Le déficit de la balance commerciale du pays, qui repart à la hausse après cinq mois de stagnation (de janvier à mai 2019), inquiète plus d’un économiste, craignant même qu’avec une économie en panne la situation devienne critique et dangereuse. Contacté par nos soins pour nous éclairer un peu plus sur l’état financier actuel et à venir du pays, un économiste qui a voulu garder l’anonymat reste convaincu que « le déficit de la balance commerciale qui s’accentue était prévisible, dès lors où notre économie est factice, c’est-à-dire sans stratégie en place et encore moins de vision ». Considérant dans ce sens que « les décideurs et les acteurs, ne se souciant guère du risque qu’encourt le pays s’il n’est pas établi de stratégie qui puisse, du moins dans un premier temps, freiner le déficit de la balance commerciale du pays ». Comme il nous a avoué : « Ce qui m’inquiète le plus, c’est que nos recettes extérieures vont forcément diminuer par l’effet de la chute imminente du prix du baril de pétrole. Et sans autre alternative, il nous restera plus que deux choix, soit ouvrir les portes des secteurs clés du pays aux firmes étrangères ou aller tête baissée vers l’endettement avec toutes les lourdes conséquences que cela induit. » Notre interlocuteur s’interroge : «Aujourd’hui, notre balance commerciale est déficitaire et nous ne disposons pas de moyens pour renverser la vapeur. Qu’en sera-t-il lorsque la population atteindra les 50 millions, avec toute cela représente comme besoins d’importations incompressibles ? »
De son côté, Amor Khelif juge que l’aggravation du déficit de la balance nous interpelle. « De toute évidence, il va falloir si l’on veut redresser la barre cesser de naviguer à vue, c’est-à-dire de revenir à la réalité des choses », indiquant dans ce sens : « Il s’agira de commencer par recourir à des réformes structurelles profondes, en rupture avec les pratiques passées, orchestrées par le duo décideurs-oligarques. C’est d’ailleurs un chantier auquel le futur pouvoir légitime se devra de prendre en charge tant les défis économiques et sociaux, qui pointent à court, moyen et long termes, sont importants à relever. »
Toujours à propos de la problématique du retour à la hausse de la balance commerciale de l’Algérie, le professeur Abderrahmane Mebtoul a expliqué, dans sa dernière sortie médiatique, qu’« avec la crise politique non résolue qui paralyse l’économie, toutes les prévisions annoncées jusqu’ici risquent de ne pas se concrétiser ». Pour ce consultant international, le déficit de la balance commerciale va continuer à s’accentuer en raison de deux facteurs majeurs. « Le maintien de l’actuelle politique économique, facteur d’une productivité et production internes faibles. Et des réserves de change qui risquent de clôturer à environ 58 milliards de dollars fin 2019, 37 en 2020, 16 milliards de dollars fin 2021 », a précisé le professeur. Comme il a estimé enfin que le pays pourrait être en cessation de paiement avant le premier trimestre 2022. Un scénario des plus redoutables pour le pays car, synonyme d’endettement extérieur comme indiqué ci-dessus.
Il est utile de rappeler que la loi de finances 2019, qui fonctionne sur la base d’un cours de pétrole supérieur à 105 dollars le baril, prévoyait, pour la période 2019-2021, une baisse des réserves de change à 62 milliards usd en 2019, puis à 47,8 milliards usd en 2020 pour atteindre 33,8 milliards usd en 2021. Pour l’heure, il est facile de déduire que les prévisions se sont avérées fausses.