La ministre chargée de la Solidarité n’a pas manqué hier le rendez-vous du 25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences à l’égard des filles et des femmes. Pour les responsabilités qui sont les siennes dans un département chargé de la protection sociale, sa participation aux commémorations de cette journée adoptée par les Nations unies en 1999 afin de mobiliser les opinions et les Etats nationaux contre un phénomène à l’ampleur croissante, est pour Ghania Eddalia, un réflexe ordinaire et attendu.

Ce qui était attendu, aussi, c’était ses déclarations sur la situation des femmes : un constat chiffré sur les femmes en situation de difficulté et dont les cas ont été recensés durant cette année 2018 et des affirmations que l’on connaît déjà sur l’action de l’Etat et du gouvernement pour la prise en charge de ces personnes violentées et, plus largement, ce qu’ils entreprennent au plan politique, juridique et législatif pour lutter contre les atteintes aux droits des femmes dans notre pays.
Il ne s’agit pas, ici, de faire un procès à la ministre qui fait son travail de défendre ses services et le gouvernement dont elle fait partie. Il y a lieu cependant d’apporter quelques remarques sur les chiffres qui sont régulièrement avancés sur les cas de violences et d’agressions. Le recensement de 2018 qu’elle a divulgué hier – pour le premier semestre de l’année – devrait être débattu et réexaminé à l’aune du contexte socio-culturel en vigueur. On pourrait, en effet, se réjouir que le nombre de victimes ne soit pas si élevé dans un pays où le phénomène des violences est ascendant, avoue-t-elle selon ses propos mêmes. Mais pourquoi a-t-elle donné uniquement les statistiques
du 1er semestre sachant que l’année est pratiquement terminée ?
On peut considérer cette attitude de la ministre comme un réflexe de prudence à ne pas communiquer n’importe quoi et n’importe comment sur un sujet délicat. Il n’empêche que ces statistiques ont pour origine les services de police et de gendarmerie. Ces corps de sécurité les tiennent à jour comme on dit, ce qui représente une raison suffisante pour souhaiter que Mme Eddalia, dont le ministère est théoriquement à la fois un observatoire et un département de veille sur les détresses sociales, publie les chiffres qui ne s’arrêtent pas uniquement à la période janvier-juin 2018. Doit-on rappeler également que beaucoup d’atteintes et d’agressions à l’intégrité physique et morale que subissent des femmes échappent à toute visibilité et à toute évaluation, parce que c’est tabou d’en parler et parce qu’elles sont commises le plus souvent dans les huis clos conjugal et/ou familial.
Par ailleurs, les quelques associations qui existent et qui travaillent dans la difficulté sur le terrain ont un point de vue tout autre sur les violences faites aux femmes dans notre pays et sur les moyens de prise en charge. Il serait peut-être temps de les écouter davantage et cesser de les considérer comme des adversaires parce qu’elles ont le courage de dire des choses que le gouvernement s’irrite à les entendre : comme de rappeler que la question, celle des femmes face aux violences, est éminemment politique, qu’elle cache d’autres enjeux comme le contrôle des femmes dans notre société, qu’elle nourrit et met en jeu des logiques affrontements de chapelle et d’idéologies, et donc de rapports de force dont la catastrophe est de faire des femmes, elles-mêmes, des boucs émissaires ou l’otage de calculs qui ne sont pas dans l’intérêt collectif et celui d’aller de l’avant : vers une société de droits respectueuse des différences.