Par Khaled Remouche
L’excédent de la balance commerciale les six premiers mois de 2022 pourrait conduire à un équilibre, voire un excédent de la balance des paiements, synonyme d’une augmentation des réserves de change à la fin décembre 2022 si les cours du pétrole se maintiennent à la hausse. Mais attention à l’évolution des importations de services durant l’année en cours. Les chiffres de la Douane confirment une embellie financière guère enregistrée depuis plusieurs années par l’Algérie. Les exportations globales de marchandises ont atteint 25,922 milliards de dollars au cours des six premiers de 2022, en hausse de 48,3% par rapport au premier semestre 2021 (17,480 milliards de dollars). On en déduit que les exportations d’hydrocarbures ont atteint 22,4 milliards de dollars. Ce qui laisse supposer que ces chiffres sont provisoires et qu’ils doivent être confirmés deux mois plus tard. Une tradition bien douanière. Les recettes de Sonatrach devraient être beaucoup plus importantes le premier semestre. Les exportations de marchandises hors hydrocarbures ont atteint 3,507 milliards de dollars en un semestre, soit bien loin de la moyenne annuelle des dernières décennies, 2 milliards de dollars/an. L’Algérie est donc en bonne voie de réaliser l’objectif tracé par le gouvernement, si tout se passe bien, à savoir 7 milliards de dollars en 2022, contre 4,5 milliards de dollars en 2021. La balance commerciale est excédentaire, +5,689 milliards de dollars contre un déficit de -1,348 milliard de dollars au cours de la même période de l’exercice précédent. Un indicateur macro-économique important est donc au vert.
En effet, les importations de marchandises ont atteint 20,223 milliards de dollars le premier semestre 2022, soit en hausse de 7,41% par rapport aux six premiers mois de 2021 (18,829 milliards de dollars). Cette hausse est sans doute due aux effets de la crise russo-ukrainienne qui a eu pour impact le renchérissement des produits de base notamment une hausse importante des prix des céréales et des aliments de bétail et l’élevage avicole.
N’oublions pas que l’Algérie pour se prémunir de toute pénurie a dû renforcer, en particulier durant cette période, ses stocks stratégiques de céréales. L’excédent de la balance commerciale aurait été plus important si l’Algérie avait comprimé, comme en 2020 et 2021, ses importations. Mais ce qui importe pour mesurer l’aisance financière actuelle, due, rappelons-le, principalement à une flambée des prix du pétrole le premier semestre de l’année en cours, plus de 100 dollars le baril, est la balance des paiements. La seule indication est celle donnée par la Douane : les réserves de change représentent environ plus de 12 mois d’importations, ce qui nous donne, si on suit le rythme actuel des importations, plus de 40 milliards de dollars. Soit à première vue une stagnation du niveau des réserves de change.
La question est de savoir si l’Algérie réalisera, en 2022, l’équilibre voire un excédent de la balance des paiements qui, si le solde de la balance est positif, entraîne une croissance des réserves de change. L’inconnue en l’absence des chiffres de la Banque d’Algérie est l’évolution des importations de services. Elles se situaient à 10-11 milliards de dollars par an. Le chef de l’Etat a demandé qu’elles soient comprimées par un recours plus important aux sociétés algériennes dans la réalisation des projets et dans les travaux d’études.
Si ces importations de services diminuent de façon sensible, il est clair que l’Algérie réalisera l’équilibre, voire l’excédent de sa balance des paiements.
Ouvrons une parenthèse pour ajouter que suivant les statistiques de la Douane, les principaux fournisseurs de l’Algérie au cours de cette période sont la Chine, la France, le Brésil, l’Argentine et l’Italie avec respectivement 16,5%, 7,17%, 6,51%, 6,44% et 5,83%. La présence des deux pays d’Amérique latine montre l’importance de ces pays actuellement dans l’approvisionnement alimentaire du pays. Les premiers clients, eux, sont l’Italie, l’Espagne, la France, les Pays-Bas et les Etats-Unis avec respectivement une part de 21,83%, 12,13%, 9,94%, 7,38% et 5,75%.
La question in fine est de savoir si l’Algérie va profiter à court terme de cette embellie financière ? S’il est évident que cette aisance conjoncturelle permet d’atténuer les difficultés budgétaires et de faire face aux incidences de la guerre en Ukraine, il est par contre moins évident concernant l’utilisation à bon escient de cet argent du pétrole. Tant qu’il n’est pas sûr qu’on évitera les surcoûts et la surfacturation dans la réalisation des grands projets structurants comme les méga projets de développement des mines de phosphates de Tébessa et le projet de développement des mines de fer de Gara Djebilet. A un échelon moins important en termes de valeur en matière d’investissement mais à un impact très sensible sur les conditions de vie de la population, la faible consommation des crédits budgétaires dans nombre de communes montre un réel problème de maîtrise des dépenses publiques et un réel problème de management des projets à l’échelon des collectivités locales. n