L’Association Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) a organisé, vendredi soir, la première rencontre de sa 5e édition du Forum RAJ. Ce premier rendez-vous a accueilli les auteurs du numéro 36 de la revue d’étude et de critique sociale Naqd qui ont discuté du principal thème de ce numéro, à savoir l’économie de rente et la culture rentière.

A l’heure où le prix du baril de Brent frôle les 80 dollars, y aura-t-il un effet inhibiteur sur la nouvelle politique économique nationale qui doit bâtir une industrie forte hors hydrocarbures ? Ceci, alors que les experts voyaient en la chute du prix du baril de 2014 une évolution salutaire dans l’optique de lancer une industrie nationale moins dépendante des revenus tirés des hydrocarbures. Pour Dahou Djerbal, historien et directeur de publication de la revue Naqd, la formation d’une économie de rente étouffe toutes les possibilités de croissance. « Avec cette culture rentière, on communique à la société une forme de rapport au travail générant un revenu qui soit supérieur et non équivalent à la valeur du travail », explique-t-il. Ajoutant que la question de la rente est importante dans la constitution des formes de pouvoir, que ce soit pour l’organisation de l’Etat ou la formation des classes en Algérie. « Cette culture rentière mène l’Algérie au blocage de toutes les formes de développement », poursuit Dahou Djerbal. Un contexte qui a comme conséquence la réception par une majorité importante de la société d’un revenu, ce qui en fait « un client de l’Etat » qui distribue la rente pétrolière. « Dans le même temps, ce système est liberticide, il va détruire les espaces d’expression et de contre-pouvoir, qu’ils soient associatifs ou politiques », affirme le directeur de publication de la revue Naqd. Autre phénomène observé, selon l’intervenant, une production de violence « de manière régulière », « non pas la violence produite de la confrontation de classes, mais une violence horizontale à l’intérieur des classes, surtout celles populaires », observe-t-il.
Le constat est le même pour le professeur en économie Youceb Benabdallah, pour qui, dans une perspective historique, la rente est synonyme de non-développement. « La rente est un facteur de blocage », abonde-t-il lui aussi, définissant la source de la rente comme toute exploitation du sol et du sous-sol, des potentialités produites par la nature et la nature seule et  non pas par les potentialités de l’homme. « Concernant l’Algérie, sur une perspective de 40 à 50 ans, l’industrie hydrocarbure a représenté 90 à 95% de l’économie nationale », affirme l’économiste, ajoutant que sur la même période, le budget de l’Etat a été financé à hauteur de 70 à 75% par la fiscalité pétrolière. Une configuration qui induit, selon Youceb Benabdallah, un Etat de « consensus rentier où la société globale est sous-fiscalisée ». Comprendre, ce que la société apporte à l’Etat est petit par rapport aux richesses qu’elle créé. « La question de la rente nous poursuit depuis 50 ans, il faut à un moment que la société se remette au travail pour créer des richesses », appelle Youceb Benabdallah. Il estime que depuis le début des années 2000 émerge un Etat clientéliste. « 20 à 25% du PIB vont dans les transferts sociaux. C’est un égalitarisme à l’envers que l’Etat finance », juge l’économiste, qui argumente par le fait que les riches profitent beaucoup plus des subventions de l’Etat que les personnes dans le besoin.
D’autre part, l’intervenant qualifie la rente de « magique » car permettant « d’effacer toutes les ardoises et d’engendrer tous les paradoxes, comme le chômage et l’absence de main-d’œuvre, la crise et l’abondance d’argent. « C’est l’Etat qui génère sa propre crise car sa nature est profondément rentière », conclut Youceb Benabdallah.