Aymen Benabderrahmane a imputé la dépréciation de la monnaie nationale aux répercussions de la crise sanitaire sur l’économie…

Par Hakim Ould Mohamed
Le ministre des Finances Aymen Benabderrahmane a, à nouveau, anticipé le rétablissement de la monnaie nationale dans les prochains mois sous l’effet de l’amélioration de l’activité économique et commerciale. Interrogé, lundi, en marge de la cérémonie d’inauguration d’un nouvel espace numérique de la Banque Extérieure d’Algérie (BEA), Aymen Benabderrahmane a imputé la dépréciation de la monnaie nationale aux répercussions de la crise sanitaire sur l’économie nationale, prévoyant une amélioration de la valeur du dinar durant les prochaines semaines, grâce à la dynamique économique et commerciale positive que connaît l’Algérie depuis le début de l’année en cours.
Qui dit répercussions de la crise sanitaire sur l’économie nationale dit baisse des fondamentaux de l’économie nationale, laquelle ne rime aucunement avec une surévaluation du dinar, car celle-ci pouvant s’avérer nuisible à l’économie puisqu’elle subventionne les importations au détriment de la production nationale et de fait diminue les recettes en dinars de la fiscalité pétrolière. Le ministre fait appel aux précédents arguments de la Banque centrale qui soutenait sans relâche que la dépréciation du dinar de ces dernières années est due essentiellement à l’impact du choc pétrolier sur les fondamentaux de l’économie. C’est-à-dire que le taux de change du dinar par rapport aux principales devises, l’euro et le dollar en l’occurrence, jouait le rôle d’amortisseur face à l’impact de la chute des cours du brut sur la stabilité macroéconomique du pays. Le ministre semble reprendre à son compte les arguments de la Banque d’Algérie, assaisonnés de quelques ingrédients de la conjoncture, dont la crise sanitaire, pour expliquer le canal baissier dans lequel s’est empêtrée la monnaie nationale depuis maintenant plusieurs années. Cependant, ses projections optimistes quant au rétablissement du dinar dans les prochains mois contrastent clairement avec celles contenues dans le cadrage budgétaire du gouvernement de la période 2021-2023. Les prévisions de l’Exécutif anticipent, en effet, une forte dépréciation du dinar sur les trois prochaines années ; le taux de change du dinar par rapport au dollar devrait s’établir à 142,20 DA cette année, 149,31 DA/dollar en 2022 et 156,78 DA/dollar en 2023. Cette tendance baissière prévue par le gouvernement va à contre sens des déclarations du ministre qui, à deux reprises, anticipe un rétablissement du dinar dans les prochains mois.

Contrastes…
La semaine dernière, Aymen Benabderrahmane a tenté de balayer l’hypothèse d’une quelconque érosion monétaire à des fins de paramétrage macroéconomique. Le ministre a assuré, à la même occasion, que le dinar «est en voie de rétablissement» et que la «relance de certains projets économiques devrait redonner à la monnaie nationale de la vigueur dans les prochains mois». Sauf que, la semaine d’après, les cotations hebdomadaires de la Banque d’Algérie font état d’un nouveau record à la baisse du dinar face au billet vert, dont le taux de change est passé à 140,28 DA pour un dollar. Face à la principale devise du Vieux continent, le dinar semble limiter la casse cette semaine, puisqu’il s’est légèrement apprécié face à l’euro, se négociant à 165,64 DA pour 1 euro, contre un record de plus de 168 DA/euro, il y a trois semaines. En variation annuelle, l’érosion monétaire paraît plus prononcée avec, au tableau des cotations, un taux de change du dinar face à la monnaie unique qui est passée de 137,26 DA/euro le 29 mars 2020 à 165,64 DA/euro cette semaine, alors que son taux de change vis-à-vis du billet vert est passé de 124,67 DA/dollar au 31 mars 2020 à 140,28 DA/dollar cette semaine.
Bien évidemment, les conséquences de cette dépréciation sur le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises ne sont pas à démontrer. L’usage du taux de change du dinar à des fins de paramétrage macroéconomique a fait bien des victimes parmi les agents économiques. Cependant, depuis quelque temps, la Banque centrale n’a cessé d’alerter sur l’inefficience de cet outil de politique monétaire en l’absence de réformes de fond censées accompagner cette dépréciation. Effectivement, dans sa dernière note de conjoncture, la Banque d’Algérie a souligné que «l’ajustement du taux de change ne doit pas constituer le principal, voire l’unique, levier d’ajustement macroéconomique». «Pour être efficace, il doit accompagner la mise en œuvre effective d’autres mesures et politiques d’ajustement macroéconomique, notamment budgétaire, aux fins de rétablir durablement les équilibres macroéconomiques et de réformes structurelles aux fins d’asseoir une diversification effective de l’économie et in fine une hausse de l’offre domestique de biens et services», soutient la Banque centrale.