Malgré les appels à la suspension des marches et l’adhésion de la majorité des organisations et collectifs estudiantins engagés dans le Hirak, pour la préservation de la santé publique, plusieurs centaines de citoyens ont marché, hier, à Alger. Une action dénoncée à plus d’un titre notamment sur les réseaux sociaux avec des réactions qui n’ont pas épargné les participants accusés d’avoir organisé ce que qualifie un internaute de «suicide collectif».
En effet, la menace de l’épidémie de coronavirus, qui continue d’emporter des vies à travers le monde et de se propager en Algérie, n’a pas empêché des manifestants de s’accrocher verbalement avec des étudiants venus dès les premières heures de la matinée à la place des Martyrs pour sensibiliser et appeler à respecter la trêve. Les vidéos partagées montrent un débat houleux. «Qui peut nous donner des garanties que le Hirak va reprendre ?», s’interroge un sexagénaire face à un étudiant qui expliquait à la foule qu’«il faut rentrer chez soi et abandonner les marches, le temps que l’épidémie passe».
Un autre partisan de la poursuite des manifestations se demande pour sa part «si le régime en place allait arrêter les emprisonnements, au cas où le Hirak est gelé», dénonçant que «rien que la veille, le militant Brahim Daouadji a été embarqué à Mostaganem, dans une scène hollywoodienne». Devant eux, un autre étudiant prend la parole pour répliquer que «le Hirak est une idée et l’idée ne meurt jamais». «Nous sommes sortis avec conviction. Il faut se prémunir et prémunir nos familles et nos proches car la santé publique est au-dessus de tout», a-t-il enchaîné. Le petit cortège des marcheurs s’est donc ébranlé vers 11H, empruntant le boulevard Bab Azzoun, square Port Saïd et la rue Larbi-Ben M’hidi, avant d’atterrir à quelques mètres de la Grande-Poste. Sur place, la police est intervenue pour «disperser violemment» les participants.
Sans doute en raison du caractère inhabituel de cette marche par rapport à celles d’avant la menace du Covid-19, on lisait sur un post «procession insensée », «malaise profond» sur un autre dont l’auteur réagissait au slogan surprenant et morbide de «Corona khawa khawa», la répression qui l’a ciblée est cette fois passée presque sous silence par les internautes qui se sont plutôt acharnés contre ceux qui ont violé «la trêve» qui fait consensus au sein du Hirak, mettant en danger la santé de la population. L’on sait que le meilleur moyen de stopper la propagation du coronavirus est d’éviter tout contact et surtout les grands rassemblements qui constituent des lieux propices à la contamination. D’où l’appel des autorités, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad et le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, à suspendre les marches le temps que l’épidémie soit éliminée. « Vous faites plus de mal que de bien au combat démocratique dans le pays avec votre irresponsabilité», a dénoncé un internaute commentant cette marche. Un autre s’indignera contre «l’inconscience» des participants, tandis qu’une autre les accuse tout simplement de «contribuer à diviser le Hirak», car selon elle «un consensus a bien été établi de suspendre les marches». Cela a donné aussi place à des commentaires pointus comme celui qui notera que «le mardi, c’est la marche des étudiants et on ne voit aucun étudiant à l’horizon !». Il est vrai, en effet, que durant la marche, il y a eu absence totale des banderoles habituelles des collectifs estudiantins et les différentes pancartes colorées confectionnées avec les slogans, à chaque fois, nouveaux des jeunes. Quoi qu’il en soit, la marche d’hier à Alger, comme d’autres «timides» qui ont eu lieu dans quelques wilayas, montrent que le débat n’a pas encore mûri. Si pour les marches de vendredi prochain, la semaine en cours permet au consensus de s’installer sur la nécessité de faire la trêve, ce n’est pas le cas pour ce mardi 56 intervenu au moment même du lancement du débat. Ceci dit, au sein de la communauté estudiantine, la question est tranchée largement en faveur de la suspension des marches. Un appel signé lundi soir par 8 collectifs et groupes autonomes a annoncé la décision de «gel de la participation aux marches de vendredi et de mardi, jusqu’à ce que l’épidémie soit dépassée». «Nous appelons l’ensemble des militants du Hirak à faire prévaloir l’intérêt national et à suspendre leur sortie, afin de couper court à la campagne de dénigrement et aux voix qui tentent de pêcher en eaux troubles pour imputer au Hirak la propagation du virus», lit-on dans le document.
Enfin, après cette marche que d’aucuns qualifient d’aventurière, la tendance se précise de plus en plus pour un vendredi 57 du Hirak qui n’aura pas lieu. A 48 heures du jour J, les appels et les adhésions à la suspension du Hirak pour juguler la propagation du Covid-19, se multiplient.