Longtemps attendues, des mesures viennent d’être prises pour rendre disponibles certains médicaments indispensables pour les malades cancéreux.

PAR INES DALI
Des mesures dont le caractère urgent a été souligné par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Djamel Benbahmed, lors d’une réunion avec les spécialités, au cours de laquelle plusieurs instructions ont été données.
La mesure phare est, sans aucun doute, celle à travers laquelle il a mis l’accent sur la nécessité de la prise de «toutes les mesures de facilitation, à tous les niveaux, afin d’assurer la disponibilité des médicaments» pour les malades, y compris les enfants, atteints de différentes formes de cancers et dont la prise en charge s’est révélée périlleuse, voire impossible dans certains cas, en raison de la récurrence de la rareté et de la pénurie de certains médicaments. Dans ce cadre, il y a lieu de citer la Vincristine et l’Asparaginase, deux médicaments essentiels, qui connaissent des ruptures de stocks, alors qu’ils sont indispensables pour les enfants cancéreux.
Les spécialistes, notamment du Centre Pierre et Marie-Curie du CHU Mustapha-Bacha, avec à leur tête le Pr Kamel Bouzid, chef de service oncologie, ont crié leur désarroi, à maintes reprises, alertant sur la situation dramatique à laquelle sont confrontés leurs malades par manque de médicaments. Une situation aggravée par la pandémie de Covid-19 mais qui dure non seulement depuis plusieurs mois, mais «depuis plusieurs années y compris quand l’Algérie vivait une aisance financière», comme l’a rappelé un autre spécialiste.
Outre la disponibilité des médicaments, le ministre de l’Industrie pharmaceutique a donné d’autres directives «urgentes», lors de la réunion de coordination qu’il a tenue, lundi, avec les membres du Comité d’experts cliniciens spécialisés en oncologie, hématologie et pédiatrie, en présence des cadres de son département ministériel et de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. Cette réunion était consacrée à l’étude du problème de la non-disponibilité continue des médicaments essentiels, en particulier des médicaments destinés au traitement du cancer et des maladies du sang, selon un communiqué du ministère de l’Industrie pharmaceutique. Après avoir entendu les «inquiétudes des experts» quant à la rareté de certains traitements contre le cancer, le ministre a donné deux autres instructions pour des «mesures urgentes». La première consiste en «la coordination immédiate entre le groupe du Comité des experts cliniques en oncologie, hématologie et pédiatrie avec la direction de la veille stratégique du ministère, sur la liste des médicaments utilisés dans le traitement de ces maladies».
La deuxième a trait au suivi de l’évolution de la situation, et ce, à travers «la tenue de réunions périodiques à l’Observatoire de la vigilance, en collaboration avec ces experts spécialisés et toutes les autorités compétentes», le but étant d’être à jour et de prendre les mesures nécessaires afin de ne plus être pris de cours et d’éviter les problèmes de pénuries.

Les thérapies innovantes contre le cancer font défaut
Lors de son intervention, M. Benbahmed a, également, affirmé que son ministère travaille à la mise en place de nouvelles bases organisationnelles visant à encourager l’industrie locale et à accélérer l’enregistrement des médicaments qui permettraient de réduire la facture d’importation et d’aller vers l’utilisation de nouveaux médicaments innovants. Et justement, à propos des médicaments innovants, le Pr Bouzid déplore leur inexistence en Algérie, faisant savoir qu’ils sont, certes, enregistrés depuis près de quatre ans mais n’ont jamais été disponibles en raison de leur excessive cherté, selon les explications qu’il avait eues avant des autorités sanitaires.
Les thérapies innovantes sont, par ailleurs, mises en avant par un autre expert, à savoir l’économiste de la santé, Ahcène Zehnati, qui, à son tour, a indiqué le retard pris en la matière. «Les pays d’Afrique du Nord comptent parmi les pays méditerranéens qui utilisent le moins de thérapies innovantes», a-t-il indiqué. Parmi les entraves rencontrées par le secteur de la santé en Algérie en matière d’accès aux médicaments innovants, il a cité les délais d’enregistrement jugés trop longs, notant que «certains médicaments innovants enregistrés en 2017 n’ont été disponibles qu’en 2021». C’est ainsi qu’il a insisté sur le nécessaire accès aux thérapies innovantes dans le traitement du cancer, compte tenu de leur efficacité et de leur impact positif sur l’économie nationale.
Cet expert, qui est également maître de recherche au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD), a précisé que l’expérience des pays avancés en matière de prise en charge des malades souffrant de cancers, notamment du sein et du poumon, par des thérapies innovantes a démontré l’impact positif de celles-ci sur la santé et l’économie nationale. Selon ce chercheur, «parmi les quatre innovations thérapeutiques enregistrées dans la prise en charge du cancer du sein, une seule est disponible», et «parmi les cinq thérapies innovantes dédiées au cancer du poumon, seules trois sont disponibles», privant ainsi les malades de ces médicaments dont les études ont prouvé l’efficacité et l’impact positif sur les malades et l’économie nationale.
Le taux de mortalité réduit par les thérapies innovantes
Outre leur contribution à la baisse de la durée et des coûts d’hospitalisations et à l’amélioration de la qualité de vie de vie des malades, les innovations thérapeutiques diminuent également le taux de mortalité de 15%, selon Dr Ahcene Zenhati, qui a préconisé l’introduction de nouvelles techniques de diagnostic et l’unification et la numérisation des données du fichier national du cancer. D’après le plan national de cancer, il existe cinq types de cancer avec un taux de prévalence plus élevé (cancer du sein pour les femmes, des poumons pour les hommes, le cancer colorectal, du système digestif et de la vessie pour les deux sexes).
L’importance de «réviser les lois en vigueur relatives au financement et à l’approvisionnement» et d’«encourager les contrats directs relatifs aux médicaments innovants entre les autorités et les compagnies pharmaceutiques mondiales», sont recommandés par cet expert, qui a mis en avant, également, la nécessité de «la révision du mode d’élaboration des appel d’offres». Le dernier point sur lequel il a insisté est «l’optimisation de l’utilisation du fonds de lutte contre le cancer, en facilitant ses conditions d’exploitation», tout en insistant qu’il faut assurer certains médicaments destinés aux cancéreux dans les agences pharmaceutiques privées et conclure une convention entre le secteur de la santé et la sécurité sociale susceptible d’améliorer les prestations de service.
En tout état de cause, il semble que les appels des malades et de leurs médecins traitants aient été entendus et des mesures urgentes sont en marche pour leur assurer les médicaments qui allègent leur souffrance et réduisent leur douleur. Reste à espérer que les délais, souvent longs, ne le soient plus.