Deux heures, c’est l’équivalent du temps réglementaire d’un match de football tout en y ajoutant les prolongations. Deux heures, c’est la durée d’un vol entre Alger et Djanet dont la distance est de 1490. Mais depuis la nuit du 17 au 18 mai 2021, deux heures c’est le temps pris par des personnes (à cet instant encore inconnues) pour pouvoir agresser, pratiquement en toute tranquillité, dix institutrices. C’était il y a quelques jours, à Bordj Badji Mokhtar, et les victimes étaient dans leurs logements de fonction.
Des agressions dont l’onde de choc ne s’estampera pas de sitôt. Les réactions déclenchées par cet acte, depuis sa médiatisation, ne cessent de s’enchaîner. C’est que l’impact est loin d’être restreint à la ville de Bordj Badji Mokhtar, ou à la direction de l’éducation de la wilaya concernée. C’est bien plus que ça. Il est question du département gouvernemental de Mohamed Ouadjaout, premier responsable de ces institutrices. Il est question de la crédibilité de l’Etat, qui n’a pas pu assurer la sécurité de ces femmes, alors qu’elles avaient donné l’alerte bien avant (comme l’a précisé, dans son communiqué, le Syndicat national des travailleurs de l’éducation) et à plusieurs reprises.
L’indignation est donc là, «palpable» sur les médias sociaux, et effective dans le contenu de quelques communiqués d’associations. Toutefois, cela ne pourra jamais être suffisant. Les agressions dont ont été victimes ces institutrices viennent rappeler à chacun l’immensité des chantiers à réaliser. Que le secteur de l’éducation ce n’est pas seulement les négociations de salaires et les réclamations sur le «contenu» des œuvres sociales. Que la sécurité concerne tous les citoyens, de toutes les wilayas du pays, et qu’il ne peut y avoir de privilégiés, selon le sexe, le statut social ou la région.
Ce qui s’est passé à Bordj Badji Mokhtar ne doit pas être oublié. Il est tout à fait possible que d’autres personnes puissent subir le même sort. L’«environnement» dans lequel s’est déroulé cette agression est loin d’être spécifique à cette région. Voilà un dossier chaud et important pour le gouvernement, et également pour les vrais acteurs de la société civile. Pour la «classe» politique, il est évident qu’il y aura, au plus, un communiqué et ensuite, comme de coutume, rien. L’heure est aux actes. Le mouvement populaire déclenché le 22 février 2019 a été un signal pour aborder les maux sociétaux avec d’autres démarches, une autre mentalité. Que les 10 institutrices soient un repère qui doit être bien au-delà de l’indignation.