Une équipe de recherche de l’Unité «Matériaux, Procédés et Environnement» (UR-MPE de l’université M’hamed-Bouguerra de Boumerdès), dirigée par le professeur Benmounah Mourad vient de mettre au point un procédé de désinfection des lieux hospitaliers et autres du Sars-Cov-2, apprend-on auprès du directeur de projet Mohamed Bouzid, qui précise qu’il s’agit d’une première mondiale en matière d’utilisation de la nanotechnologie.

Le projet intitulé «Synthèse de molécules biocides et virucides contre la Covid-19», en milieu hospitalier ou autres, est associé au choix des produits antiseptiques et désinfectants avec un double objectif, à savoir la prévention des infections nosocomiales dues aux bactéries et virus et son innocuité (ou moindre toxicité) pour les personnels en contact avec le produit. Il est, selon notre interlocuteur, complètement ficelé et se trouve en phase de recherche de sponsors ou industriels pour sa concrétisation.
Le projet a déjà obtenu l’agrément du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, explique notre interlocuteur, qui a alerté le professeur Aourag Hafidh de l’existence de ce projet, entamé en 2013, qui «a, aussitôt réagi en nous mettant en contact avec le ministère de l’Industrie pour la mise en application pour la purification aussi bien de l’air que de l’eau». Le test de ce produit, transmis par le biais d’International Publisher of Sciences Technology and Médecine, fait à Londres puis à Pékin (Chine) (international scholar Central), a été accepté le 29 mai 2020 et peut être utilisé contre la Covid-19 et tout ce qui est biologiquement nocif.
L’étude dont il est question consiste en l’utilisation de la molécule glutaraldéhyde comme désinfectant à l’état solide contre le coronavirus. Ce composé sera utilisé pour désinfecter les surfaces au niveau des hôpitaux et autres espaces fermés ainsi que pour la purification de l’air et de l’eau. Il a déjà été déposé au niveau de l’Institut Pasteur et au niveau international au laboratoire Schofars, indique le professeur Bouzid.
«Une des particularités de la pandémie Covid-19 est sa propagation nosocomiale et le lourd tribut payé par le personnel soignant et les patients. La question qui s’est posée, pour nous, est de savoir si, en plus de la contagion par la propagation de minuscules gouttelettes libérées par la bouche et le nez de la personne atteinte, le virus reste longtemps dans l’air et sur des surfaces, car la communauté scientifique n’a pas établi de façon précise combien de cas ont été infectés par des surfaces contaminées ainsi que la durée exacte de ce virus.
Il poursuivra en précisant que certaines études, sur d’autres coronavirus, ont prouvé que celui-ci peut survivre sur du métal, du verre, du plastique de 9 à 28 jours à basse température, à moins d’être bien nettoyés. Selon le chercheur, il a été prouvé, dans une étude publiée dans le New England Journal of Médicine, que le virus Sars Cov-2 peut survivre trois heures après avoir été expulsé dans l’air. Les recherches ont aussi démontré que ce virus peut être éliminé en une minute en désinfectant les surfaces avec de l’alcool 67/70% ou de l’eau de javel à 0,5% de peroxyde d’hydrogène ou de l’eau de javel domestique contenant 0,1% d’hypochlorite de sodium.
Selon le professeur Bouzid, à l’heure actuelle, la communauté scientifique n’a pas déterminé, avec exactitude, la durée réelle de survie du virus à l’air libre même s’il a été observé qu’en situation expérimentale la demi-vie du virus dans les aérosols était, approximativement, d’une heure qui peut être combattue en milieux communautaires ou résidentiels (hors milieux des soins) grâce aux produits désinfectants dont l’efficacité est dépendante de leur concentration, du PH de la température, de la présence de produits biologiques (sang, sécrétion…) et de la capacité des virus à se désagréger.
De nombreuses familles chimiques d’antiseptiques et de désinfectants rassemblent des composés aux propriétés ATS-D, ce qui a poussé l’équipe de chercheurs à s’intéresser à l’un d’eux, en l’occurrence les aldéhydes qui constituent une famille très large, dont seuls quelques composés présentent des propriétés désinfectantes intéressantes.
L’étude a donc porté sur le formaldéhyde et le glutaraldéhyde, qui permettent la formation sur les lipides de ponts entre les acides aminés qui peuvent rigidifier les structures protéiques qui perdent ainsi leurs activités biologiques. Les dialdéhydes dénaturent également les glycoprotéines de surface et ont donc une activité antivirale sur les virus enveloppés en l’absence d’action directe. Le professeur Bouzid explique que le glutaraldéhyde est un agent virucide puissant dans l’action est rapide, c’est-à-dire que le résultat s’obtient en une minute. Ce biocide peut être incorporé dans des matériaux innovants, pour le traitement de surfaces (salles de soins, équipements médical, blocs opératoires), désinfection des équipements destinés au grand public ainsi que de l’air par l’utilisation de matériaux et filtres innovants dans des installations de filtration de l’air et pour la désinfection de l’eau.
L’objectif principal de cette recherche, selon le professeur Bouzid, est de faire participer l’Algérie à cette aventure scientifique internationale qui est la lutte contre le virus Corona, tient-il à préciser.
L’équipe de l’UR-MPE de l’université de Boumerdès n’en est pas à sa première réalisation puisqu’elle a déjà été récipiendaire de deux prix à l’international, l’un en 2014 «Excellence Award Photon-2014 en science des matériaux par la Fondation Photon» et le second en 2017, sur La nature des matériaux qui structurent nos institutions de santé de promouvoir le développement des germes. La durabilité des infections nosocomiales y reste important (12% et 15%).
L’entretien avec ce chercheur, passionné par son travail en compagnie de sa jeune équipe, en rappelant les lourdeurs et autres blocages bureaucratiques en Algérie, alors qu’ailleurs les choses évoluent vite en citant l’annonce il y a, à peine, une dizaine de jours, du lancement d’une recherche identique en France sur un projet de revêtement anti Sars-Cov-2 pour protéger les équipes hospitalières.
Alors la question qui se pose, y aura-t-il un industriel pour concrétiser ce projet, combien utile pour en finir avec le problème de désinfection en milieu hospitalier et de protection des équipes de soins ? n