Au moment où les contours du dialogue « inclusif » annoncé par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, ainsi que les noms du panel de personnalités appelé à le mener sont gardés au secret, des indiscrétions et des déclarations annoncent l’imminence du processus de dialogue qui ne fait pas consensus au sein de la classe politique.
C’est ainsi que les informations faisant état de « tractations » menées par la présidence en vue de désigner la composante de ce panel pour engager « sous peu » le processus de dialogue sont confortées par des positions d’acteurs politiques de divers profils.
Après le ballon-sonde lancé par le président d’El-Bina proposant le désormais président de l’APN, Slimane Chenine, appartenant au même parti, pour mener le dialogue, c’est autour d’un ancien président de l’Assemblée, Karim Younes, d’afficher sa disponibilité à jouer un rôle dans ce dialogue.
« Puis-je alors me dérober de ce que l’on ne peut considérer que comme un devoir national ? C’est pourquoi, j’ai pris la résolution de faire appel à mes contacts habituels pour parachever la réflexion et m’aider à suivre une démarche qui pourrait être bénéfique pour tous », a affirmé l’ancien élu du FLN dans une déclaration publique.
Appuyant l’idée d’un dialogue national pour « une véritable sortie de crise », Karim Younès explique que le cadre de cette démarche recherchée « entre les enfants de la patrie doit, impérativement, s’inscrire dans l’esprit des revendications légitimes des millions d’Algériennes et d’Algériens qui sont sortis dans la rue pour exprimer leur colère et leur désir de changement, sans quoi tout est voué à l’échec ».
Il ajoutera que ces personnalités, parmi elles, des scientifiques, des constitutionnalistes de renom, des hommes de droit, des femmes et des hommes de la société civile, « partagent, avec moi, cette conviction et en font même une condition sine qua non».
Cette déclaration marque manifestement un changement dans la position de Karim Younes à l’égard du processus de dialogue annoncé par le pouvoir politique.
« J’informe mes amis que l’info donnée par Beur FM relative à ma présence dans l’instance de transition supposée être mise en place, relayée par certains journaux est totalement erronée », avait-il soutenu récemment. Sa déclaration d’hier n’a pas tardé, par ailleurs, à susciter des réactions parmi les acteurs de la scène nationale.
Le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), Said Salhi, n’a pas mis beaucoup de temps pour exprimer sa désapprobation à tout dialogue qui ne serait pas précédé par des mesures d’apaisement notamment la libération des détenus.
« La libération des détenus d’opinion et politiques et l’ouverture du champ politique et médiatique sont les préalables des préalables pour tout dialogue », a-t-il écrit sur son compte
Facebook.
« Il est clair qu’à ce stade, le dialogue est bloqué du fait que Bensalah est rejeté par la rue et Gaïd Salah refuse lui-même d’engager l’armée dans la négociation pour une solution politique à la hauteur des revendications toutes légitimes de la rue », soutient l’avocat.
Estimant que « toute médiation sincère est la bienvenue », M. Salhi est convaincu qu’il faudra « créer le déclic pour amorcer le processus pour le changement du système ». Pour lui, « tout est question de bonne volonté ». Cependant, les observateurs de la scène n’ont pas manqué de relever l’inadaptation des noms avancés jusque-là à la démarche déclinée par le chef de l’Etat qui évoquait des personnalités sans appartenance partisane. Le processus de dialogue qui sera lancé incessamment « sera conduit et mené en toute liberté et en toute transparence par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale », avait affirmé Bensalah à l’occasion de la célébration de la fête de l’Indépendance. Or, les deux noms avancés, Slimane Chenine et Karim Younès, sont affiliés à des partis politiques. A cela s’ajoute la persistance des atteintes aux libertés constamment décriées par des partis politiques de l’opposition. <