Les chiffres avancés par le principal accusé montre que le groupe ETRHB avait raflé les plus importants marchés publics et obtenu 457 crédits d’investissement pour un montant total de 211 000 milliards de centimes.

Le procès en appel de «l’affaire Ali Haddad» a été dominé, à la Cour d’Alger, par l’audition – très attendue – du principal accusé, poursuivi dans divers dossiers de corruption. L’ex-homme d’affaires ancien président du FCE, propriétaire du Groupe ETRHB, condamné en première instance à 18 ans ferme et 8 millions de dinars d’amende, a néanmoins nié l’ensemble des charges retenues contre lui. Son audition par le juge de la Cour d’Alger intervenait, pour rappel, après celles de plusieurs co-accusés, dont les anciens hommes politiques Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal et Amar Ghoul… La prochaine étape de ce procès en appel, ouvert le 11 octobre dernier, est le prononcé du réquisitoire du Procureur général aujourd’hui.
Principal accusé entendu jeudi par la juge depuis la prison de Tazoult (Batna), Ali Haddad a ainsi rejeté toutes les charges retenues contre lui. Notamment celles de «l’obtention d’indus privilèges» dans la passation des marchés publics ou lors de la signature des différentes concessions minières et portuaires. Affirmant au juge que l’ensemble des projets d’investissement qu’il avait réalisés ou remportés «l’ont été par les voies légales».
Les chiffres avancés dès mercredi par le prévenu montre toutefois que le groupe ETRHB avait «réussi» à rafler les plus importants marchés publics. Ainsi Ali Haddad explique lui-même que son groupe avait décroché pas moins de 124 marchés publics durant les 20 dernières années. Un chiffre «faible» qui ne démontre «aucun monopole» pour Ali Haddad, pour qui l’importante activité de ces deux dernières décennies explique que l’on ait eu recours à ses entreprises de construction. Ces marchés, parmi lesquels des tronçons d’autoroute, des voies de chemin de fer, ou encore le célèbre stade de Tizi-Ouzou… auraient une valeur cumulée de 748 milliard de dinars algériens, «tous secteurs confondus».
Concernant le dossier des crédits et des acquisitions suspectes de l’ancien homme d’affaires, le procès a permis d’apprendre que le groupe Haddad avait obtenu 457 crédits d’investissement et bancaires au cours des 20 dernières années, pour un montant total de 211 000 milliards de centimes. Quant aux propriétés et acquisitions à l’étranger, Ali Haddad a fait savoir qu’il avait bien un appartement en France, ainsi qu’un «seul compte» bancaire auprès de la Société Générale. Le prévenu a par ailleurs reconnu avoir fait l’acquisition en 2011 d’un hôtel en Espagne pour la somme de 54 millions d’euros. Un achat qui pose des questions au regard de la réglementation sur la sortie des capitaux du territoire.
Quant à la question du financement de la campagne électorale de l’ex-Président, pour laquelle le prévenu aurait collecté pas moins de 75 milliard de dinars, selon le juge (cité par l’APS), Ali Haddad a nié en bloc, affirmant qu’il n’avait «jamais financé de campagne électorale ni aucun parti politique».

Homme d’affaires, politiques et responsables à la barre
Jugement en appel, débuté pour rappel dans des conditions relativement «difficiles», marquées notamment par plusieurs reports, ainsi que par un «désaccord» entre les juges et les avocats au sujet du recours à la visioconférence, le procès Ali Haddad aura toutefois été l’occasion de réunir dans une même «affaire» des acteurs politiques et économiques de l’ancien régime. Le fond du dossier porte, en effet, sur les liens d’intérêt et éventuelles complicités, dans la passation des marchés publics, avec en filigrane le détournement de l’argent public.
Ainsi les premières journées du procès ont été consacrées à l’audition des anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. Ces derniers ont tous deux minimisé leur rôle, Abdelmalek Sellal déclarant à ce titre que «le Premier ministre n’est pas ni coordinateur ni gestionnaire (…) cela relève du maître d’œuvre ou du ministère de tutelle». Alors que Ahmed Ouyahia explique que les marchés de gré à gré accordés à Ali Haddad avaient été approuvés à l’unanimité par le Conseil du gouvernement conformément à la loi en vigueur. Le recours au gré à gré était également «légal» dans le cadre de marché placé sous le caractère de «l’urgence». Quant aux ex-ministres des Transports et des Travaux publics Amar Ghoul et Boudjemaa Talai, condamnés à 10 et 3 ans de prison ferme en première instance, ils ont pour leur part expliqué que leurs décisions «étaient conformes à la loi» et répondaient «aux directives du Président ou du gouvernement».
Affaire Ali Haddad qui cite, pour rappel, pas moins de 60 prévenus et 160 témoins, impliqués à des degrés divers dans certains des plus importants «scandales» de ces dernières années, le jugement en première instance avait ainsi conclu à la culpabilité d’Ali Haddad et de ses cinq frères ainsi que des ministres et cadres des ministères des Transports et des Travaux publics. n