En attendant que le Conseil constitutionnel se prononce sur la suite à donner aux dossiers des deux candidats à la candidature en vue de la prochaine élection présidentielle, il semble que ce soit un non-événement pour la classe politique dans sa globalité.

Le suspense qui accompagne en général le dépôt des dossiers de candidature en attendant de savoir qui sera retenu et qui ne le sera pas n’est pas de mise cette fois-ci. Quel que soit le résultat qui sera rendu par l’instance que préside Kamel Fenniche, personne ne semble lui accorder la moindre importance.
Les deux candidats, Hamid Touahri et Abdelhakim Hamad, sont de parfaits inconnus et personne ne donne cher de les voir décrocher le quitus que devra délivrer le Conseil constitutionnel qui dispose de dix jours pour rendre son verdict.
Hakim Belahcel, premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS), n’a aucun doute sur la suite qui sera donnée aux deux candidats et déclare être sûr qu’il ne peut y avoir qu’une suite défavorable. «Il est certain que les dossiers des deux candidats vont être rejetés. Et même si on veut supposer une seconde qu’ils soient retenus, le peuple a dit qu’il refuse ces élections.
Le peuple est mobilisé et c’est lui qui est en train de décider pour tout. Il n’y a aucun doute là-dessus. Nous considérons que le dépôt des dossiers est un non-événement», a déclaré M. Belahcel. Dans ce cas, il n’y aura forcément pas d’élection et pour le FFS c’est le mieux qui puisse arriver car, dit-il, «l’annulation probable de cette élection présidentielle, décidée d’une manière unilatérale par le régime, constitue une chance pour l’avenir de la démocratie dans notre pays. Le processus révolutionnaire que le peuple algérien a commencé le 22 février dernier est une grande victoire qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin».
Au niveau du Parti des travailleurs (PT), c’est quasiment la même impression qui se dégage. «Nous n’accordons pas de crédit à la prochaine présidentielle et le fait qu’il n’y ait pas de candidats est déjà une victoire pour le peuple algérien qui l’a refusée dès le début», a déclaré Djelloul Djoudi, cadre et responsable de la communication du PT.
A propos des deux candidats à la candidature, il répond : «Nous ne les connaissons pas, donc nous ne pouvons pas parler d’eux, mais il est certain que cette élection n’aura pas lieu». Il étaye son propos par le fait que le corps électoral a décidé de boycotter le scrutin devant se tenir avec le même gouvernement rejeté, la même loi électorale, bref avec les mêmes conditions défavorables à son organisation dans un cadre serein et transparent. Il ajoutera comme argument le fait que les P/APC aient refusé de revoir les listes électorales et, surtout, «où ces deux candidats ont-ils pu signer les 60 000 formulaires ? C’est une énigme ! Nous sommes étonnés qu’ils aient pu récolter autant de signatures».
Quoi qu’il en soit, «dossiers de candidatures déposés ou non, l’essentiel pour le PT, c’est que la présidentielle n’ait pas lieu, car ce n’est pas la solution», a conclu M. Djoudi.
Le regard sur l’après 4 juillet
Pour le Mouvement de la société pour la paix (MSP), «le dépôt des dossiers des candidats n’est qu’un détail, car le vrai débat est que l’élection ne se tienne pas parce le peuple la refuse», selon son chargé de communication Beladjmia Bouabdellah. Il explique qu’il est normal que le peuple ne puisse cautionner ce scrutin, car ce sont les mêmes conditions que celles de l’élection prévue pour le 18 avril dernier. «Comment voulez-vous que le peuple accepte une élection avec les mêmes personnes, la même loi électorale… ? Ce qui nous intéresse, c’est une élection transparente avec une commission nationale indépendante et non le ministère de l’Intérieur pour sa gestion, et avec une loi électorale révisée», a soutenu M. Beladjmia, avant de se poser, lui aussi, la question de savoir si les deux candidats inconnus ont pu récolter les 60 000 signatures et, si c’est oui, où ont-ils pu les signer sans qu’on puisse en entendre parler ?
C’est la même question que se pose d’ailleurs Soufiane Djilali de Jil Jadid. Pour lui, les deux potentiels candidats ne sont pas suffisamment connus pour avoir les 600 signatures exigées des élus ni les 60 000 des citoyens, alors il est certain qu’«ils ne passeront pas le cap du Conseil constitutionnel. En plus, il n’y a eu aucun mouvement de signature, sinon on l’aurait su». A cela s’ajoute le fait, selon Soufiane Djilali, qu’à chaque présidentielle il y a 25 ou 30 dossiers déposés même s’ils sont loin de répondre aux critères exigés par la loi. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), par la voix de son porte-parole Yacine Aïssiouane, n’est «pas du tout dans la logique des élections» et «le dépôt de dossiers des deux candidats auxquels personnes n’y croit». «Au RCD, on se projette plutôt dans l’après 4 juillet, on se penche sur comment aller vers une transition démocratique.
Donc l’élection puisée de la Constitution et devant être menée par les personnes rejetées ne pourra que régénérer le même système, celui-là même que le peuple algérien a tant décrié», selon le RCD qui ajoutera que dans tous les cas, «cette élection est un non-événement».<