La coalition menée par l’Arabie saoudite continue son entreprise destructrice au Yémen avec des « bavures » particulièrement meurtrières. Des dizaines de Yéménites, qui participaient à une cérémonie de mariage, ont été tués ou blessés dans des bombardements aériens. Les bilans variant de 23 à 33 morts et de 40 à 55 blessés. Les raids se sont produits de nuit dans une zone sous contrôle houthi.

Accusé d’aider les Houthis, l’Iran a rapidement condamné les bombardements. «Les attaques contre les quartiers résidentiels et les objectifs civils, en plus de l’interdiction de l’accès du peuple yéménite aux agences et institutions d’aide, sont des violations des principes humanitaires», a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. L’Arabie saoudite à la tête de la coalition accuse l’Iran de soutenir le mouvement houthi et justifie son intervention dans ce pays. Laquelle intervention qui semble aujourd’hui aller vers l’enlisement alors que la situation ne fait que se compliquer. Les bombardements ont touché la localité de Bani Qais, proche de la ligne de front. L’agence yéménite Saba a qualifié ces bombardements de «nouveau crime génocidaire des Saoudiens». Ce n’est pas la première fois que des fêtes de mariage au Yémen sont touchées par des bombardements de la coalition : 131 personnes avaient été tuées dans la région de Mokha, dans le Sud, en septembre 2015, et 28 dans la province de Dhamar le mois suivant. En octobre 2016, un raid aérien avait fait 140 morts lors d’une cérémonie funéraire dans la capitale Sanaa. La fréquence des attaques contre ce genre de cérémonie soulève des questions. Les bombardements visant des groupements de populations sont-ils des actions préméditées engagées par la coalition pour faire mal ? Une sorte de vengeance contre les Houthis qui, décidément, donnent du fil à retordre à l’Arabie saoudite qui n’arrive pas à faire basculer la guerre de son côté. Les bavures sont souvent le résultat de mauvaises informations, estiment par contre des observateurs proches de la coalition. Cette dernière a déjà reconnu, après enquête, certaines «erreurs» et promis d’affiner ses règles «d’engagement militaires».

Désastre humanitaire
Le Yémen, pays pauvre de la péninsule arabique, subit depuis quatre ans une guerre meurtrière imposée par une coalition menée par Riyad. Le conflit a fait près de 10 000 morts, plus de 54 000 blessés et provoqué «la pire crise humanitaire du monde», selon l’ONU, qui peine à imposer un processus de paix. Avec cette intervention de l’Arabie saoudite et sa coalition, le Yémen vit une situation des plus désastreuses. Un drame qui ne semble pas alarmer certaines puissances occidentales qui n’hésitent pas à intervenir dans la région sur la base de suspicion, comme ce fut le cas récemment en Syrie. La dégradation de la situation sécuritaire de ce pays donne, lui, à une implantation des groupes extrémistes dans certains secteurs. Hier, des affrontements sanglants ont eu lieu dans une autre région du Yémen, à Taëz, où cinq soldats yéménites ont été tués et 19 autres blessés. Cette opération a été lancée après l’assassinat d’un employé de nationalité libanaise du Comité international de la Croix-Rouge (Cicr). Les violents combats ont eu lieu dans le quartier de Jahmaliah, un secteur de Taëz contrôlé par des soldats de l’ex-gouvernement où la présence de djihadistes était tolérée jusqu’ici. Le gouverneur de Taëz, Amin Mahmoud, fidèle à l’ex-gouvernement yéménite, a formé dimanche une force spéciale composée d’unités de la police et de l’armée pour lancer l’opération. Une bonne partie de Taëz, troisième ville du Yémen, est entre les mains des soldats de l’ex-gouvernement mais les entrées de la cité sont toujours contrôlées par les Houthis. Des groupes armés extrémistes ont profité du chaos imposé par l’extérieur pour s’implanter ou renforcer leur présence dans certains secteurs du sud du pays.