La possibilité d’un durcissement des mesures de restriction dans les prochains jours n’est pas à écarter si l’on se fie aux mots et aux alertes des membres du Comité scientifique chargé du suivi et de l’évaluation de la pandémie de la Covid-19.

S’exprimant au premier jour de l’entrée en vigueur des nouvelles mesures, qui ont vu 32 wilayas passer au confinement nocturne, alors que certaines activités sont désormais au ralenti, les voix du Comité scientifique sonnent le tocsin d’une situation sanitaire qui s’aggrave jour après jour.
Mohamed Touahria, membre du comité, n’écarte pas un probable recours du gouvernement à des mesures plus drastiques dans sa lutte contre la propagation dangereuse de la pandémie, une situation qui met les hôpitaux sous forte pression. Le même responsable a expliqué que les nouvelles mesures de l’Exécutif Djerad reposent sur des enquêtes épidémiologiques et visent à freiner l’ampleur de la contagion.
Même inquiétude chez le professeur Mehyaoui, du comité scientifique, lequel estime que « le non-respect des mesures nous mènera vers la catastrophe », déplorant la hausse des cas de contaminations quotidiennes et le nombre de décès enregistrés chaque jour.
Pari sur l’adhésion citoyenne et la fermeté de l’autorité
Il ne fait point de doute que le durcissement des mesures de prévention contre la pandémie ne saurait apporter les résultats escomptés sans l’adhésion citoyenne et la fermeté des autorités dans l’application des restrictions en vigueur depuis hier.
La gravité de la situation sanitaire et les appels de détresse lancés, notamment par le corps médical sous une terrible pression ces derniers jours, interdisent à l’évidence tout relâchement de la part des citoyens appelés plus que jamais à faire preuve de vigilance en respectant les gestes barrières. Mais surtout en évitant les rassemblements et les activités qui peuvent être source de contagion. Il va sans dire qu’inviter un retraité de surseoir aux files d’attente devant les agences d’Algérie Poste pour retirer sa modique retraite s’apparente plus à une sollicitation inappropriée. En œuvrant à éviter la fréquentation des lieux publics quand ce n’est pas nécessaire, on contribue à freiner l’ampleur de la transmission virale qui met depuis quelques jours le pays dans une situation de psychose. L’on ne peut regretter la fermeture, dans quelques villes, de certains marchés, notamment ceux qui se distinguent par la forte fréquentation populaire. La mesure de restrictions pénalise incontestablement les commerçants qui n’arrivent pas à surmonter les effets des premiers mois du confinement où de nombreuses activités ont été suspendues. Force est de constater cependant que dans ces lieux, on a fait preuve d’un laxisme mortel avec une très faible adhésion aux mesures de prévention foulant aux pieds tous ce qui est recommandé par les médecins, y compris le port du masque et la distanciation sociale comme l’illustrent les image de centaines de personnes au mode « pousses-toi que je m’y mette » à Alger, Oran, Béjaïa, Sétif, où sont déplorés des « clusters » de la pandémie. Mais, pour renverser la tendance de l’épidémie, sans doute, c’est la responsabilité de l’Etat qui est entièrement engagée. Et s’il y a lieu de se féliciter de voir le gouvernement Djerad prendre ces nouvelles mesures avant même qu’arrive à terme l’échéance du dernier réaménagement censé expirer le 24 novembre, cela ne saurait suffire sans plus de fermeté dans l’application des mesures édictées par les autorités sanitaires. Sur ce terrain, force est de constater un manque de rigueur dans le suivi des mesures de prévention, notamment en ce qui concerne les autorisations accordées à certaines activités à caractère politique qui ont pu se dérouler en ces temps de pandémie en présence des centaines de personnes alors que l’urgence sanitaire recommande, entre autre, la distanciation sociale entre les personnes. Une telle « tolérance » et insouciance ne peuvent hélas que participer à l’affaiblissement de l’adhésion des Algériens aux mesures de prévention.
Il est à cet égard impossible de convaincre un citoyen récalcitrant à toute idée de discipline collective de la nécessité de se conformer à ces mesures quand il apprend que des entités politiques ont pu rassembler leurs militants comme si la crise de la Covid-19 ne constitue qu’un triste souvenir.
Le professeur Bouzid, chef de service oncologie du Centre Pierre-et-Marie-Curie du CHU Mustapha Bacha, n’a pas hésité la semaine écoulée à désigner la responsabilité des walis dans la tenue des meetings et autres rassemblements de sensibilisation sur la révision constitutionnelle sans veiller à l’application des règles de prévention. Le laxisme des autorités a été également visible au sujet des cortèges nuptiaux dans les villes et villages alors que ces cérémonies sont censées être suspendues jusqu’à nouvel ordre. Comme il a été constaté des enterrements tenus sans le moindre souci de prévention alors qu’ils drainent des foules importantes. Des actions de ce genre sont à considérer comme un relâchement dont les conséquences sont lourdes sur la situation sanitaire. D’où la nécessité que l’Etat veille à l’application des mesures décidées dans ce contexte d’urgence en comptant aussi bien sur l’incitation et la coercition, qui viendront en appui à la vigilance citoyenne plus que jamais recommandée par le corps médical.
En tout état de cause, les jours à venir et l’évolution de la situation sanitaire seront plus que déterminants sur le plan de lutte contre la pandémie. Parions sur une décrue de la contamination qui ne saurait se réaliser sans la responsabilité individuelle, la conscience collective et l’intransigeance des autorités. <