Si à première vue, cela paraît comme une visite ordinaire qui entre dans le cadre des activités des membres du gouvernement, le déplacement de Noureddine Bedoui, accompagné d’autres ministres, à Timimoune, mardi, renseigne sur la volonté des autorités de rassurer les populations locales quant aux engagements pris, notamment sur le plan du développement.

Outre l’agenda de la visite, ce sont surtout les messages distillés dans les propos du ministre l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire qui méritent toute l’attention. Noureddine Bedoui n’a pas lésiné sur les engagements, ni sur les promesses, encore moins sur les assurances et l’espoir. Dans son discours, prononcé lors d’une rencontre avec les élus et les représentants de la société civile, il dira que le gouvernement continue d’appliquer «les orientations du chef de l’Etat quant à la poursuite des efforts de développement des différentes régions du Sud». La phrase sonne comme une réponse à ceux qui disent que cette partie de l’Algérie est exclue du développement, car il faut bien la mettre dans son contexte. Lequel est marqué par une levée de boucliers contre «l’exclusion et la marginalisation», crié haut par des Touareg en colère depuis quelque temps.
En février dernier, l’Amenokal de l’Ahaggar avait brisé le silence appelant l’Etat à assumer ses responsabilités. «La patience a dépassé le seuil de tolérance. Les Touareg ne se reconnaissent plus dans cette wilaya (Tamanrasset) où les étrangers de l’Afrique noire ont plus de droits que les autochtones. Inadmissible ! Il est temps de changer les choses si l’on veut éviter de replonger le pays dans une crise d’une autre dimension», avait averti Ahmed Edabir. Le 17 mars dernier, un grand rassemblement a été organisé à la Maison de la culture Dassine, en présence de plusieurs notables des régions limitrophes, et où les participants ont réclamé leur «part du développement». C’est pourquoi, le déplacement de Bedoui, bien qu’il s’inscrive dans les activités de l’Exécutif, semble répondre à une situation d’urgence qui risquait de déstabiliser une région stratégique du pays, surtout qu’elle partage des frontières avec des pays en proie à toutes sortes de trafics et de crises sécuritaires.

Développement
Il fallait donc agir en haut lieu. Ce qui explique d’ailleurs le cachet de cette visite, le ministre de l’Intérieur n’est pas parti en son nom uniquement mais a été «chargé par le président Abdelaziz Bouteflika», comme il l’a bien précisé dans ses propos.  De plus, Noureddine Bedoui était accompagné de deux ministres, Mustapha Guitouni de l’Energie, et Abdelghani Zaâlane des Transports et Travaux publics ainsi que du P-DG de Sonatrach, Abdelmoumène Ould Kaddour.  Au-delà des projets inaugurés, dont une nouvelle route reliant la daïra d’Aougrout à Hassi Barouda, le nouveau complexe gazier au champ de Timimoune, et l’annonce du groupe Sonatrach de la réalisation d’une école spécialisée dans la formation des techniciens en industries gazières au niveau de la wilaya d’Adrar «en vue de qualifier la main-d’œuvre locale dans ce domaine», Bedoui a bien choisi les mots et les messages.  Face à la colère citoyenne, il tiendra des propos qui se veulent comme un appel à la vigilance. Le ministre a mis en garde l’opinion publique contre ce qu’il a qualifié de «fausses informations relayées par certaines parties», rappelant que «la meilleure politique est la politique de développement et de travail de terrain». «La paix et la réconciliation nationale sont le plus grand acquis réalisé par l’Algérie», a-t-il soutenu, saluant le rôle «important» accompli par l’Armée nationale populaire (ANP) pour la sécurisation des frontières du pays.

Vigilance
Toujours dans le même plaidoyer, il ne manquera pas d’envoyer des notes d’espoir pour l’avenir du Grand-Sud, expliquant que son département s’attèle à l’évaluation des différents efforts consentis au niveau des wilayas déléguées créées et que le développement de ces régions se «poursuit». Pour preuve, à en croire le ministre «chargé de mission par Bouteflika», le Fonds du Sud sera «relancé» pour «prendre en charge les projets gelés». «Sur instructions du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, nous poursuivrons la dynamique de développement instituée à la faveur des différents programmes», a soutenu Noureddine Bedoui.
En déplacement dernièrement à Alger, l’Amenokal de l’Ahaggar, cité par la presse le 24 mars, a déclaré avoir été «reçu par des responsables en haut lieu» auxquels il a remis la plateforme de revendications formulées par la population de la région du Grand-Sud. Edabir s’est montré optimiste expliquant que le dossier relatif à l’effervescence dans le Sud «jouit d’une attention particulière» de la part des responsables au pouvoir, qui, selon lui, auraient pris conscience de la gravité de la situation. Une prise de conscience qui semble vite s’être traduite sur le terrain par des actes et des engagements auprès de la population.