Par Sylvain PEUCHMAURD
L’apparition d’une nouvelle variante du coronavirus au Royaume-Uni a semé la panique dans le monde, des dizaines de capitales annulant les vols avec ce pays, qui se retrouvait brutalement isolé lundi et craignait des pénuries à l’approche de Noël. Alors que cette mutation du virus fait craindre une recrudescence des cas de Covid-19, l’Agence européenne des médicaments a autorisé lundi le vaccin Pfizer-BioNTech, ouvrant la voie à un possible début des vaccinations dans l’Union européenne avant la fin de l’année. « Je suis ravie d’annoncer que le comité scientifique de l’AEM s’est réuni aujourd’hui et s’est montré favorable à une autorisation de mise sur le marché conditionnelle dans l’UE pour le vaccin développé par Pfizer et BioNTech », a déclaré la directrice générale de l’AEM, Emer Cooke. L’AEM s’est aussi voulue rassurante, assurant qu’il n’existait « aucune preuve » permettant de dire que le vaccin Pfizer ne protégerait pas contre une nouvelle souche du coronavirus. Cette mutation du virus a entraîné une fermeture des frontières de nombreux pays avec le Royaume-Uni, à moins de deux semaines de la sortie de ce dernier du marché unique européen, d’où un chaos dans les ports, en particulier celui de Douvres, et des inquiétudes sur l’approvisionnement en produits frais comme les agrumes et les salades en pleine semaine de Noël. Le port de Douvres, desservant notamment la France, a annoncé fermer pour le trafic sortant. Plusieurs pays dont la France et le Canada ont décidé dès dimanche de suspendre pour plusieurs jours tous les déplacements en provenance du sol britannique, après l’apparition d’une variante du virus qui serait jusqu’à 70% plus contagieuse. Conséquence de ces suspensions en série, Boris Johnson présidait lundi une réunion « pour discuter de la situation concernant les déplacements internationaux et en particulier les flux réguliers du fret vers et à partir du Royaume-Uni ». Le Portugal, l’Espagne, La Russie, l’Inde, la Norvège, le Danemark, la Suisse Oman et Hong-Kong sont venus s’ajouter lundi à liste croissante des pays ayant décidé de suspendre leurs vols de passagers en provenance de la Grande-Bretagne. « C’est une tragédie ce qui se passe en Grande-Bretagne », a regretté lundi le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton. « Si la Grande-Bretagne avait décidé de rester dans l’Union européenne, aujourd’hui elle aurait, comme tous les pays européens, entre 30, 40 et 50 milliards d’euros et on pourrait l’aider ».

– « Aidez-nous à sortir! » –
Après la suspension des liaisons aériennes, des dizaines de passagers en provenance de Grande-Bretagne se sont retrouvés bloqués dans des aéroports allemands dans la nuit de dimanche à lundi. « Nous sommes tous épuisés, beaucoup de gens pleurent », témoigne Sophie à l’aéroport de Hanovre. « S’il vous plaît, aidez-nous à sortir! », s’est exclamée une autre jeune femme, Manuela Thomys, dans une vidéo postée sur internet. Hors de l’UE, c’est aussi le cas du Koweït, de l’Iran, de la Suisse, du Salvador et d’Israël, ces trois derniers pays ayant également suspendu leurs liaisons avec l’Afrique du Sud où une nouvelle variante a aussi été détectée. L’Arabie saoudite a quant à elle suspendu tous les vols internationaux ainsi que l’accès à ses ports. Le Canada, l’Argentine, la Colombie et le Chili ont suspendu les vols en provenance du Royaume-Uni. La nouvelle souche du virus est « hors de contrôle », avait reconnu dimanche le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock, justifiant un reconfinement de Londres et d’une partie de l’Angleterre. Cette fermeture tombe très mal: à dix jours de l’échéance, les négociations commerciales post-Brexit entre Londres et Bruxelles n’ont toujours pas abouti et en cas d’échec, l’introduction soudaine de quotas et droits de douane fait craindre le chaos dans les approvisionnements du pays.

– Premier cas en Italie –
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’agence européenne des maladies ont appelé dimanche leurs membres en Europe à renforcer leurs contrôles pour combattre la propagation de la nouvelle variante. L’Italie a annoncé dimanche soir avoir détecté un premier cas diagnostiqué à Rome. D’autres contaminations avaient déjà été signalées au Danemark (neuf), ainsi qu’un cas aux Pays-Bas et en Australie, a souligné l’OMS. « La variante pourrait être plus contagieuse » et « affecter l’efficacité de certaines méthodes de diagnostic », a poursuivi l’OMS. Il n’y a en revanche pour le moment « aucune preuve d’un changement de la gravité de la maladie », selon elle. Dans l’UE, la campagne de vaccination devrait commencer les 27, 28 et 29 décembre, selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Les ambassadeurs des Etats membres auront une réunion de crise lundi à Bruxelles consacrée aux restrictions dans les déplacements causées par la nouvelle souche du virus. Aux Etats-Unis, qui fait face à un rebond spectaculaire de l’épidémie avec plus de 317.597 morts, un accord a été trouvé dimanche au Congrès entre démocrates et républicains pour voter un nouveau plan de soutien à l’économie après des mois de négociations. Le chef républicain du Sénat, Mitch McConnell, a confirmé que le plan d’urgence s’élèvera « à près de 900 milliards de dollars ». Le président élu Joe Biden devait être vacciné lundi.  (AFP)