Il y a quelques jours, le rappeur algérien Soolking a explosé à nouveau les records d‘audience, avec la sortie de son nouveau single «Rockstar». signé sur le label de Fianso, en devenant deuxième tendance YouTube et le clip cumule déjà plus de 4,6 millions de vues.
Dans ce clip, réalisé par Leïla Sy, le rappeur, dans un univers glacial à la games of thrones, rêve d’avoir la vie d’une rockstar, tout en faisant référence à «One Piece».
Dans un « flow » unique, il chante « J’réussis, ils ont mal, ils ont mal, c’est normal / J’suis un blédard, (…) J’viens des montagnes, bébé (…)»
Si la présence d’une guitare électrique semble étonner plus d’un, elle est un clin d’œil aux origines musicales du rappeur, qui a débuté sa carrière comme batteur au sein d’un groupe de rock algérien.
Un site spécialisé analyse le clip de «Rockstar », en soulignant que Soolking continue d’asseoir sa notoriété, après la sortie en septembre dernier, du clip de «Dalida» qui cumule plus de 130 millions de vues, tandis que le morceau s’est même retrouvé sixième du Top mondial sur Deezer. Dans la foulée, son album «Fruit du démon» a rapidement été certifié Disque d’or pour plus de 50 000 équivalents ventes.
En parallèle, la vidéo de son passage au «Planète Rap » de Skyrock au son de l’inédit «Guerilla » frôle les 190 millions de vues. Ce jeune artiste algérien incarne ainsi la succès story du jeune qui survit dans la galère en Algérie pour ensuite connaître la célébrité mondiale sous des cieux plus cléments.
Il y a quelque mois, dans une interview aux médias français, il souligne toutefois : « Je n’aime pas trop jouer le rôle de la victime en disant que j’ai dormi dans la rue. J’ai galéré comme tout le monde, il fallait être courageux, mais je n’ai pas forcément trop envie de raconter ça.
Je n’ai pas honte de le dire, il y a eu des moments difficiles où je n’avais pas de quoi vivre.» Aujourd’hui, Soolking prend sa revanche sur la vie, un destin commun à la majorité des stars du rap et du hip-hop, qui ont réussi à sortir du ghetto en étant les porte-voix des sans-voix marginalisés par les bien-pensants et la culture élitiste.
A 40 ans, le rap est fier d’avoir arraché le respect de l’intelligentsia
Il y a 40 ans, « Rapper’s Delight », le premier succès rap de l’histoire, les membres du groupe « Sugarhill Gang » étaient loin de se douter qu’ils allaient propulser le hip-hop, mouvement éphémère local, au rang de culture planétaire. « J’aurais jamais cru que ça prendrait de telles proportions. A l’époque, on nous décourageait de faire du hip-hop, personne ne respectait ça », explique à l’AFP Grandmaster Caz.
Ce pionnier est l’un des coauteurs de «Rapper’s Delight », même s’il n’a jamais été officiellement crédité pour ses paroles. Sorti en 1979, ce tube est resté dans l’histoire de la culture comme le premier tube de rap, permettant au monde entier de découvrir un genre nouveau. Surtout, il a permis de graver dans le vinyle cette musique née dans les «block parties » du quartier new-yorkais du Bronx. A l’occasion de la célébration des quarante ans du rap, l’Amérique rend hommage à cette musique longtemps marginalisée, avec l’inauguration d’un musée à Washington, en janvier dernier, où sont exposées plusieurs centaines de micros dédicacés, disques de platine, produits dérivés, posters….
A sa sortie, le morceau s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde et a même eu l’honneur d’être introduit en 2011 à la très prestigieuse Bibliothèque du Congrès à Washington.
Il y a quarante ans, le hip-hop était une culture balbutiante, dont le rap est l’expression musicale, et qui tourne autour de quatre éléments, la danse, le graffiti, le «MCing » (la manière de rapper) et le «DJing» (la maîtrise des platines).

Pour enregistrer « Rapper’s Delight », Sugarhill Gang se permet de reprendre la célèbre ligne de basse de « Good Time », le tube du groupe de disco Chic, également utilisée en 1980 par Queen dans « Another One Bites the Dust ».
« Avant de rapper, j’étais un D.J. et le disco était à la mode à l’époque. Il y avait le funk avec des artistes comme Parliament Funkadelic, Nile Rodgers… On prenait des éléments dans toutes les musiques autour de nous », détaille Master Gee. A ses débuts, le rap est festif et aborde des thèmes légers, comme la fête, la drague et l’amour de cette musique, medium utilisé par une minorité noire et discriminée pour s’exprimer.
« C’était une libération, un nouveau moyen marrant de s’exprimer », confie à l’AFP le rappeur Grandmaster Caz. A 57 ans il a animé au côté de Sugarhill Gang, un concert « old school » pour l’inauguration du musée de Washington. Avec un autre précurseur du genre, Melle Mel, qui faisait partie du groupe Grandmaster Flash and the Furious Five qui, en 1982, a sorti une autre pierre angulaire du rap, « The Messag ».
Ce morceau est le premier à avoir décrit avec réalisme la vie et la pauvreté dans les ghettos. Un style « conscient » qui a profondément marqué cette musique, souvent vue, notamment en France, comme le moyen d’expression des sans-voix. Grâce au «message», le groupe est devenu le premier artiste rap à être introduit au Rock and Roll Hall of Fame, panthéon du rock et de la musique populaire américaine, en 2007. « Cela a permis de mettre notre musique au niveau où elle devait être, aux côtés de tous les autres grands genres », déclare Melle Mel à l’AFP. Aujourd’hui, les pionniers restent confiants quant à l’évolution du rap. Master Gee affirme à ce sujet : «On n’arrête pas ce qui est inéluctable et on ne tue pas ce qui est immortel. »
« Everything is love» ouvre les portes du Louvre au rap
Le plus célèbre musée de France a vendu 10,2 millions de billets d’entrée en 2018, en hausse de 25% par rapport à l’année précédente. Et pour ce record annoncé au mois de janvier dernier, par les médias français, l’institution parisienne peut remercier un couple emblématique du hip-hop et rap américain, Beyoncé et Jay-Z ! En effet, au mois de juin dernier, les fans du genre ont découvert un clip inédit du couple mythique intitulé « Apeshit », extrait de l’album « Everything is love » où Jay-Z et Beyoncé célèbrent en mondovision leur réconciliation et la victoire de l’amour. Le couple royal du hip-hop a tourné la vidéo de son nouveau single au Louvre. Le clip est un puissant symbole culturel et politique qui a fait couler beaucoup d’encre : des universitaires, des experts de l’art, des sociologues se sont attelés à analyser et décortiquer ce bijou qui comptabilise à ce jour plus de 147 millions de vues sur YouTube.
Jay-Z et Beyoncé, le couple noir, se réapproprie la culture élitiste des blancs, à travers quelques grands chefs-d’œuvres, exposés au Louvre : la statue de «La Victoire de Samothrace », « Le Radeau de la Méduse » de Théodore Géricault,
« la Vénus de Milo », « le Grand Sphinx de Tanis », le « Sacre de l’empereur Napoléon Ier et le couronnement de l’impératrice Joséphine» de Jacques-Louis David, « Les Noces de Cana » de Véronèse et, bien sûr, « La Joconde » de Léonard de Vinci.
Une collection qui fait maintenant l’objet d’un parcours spécial d’une heure et demie, « JAY-Z et Beyoncé au Louvre », pour les touristes du monde entier. Le musée précise que les étrangers représentent près des trois-quarts des visiteurs, tandis que les Français restent les principaux visiteurs (2,5 millions, soit 25 % du total).
Au final, à quarante ans, le rap a acquis ses lettres de noblesse en jouant dans la cour de grands tout en continuant à exprimer cette rage de vivre et d’être les porte-voix des sans-voix.