Par Bouzid Chalabi
Une surprenante rareté de l’huile de table sur les étals du commerce de détail est intervenue ces dernières jours et à un degré moindre celle de la semoule prenant ainsi de court les consommateurs. Or, il y a quelques mois le ministère du Commerce annonçait en grande pompe, après une sévère période de tension sur l’huile de table, que les producteurs se sont engagés, d’une part, à inonder le marché et, d’autre part, et une mise en place d’un mécanisme de régulation à même de mettre fin aux intempestives raretés.
C’est donc un retour à la case départ qui suscite des questions qui méritent réponses aux yeux d’une très large couche de la population du pays. Du côté des détaillants, cette tension simultanée sur deux denrées de très large consommation a laissé perplexe leur clientèle. C’est d’ailleurs ce qu’ont attesté certains d’entre eux approchés par Reporters. « Depuis une semaine, mes rayons d’huile de table de toutes les contenances sont vides. Et quand bien même, ce jeudi, j’ai réussi à m’approvisionner chez mon grossiste fournisseur habituel de deux palettes contenant chacune 100 bouteilles de 2 litres, je n’ai pas eu le temps de les disposer sur mes rayons car pressé par toute une chaîne de personnes qui voulait être servie sur le champ. Résultat. Tout l’arrivage s’est écoulé en un temps record, chaque client a acheté un maximum de bouteilles d’huile de table », nous a confié un patron d’une grande supérette à Hussein Dey. C’est d’ailleurs la même chose que dans beaucoup d ’autres lieux du commerce au détail. Ces derniers affirment à l’unanimité que depuis quelques jours leurs grossistes fournisseurs n’ont plus rien d’huile de table. « Pas seulement, puisque nos commandes sont réduites de moitié pour ce qui concerne la semoule », lâche cet autre patron de supérette installé à El Harrache. Tout comme ces derniers nous ont fait savoir « qu’ils ont été avertis par leur grossiste qu’outre l’huile de table en situation de grave pénurie, la semoule pourrait connaître la même situation ».
Des propos que nous a confirmés le président du Comité des grossistes de Oued Smar, Walid Messaoud, joint hier par Reporters. Ce dernier nous indique que les dépositaires s’approvisionnent en quantités très inférieures à leurs besoins. «C’est pourquoi plusieurs d’entre nous ont fini par cesser le commerce de l’huile de table dès lors où cela n’est plus rentable. Qu’on en juge. Il faut mobiliser nos poids-lourds pour se voir livrer de qu’au tiers de leur capacité de transport. » Le président du Comité des grossistes nous a par ailleurs rapporté dans ce sillage qu’ « on est arrivé souvent à conseiller aux détaillants de se rendre eux-mêmes auprès de l’usine d’huile de table s’ils veulent faire le plein de leur commande. Mais je ne crois pas qu’ils soient nombreux à faire dans la surenchère». `
En somme, détaillants et grossistes ne sont nullement responsables de la situation de crise sur notamment l’huile de table et à un degré moindre sur la semoule. Du coup, une question s’impose : où réside le maillon faible ?

La dérégulation entre l’offre et la demande persiste
Selon Walid Messaoud « si les usines de production affirment à l’unanimité que leur capacité de production n’ont pas décliné, on peut en déduire que c’est après la sortie d’usine qu’il faut chercher où est acheminée une partie de la production ». Toujours dans ce même ordre d’idées, notre locuteur avance : « A ma connaissance, de très grandes quantités d’huile de table conditionnée sont destinées à l’exportation vers des pays voisins, créant ainsi un déséquilibre dans notre marché local de l’offre et de la demande. C’est aussi le cas pour la semoule, car des tonnages importants sont aussi exportés ». Du côté des quelques responsables commerciaux d’usine de productions d’huile de table et de minoterie, approchés par nos soins, se rejoignent à dire que « nos chaînes de production tournent à plein régime et nous vendons tout ce que nous produisons comme tonnages ». C’est d’ailleurs ce qu’atteste le groupe Cevital à travers un communiqué qu’il a largement diffusé le samedi 17 septembre courant et où il a rassuré en substance les consommateurs de répondre à leurs besoins en quantités. Ce faisant, il y a lieu de déduire que les pénuries d’huile de table et de semoule sont à mettre aux comptes de l’incapacité de fixer les besoins réels du marché local. Une dérégulation qui intervient de façon récurrente. Chose tout à fait étonnante si l’on s’en tient aux résultats d’enquêtes menées sur le terrain par une commission de députés et recommandant en substance l’intérêt de déterminer avec exactitude les besoins réels de consommation. Est-ce à dire que rien n’a été fait dans ce sens et cela au grand détriment des populations ? <