créneau pour contester la perspective de la tenue de ce rendez-vous organique «illégitime» que tente de convoquer le président par intérim, Abdelkader Saadi, pour les 19 et 20 mars.
Les contestataires de ce scénario ont indiqué, hier, dans un communiqué, avoir saisi le ministère de l’Intérieur à l’effet de «dénoncer» et surtout de «s’opposer énergiquement» à l’organisation de cette rencontre.
Les opposants à ce scénario expliquent que cette intention de programmer le congrès dans les prochains jours vient en «réaction à l’initiative lancée le 28 février dernier par la quasi-totalité des membres du Bureau politique tendant à appeler en urgence à une session extraordinaire du comité central, convoqué par les 2/3 de sa composante en conformité avec l’article 54 des statuts du parti devant se tenir le 17 mars».
Les contestataires reprochent au président intérimaire ce qu’ils considèrent comme «une fuite en avant en engageant un coup de force par l’organisation d’un congrès falsifié auquel sont conviés des dizaines, voire des centaines, d’individus n’ayant aucun lien avec le parti, violant ainsi frontalement la loi organique relative aux partis politiques et excluant par ailleurs la quasi-majorité des membres du comité central et des délégués, initialement inscrits sur les listes des congressistes».
Le 28 décembre 2019, tiennent à rappeler les contestataires, le comité central, instance suprême du parti entre deux congrès, réuni en session extraordinaire, a décidé de la mise en place d’une instance nationale composée des membres du bureau politique ainsi que de membres du comité central, chargée de la préparation du premier congrès du parti.
Et de reprocher au président par intérim d’avoir «constamment refusé d’installer cette instance, malgré l’insistance et les rappels incessants de membres du bureau politique, de membres du comité central et de responsables au niveau des wilayas».
Pour les cadres de Talai el Hourriyet, Abdelkader Saadi «a de fait exclu cette instance afin d’organiser, seul, son congrès en usant de pratiques datant du siècle dernier, que nous pensions révolues et inconnues dans les rouages de notre parti, qui ont fini par mener à une véritable impasse».
Il a été noté, dans ce sens, que face à cette situation, le bureau politique a demandé à maintes reprises au président par intérim de convoquer une session du comité central, seule instance habilitée par la loi à régler cette crise, qui ne s’est pas réuni depuis sa septième session ordinaire tenue le 26 septembre2019.
Et de soutenir que «dans un souci de mettre de l’ordre dans les rangs du parti et de préparer sereinement les assises du premier congrès du parti, l’organisation d’une session extraordinaire du comité central à la demande des 2/3 de ses membres s’imposait».
Les contestataires d’un «congrès taillé sur mesure» soutiennent que «la très large majorité de la direction du parti, Bureau politique et comité central, dénonce l’attitude et l’agissement irresponsables du président par intérim et s’oppose fermement à la tenue de ce simulacre de congrès».
Et de conclure, dans ce qui s’apparente à une réaction à la manœuvre de Saadi, que «le comité central convoqué par plus des 2/3 de sa composante, conformément aux dispositions de l’article 54 des statuts du parti se réunira le mercredi 17 mars 2021 et rendra publiques ses décisions et résolutions».
Quelle issue pour cette crise dans le parti ? En attendant de voir ce qui se passera dans la maison de l’avant-garde des libertés, il est loisible de constater que le parti n’arrive pas à s’adapter à l’après-Benflis, qui s’est retiré le 28 décembre 2019, soit une quinzaine de jours après sa nouvelle défaite dans la course présidentielle.