Jeudi, 5 mars, le chef de l’Etat est reparti pour la série de consultations politiques qu’il a inaugurée peu de temps après son investiture. Cette fois, il a reçu deux délégations : l’une politique et partisane – celle du Mouvement El Islah de Filali Ghouini –, l’autre politico-associative : l’Organisation nationale des enfants de moudjahidine (ONEM).
Lundi 2 mars et mardi 3 mars, M. Tebboune avait dans son bureau d’accueil les dirigeants de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) puis le leader d’El Bina, l’ancien candidat à la présidentielle de décembre dernier, Abdelkader Bengrina.

Les échanges qu’il a eus avec ces personnalités font, comme les précédents, l’effet d’un marqueur de méthode, celle qu’il s’est choisie pour montrer aux Algériens qu’il cherche à gouverner en maintenant ouverts les canaux de concertation ; et en signifiant surtout – à qui veut bien voir et entendre – qu’il veut en finir avec ce passé récent où la présidence de la République était une lointaine et très mauvaise copie de la forteresse de… Kagemusha.
Mais, bien au-delà du marqueur et de la méthode, les consultations du chef de l’Etat visent aussi à « recruter » le maximum de partisans et consistent à les rallier à sa cause : bâtir, selon ses propres termes, une « Algérie nouvelle », un objectif cependant bien pénible à concrétiser au regard de l’héritage épouvantable laissé par l’ancien président déchu – comme en témoignent actuellement les révélations dégoûtantes de la chronique judiciaire. Au vu, également, d’une situation économique rendue plus inquiétante par les incertitudes des cours du Brut et par ce qui semble bel et bien se transformer en front pétrolier face auquel les marges de manœuvre paraîssent bien peu convaincantes.
Dans l’intervalle, immense, qui sépare M. Tebboune du cap qu’il s’est fixé pour faire de l’Algérie un pays nouveau, il y a une majorité politique qui n’en est pas une et, donc, franchement inutile même s’il se donne la peine de la consulter directement ou à ses marges. Il y a une opposition à deux têtes : l’une outrageusement électoraliste et qui ne rêve que de législatives anticipées comme si c’était le graal, l’autre en mauvaise santé et qui reste généralement en attente de ce que le Hirak fera ou ne fera pas de son étonnante capacité à démentir présentement l’usure du temps et le statu quo qui s’est encrassé depuis les présidentielles du 12 décembre.
Ainsi, nul étonnement à observer que le chef de l’Etat qui, s’il ne rechigne pas à aborder selon les communiqués de ses services la « situation du pays », insiste beaucoup sur son projet de révision constitutionnelle. Pour lui, la future Loi fondamentale dont on aura un aperçu dans les prochaines semaines est la bonne direction pour parvenir au pays nouveau qu’il promet aux Algériens, une voie d’autant plus indiquée que, quand la conjoncture est mauvaise, mieux vaut scruter l’horizon et le border d’espoirs et de bonnes intentions.
Pour l’emprunter, M. Tebboune peut être confronté à mille et une inconnues sauf une : le soutien de l’institution militaire comme elle vient de le réaffirmer à travers le dernier numéro de la revue El Djeich. Pour la revue de l’ANP,
« avec l’avènement à la magistrature suprême du Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, (…) les contours de l’Algérie nouvelle commencent à poindre à l’horizon». De « nombreux signes, énonce son éditorial, laissent penser que l’Algérie nouvelle sera progressivement une réalité palpable, ceci d’autant que ce qui caractérise ces débuts probants se reflète à travers les efforts de renforcement du front interne et l’enracinement de la cohésion dans les rangs du peuple, outre le lien puissant existant entre le peuple et son armée».
Pour un soutien, c’est davantage un alignement et un positionnement stratégique dont bénéficie le chef de l’Etat dans le bien périlleux contexte national actuel. Décisif, il n’est pas moins encombrant car il s’agit de ne pas le décevoir.<