Par Fereil Nourine
L’Accord de Paris sur le climat devrait encore attendre pour voir le secteur des hydrocarbures s’inscrire réellement dans une démarche anti-réchauffement de la planète.
Pis encore, la stratégie de décarbonation à laquelle recourent plusieurs géants mondiaux des activités pétrolière et gazière s’avère «incompatible» avec les objectifs de cet accord, adopté par 196 pays lors de la COP 21 dans la capitale française, puis ratifié par 55 pays représentant au moins 55 % des émissions estimées de gaz à effet de serre, estime une équipe internationale d’experts dont l’analyse sur ce dossier vient d’être publiée par la revue Nature Communications.
Ces experts ont mené une étude basée sur six scénarios d’émissions de trois géants européens de l’énergie – Equinor, BP et Shell – ainsi que sur ceux élaborés par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ils ont comparé les données obtenues aux scénarios figurant dans un rapport spécial du groupe d’experts du climat des Nations unies (Giec) pour limiter à 1,5°C le réchauffement moyen de la planète, tel que convenu dans l’accord de Paris.
Les résultats de l’analyse démontrent que les ambitions et les appétits de grandes compagnies d’hydrocarbures ne s’inscrivent pas dans la nouvelle voie tracée par l’effort mondial en matière de climat, à travers un accord qui se veut une réponse mondiale à la menace du changement climatique en maintenant l’augmentation de la température mondiale à un niveau bien inférieur à 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, et en poursuivant les efforts pour limiter encore davantage l’augmentation de la température à 1,5 degré Celsius.
Or, «la plupart des scénarios que nous avons analysés sont incompatibles avec l’accord de Paris, car ils ne parviennent pas à limiter
le réchauffement à bien moins de 2°C+ et dépasseraient largement la limite de 1,5°C»,
a déclaré Robert Brecha, du groupe de réflexion Climate Analytics, coauteur principal de l’étude.
Ce dernier plaide pour «la transformation du secteur énergétique» qu’il qualifie d’«essentielle» pour atteindre les objectifs visés. De plus, «les décideurs ont besoin d’évaluations scientifiques solides et transparentes», telles que cette étude, a-t-il souligné, citant le scénario de Shell, surnommé Sky, conduirait à un réchauffement de 1,81°C d’ici 2069.
En réponse, une porte-parole du géant pétrolier britannique a déclaré à l’AFP que ce scénario Sky n’était qu’une possibilité parmi plusieurs, ajoutant que leurs équipes faisaient «des évaluations basées sur des hypothèses et des quantifications plausibles, qui ne sont pas destinées à être des prédictions d’événements ou de résultats futurs probables».
Le scénario Rebalance d’Equinor verrait le réchauffement culminer à 1,73 °C au-dessus des niveaux préindustriels d’ici 2060, selon l’étude. Quant au scénario Rapid de BP, il entraînerait un pic de réchauffement de 1,73°C d’ici 2058, tandis que son scénario Net Zero conduirait à un réchauffement médian de +1,65°C maximum, indique encore la même source.

Laquelle estime que seul le scénario «Net
Zero 2050» de l’AIE est pleinement conforme à l’accord de Paris.
Torchage : Sonatrach fait valoir les techniques satellitaires
En Algérie, Sonatrach s’est engagée dans le domaine de la protection de l’environnement pour atteindre ses objectifs en matière de réduction des émissions des gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Dans l’édition 2022 du Global Gas Flaring Tracker, indicateur mondial pour le suivi de la pratique du torchage, l’Algérie est classée dans le top 10 des pays émetteurs de gaz torchés, aux côtés de la Russie, l’Iraq, l’Iran, les Etats-Unis, le Venezuela, le Nigeria, le Mexique, la Libye et la Chine. En 2021, ces pays ont représenté 75 % du volume total de gaz brûlé à la torche dans le monde et 50 % de la production mondiale de pétrole. Selon l’édition 2022 du Global Gas Flaring Tracker, indicateur mondial pour le suivi de la pratique du torchage, les volumes de gaz torchés en valeur absolue et par baril de pétrole produit n’ont guère diminué au cours de la dernière décennie.

Les réductions spectaculaires observées dans certains pays n’ont pas permis de compenser les augmentations alarmantes enregistrées dans d’autres.
Le même organisme relève que la Russie est le pays qui recourt le plus au torchage dans le monde avec 25,41 milliards de m3 de gaz brûlés, devant l’Iraq (17,80 milliards de m3), l’Iran (17,37 milliards de m3), les Etats-Unis (8,78 milliards de m3), le Venezuela (8,2 milliards de m3), l’Algérie (8,16 milliards de m3), le Nigeria (6,63 milliards de m3), le Mexique (6,63 milliards de m3), la Libye (5,97 milliards de m3) et la Chine (2,49 milliards m3).
Mais Sonatrach rejette les chiffres qui lui sont attribués et fait valoir les techniques satellitaires en guise d’indice de fiabilité et de progrès qu’elle réalise dans son projet de réduction de gaz à effet de serre.
Il y a tout juste quelques semaines, début juin, la compagnie nationale d’hydrocarbures, a fait savoir que l’application de ces techniques, en collaboration avec l’Agence spatiale algérienne (ASAL), pour l’estimation des volumes de gaz torchés en Algérie a permis de confirmer les résultats qu’elle a obtenus par Sonatrach, et qui présentent «des écarts significatifs avec les estimations publiées par d’autres organismes», a-t-elle souligné dans un communiqué.
«S’inscrivant dans le cadre de ses politiques de réduction de l’empreinte carbone et de valorisation de la recherche, Sonatrach, en collaboration avec l’Agence spatiale algérienne (ASAL), a franchi un pas important en matière d’estimation des volumes des gaz torchés à travers l’outil satellitaire», est-il noté dans le communiqué. Les chercheurs de l’ASAL ont mis en œuvre une méthodologie pour l’estimation des volumes des gaz torchés à partir de l’exploitation des images nocturnes dans le visible et l’infrarouge du capteur VIIRS embarqué sur le satellite météorologique Suomi NPP, a fait savoir la compagnie nationale, précisant que cette méthodologie a été gratifiée et publiée dans la revue scientifique de rang A «Remote Sensing» du Multidisciplinary Digital Publishing Institute (MDPI), le 10 mai 2022.
«Les résultats obtenus par l’ASAL démontrent une cohérence avec les volumes mesurés au sol par Sonatrach et ce, en comparaison avec ceux publiés par d’autres organismes et qui présentent des écarts significatifs des volumes constatés liés, selon l’étude menée par l’ASAL, au coefficient de calibration non actualisé et ne tenant pas compte des évènements particuliers de torchage (arrêts, démarrages, déclenchements)», a également expliqué la même source. <