Une vente stratosphérique, dans tous les sens du terme: l’un des manuscrits préparatoires à la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, estimé entre deux et trois millions d’euros, sera mis aux enchères mardi à Paris. “Il s’agit sans nul doute du manuscrit d’Einstein le plus précieux jamais proposé aux enchères”, juge dans un communiqué Christie’s, chez qui se déroulera la vente pour la maison Aguttes. Le document est un manuscrit autographe de 54 pages rédigé en 1913 et 1914, à Zurich (Suisse), par le célèbre physicien d’origine allemande et son collaborateur et confident, Michele Besso. Selon Christie’s, c’est grâce à cet ingénieur suisse que “le manuscrit est, presque miraculeusement, parvenu jusqu’à nous: Einstein n’aurait probablement pas pris la peine de conserver ce qui pouvait lui apparaître comme un document de travail”. Après sa théorie de la relativité restreinte, qui lui fit démontrer en 1905 la fameuse formule E=mc², Einstein commença à travailler à une théorie de la relativité générale. Cette théorie de la gravitation, finalement publiée en novembre 1915, a révolutionné notre compréhension de l’univers. Mort en 1955 à l’âge de 76 ans, Einstein est devenu le symbole du génie scientifique autant qu’une figure pop, avec la célèbre photo de 1951 où il tire la langue. Début 1913, lui et Besso “s’attaquent à l’un des problèmes auxquels la communauté scientifique se heurtait depuis des décennies: l’anomalie de l’orbite de la planète Mercure”, rappelle Christie’s. Les deux scientifiques résoudront cette énigme. Ce n’est pas dans les calculs couchés sur ce manuscrit, qui comptent “un certain nombre d’erreurs passées inaperçues”. Quand Einstein les repéra, il ne se préoccupa plus de ce manuscrit, emporté par Besso. “Les documents autographes scientifiques d’Einstein de cette période, et plus généralement d’avant 1919, sont extrêmement rares”, souligne Christie’s. “Etant l’un des deux seuls manuscrits de travail documentant la genèse de la théorie de la relativité générale qui nous soient parvenus, il est un témoignage extraordinaire du travail d’Einstein et nous permet une plongée fascinante dans l’esprit du plus grand scientifique du XXe siècle”, poursuit la maison d’enchères. L’autre document connu de cette période cruciale dans les recherches du physicien, dit “carnet de Zurich” (fin 1912, début 1913) est en effet aux archives Einstein de l’Université hébraïque de Jérusalem.