Notre pays a connu une vague de chaleur exceptionnelle durant l’été dernier. Ce phénomène, qui concerne davantage sa façade nord que le sud d’ordinaire propice à la hausse du mercure en période estivale, risque de perdurer et de poser à l’avenir de sérieux défis de prévention et de gestion aux collectivités locales.

Par Lyes Sakhi
Cette prévision s’adosse aux indications fournies hier à l’APS par le directeur de l’Exploitation météorologique et de la climatologie à l’Office national de météorologie (ONM). Dans un entretien avec l’agence de presse, Salah Sahabi-Abed a révélé que les services de l’Office ont enregistré la période du 9 au 15 août dernier – un intervalle durant lequel on a assisté au départ des feux qui ont ravagé une partie du pays dont la Kabylie – douze records nationaux de températures. Le mercure durant ces six jours de canicule est monté dans le nord de l’Algérie jusqu’à 44 à 48 degrés Celsius.
Salah Sahabi-Abed a précisé que ces nouveaux records ont concerné El-Tarf avec +49.1 degrés Celsius, Bejaia (+48.4), Chlef (+48.0), Relizane (+47.8), Guelma (+47.7), Tizi-Ouzou (+47.4), Annaba (+47.0), Miliana (+46.8), Maghnia (+46.1), Mascara (+45.8), Sidi-Bel-Abbès (+45.6) et Saida (+44.1). Autrement dit, toutes les régions où le couvert végétal a été plus ou moins gravement ravagé par les feux pour un bilan inquiétant de plus de 90.000 hectares partis en fumée, selon des indications à l’occasion d’un débat sur la gestion des forêts hier au CNESE.
«La vague de chaleur observée cette année a plutôt intéressé les wilayas du Nord de l’Algérie, contrairement à l’année 2018 où elle a concerné les wilayas du Sud», a fait savoir M. Sahabi-Abed jugeant le phénomène comme «l’une des caractéristiques du dérèglement climatique dont les effets demeurent parfois imprévus». Durant la seule période du 5 au 6 juillet 2018, a-t-il rappelé pour signaler la durabilité de ce phénomène, «le réseau d’observation de l’ONM a enregistré durant la seule période du 5 au 6 juillet 2018 cinq (05) nouveaux records de température maximale absolue relevées sur cinq wilayas».

51,3 C à Ouargla en juillet 2018, un record africain
L’expert en météorologie et en climatologie a indiqué que, durant cette période, il a été enregistré +49.7 C à El-Oued, +49.5 C à Touggourt, +47.4 C à Ghardaïa et + 44.8 C à Bechar, et +51.3 C à Ouargla, «un record pour l’Algérie et pour tout le continent africain», a-t-il souligné. «La dernière décennie (2011-2019) a été nettement plus chaude, où les températures minimales et maximales annuelles ont été en moyenne plus chaudes que celles des normales des deux périodes 1961-1990 et 1981-2010, et ce, sur la majeure partie du pays», a-t-il encore signalé. Les projections futures du climat sur l’Algérie «montrent que les saisons chaudes continueront à s’étendre au-delà des périodes estivales au cours des prochaines années et la gestion des vagues de chaleur sera par conséquent de plus en plus complexe», a-t-il averti. Non sans mettre l’accent sur la nécessité de mise en œuvre d’«un système de vigie sanitaire adapté pour la chaleur extrême et répondant aux défis changeants du climat». Dans le même contexte, «les services sanitaires vont devoir coordonner avec les services météorologiques pour la mise en place de ce système aussitôt que possible», a-t-il préconisé.

Les risques «seront diversifiés et seront notamment posés pour la société en raison de leurs impacts sur la santé, la sécurité alimentaire et l’eau, l’économie, la biodiversité et l’écosystème», a-t-il expliqué, observant que «les décideurs sont appelés plus que jamais à prendre des mesures adéquates pour non seulement réduire les effets négatifs de ce changement climatique, mais également de développer des stratégies pour y faire face».

L’impératif de l’anticipation
Il s’agit d’«anticiper les catastrophes et développer la culture des risques climatiques et météorologiques au sein des pouvoirs publics et les populations devront faire l’objet d’un plan stratégique à mettre en œuvre en urgence», a-t-il dit en rappelant le «rôle important» qu’auront à jouer dans un «proche avenir» les élus et les autorités locales afin d’atténuer les effets négatifs du changement climatique. «Avec la recrudescence des risques d’inondations, de départs de feux de forêt, la sécheresse, la rareté de l’eau et les vagues de chaleur de grande envergure, la mission des responsables locaux ne se limitera par conséquent plus à la gestion des affaires courantes des populations», a-t-il avisé. M. Sahabi-Abed a insisté sur «la nécessité de disposer des compétences adéquates» et des «moyens et les structures nécessaires» pour «anticiper la menace, ainsi que le savoir-faire dans la gestion des catastrophes de grande ampleur, qui constitueront «un défi majeur pour nos futurs responsables locaux». Face au risque des catastrophes naturelles météorologiques, l’expert recommande, notamment, de «mettre en place des systèmes d’alertes précoces conçus de manière à pouvoir apporter une réponse appropriée au sein de la population exposée, intégrant toutes les composantes de la société», ainsi que «l’implication de la société civile, des associations et des acteurs locaux pour une gestion plus efficace de l’alerte et de l’information de crise lors des catastrophes météorologiques». A bon entendeur… <