Par Bouzid Chalabi
Alors que les montants des investissements par l’Etat dans les installations de dessalement d’eau de mer sont colossaux et que les barrages peinent à se remplir dans un contexte de stress hydrique, les eaux potables injectées dans les réseaux de distribution se retrouve sur les trottoirs ! Et pour cause, le taux de déperdition dépasse largement les standards internationaux tolérables en la matière. On parle en effet de 30 à 40 % de perte alors que la norme est de 10 %. A ce propos, selon des sources concordantes, il est recensé annuellement quelque 20 000 points de fuite dont 5 000 restent en l’état. «C’est pour dire que si le pays continue d’augmenter l’offre en eau, les réseaux d’adduction et les conduites accusent un faible niveau de maintenance au point où des volumes importants, produits à prix fort, sont perdus», déplorent à l’unanimité des experts en matière de ressources hydriques que Reporters a pu approcher lors de son passage à l’ouverture, hier, du Salon international des équipements, des technologies et des services en eau (SIEE-Pollutec). Nos interlocuteurs se rejoignent par ailleurs à dire qu’il aurait été plus judicieux de mener en parallèle l’installation des usines de dessalement d’eau et la rénovation ou tout au moins la restauration à grande échelle du réseau de distribution en place dont de nombreux tronçons accusent des niveaux de vétusté sans pareil. Ne serait-ce que sur le plan de l’utilisation maximum, toute l’eau dessalée produite, autrement dit rendre utile tous les investissements et non pas voir des volumes échapper à leur véritable destination». Toujours à propos de ce déplorable constat de déperdition, l’eau qui coûte cher à l’Etat au vu du coût élevé de son prix de revient au mètre cube, soit près de 10 000 DA. Et pourtant, du côté des experts, on avance que de nouvelles techniques ont été mises au point pour diminuer les taux de fuite et aussi les détecter dans les délais requis. Sur ce dernier point, selon un responsable du stand de l’Algérienne des eaux (ADE), des efforts sont consacrés à la maintenance du réseau et dans le cas de fuite d’intervenir sans trop tarder. «Aujourd’hui, les sociétés comme la Seeal, la Seor et la Sece disposent d’appareillages qui permettent de détecter toute fuite même enfouies dans le sol, voire même le point précis de fuite. En clair, des instruments qui permettent de localiser les fuites dans les canalisations enterrées», nous a rapporté le représentant de la société qui fournit lesdit équipements aux sociétés des eaux suscitées, présente au Pollutec avec toute la gamme de technologies pour la détection des fuites d’eau ou de gaz naturel sous l’appellation commerciale «Sewerin». Il faut savoir que les fuites pèsent lourdement sur les coûts de production de l’eau dessalée. Ce qui incite impérativement à mettre en place une maintenance efficiente et permanente sur toute la longueur d’adduction et des réseaux de distribution des eaux potables issues des usines de dessalement. En clair, faire en sorte de bien gérer une eau dessalée qui revient chère à l’Etat mais tout autant indispensable pour combler le déficit de l’offre en eau conventionnelle, appelée certes à diminuer sous l’effet du stress hydrique qui se perpétue plus sévèrement depuis quelques années. Face à cette donne, le pays a adopté une stratégie de développement du programme de dessalement d’eau de mer qui va permettre d’augmenter la capacité de production de cette eau non conventionnelle à 3,8 millions de m3 par jour à l’horizon 2024 et ainsi réduire la demande en eau de surface dédiée à la consommation des populations. Soulignons enfin que les pouvoirs publics consacrent une enveloppe de 4 milliards de dollars aux usines de dessalement d’eau de mer. <