Dans un communiqué rendu public hier, la présidence de la République a détaillé la nature et les raisons des récentes instructions adressées aux «membres du Gouvernement et aux responsables des corps de sécurité» en ce qui concerne la marche à suivre face aux lettres de dénonciation anonymes. Ainsi le document, publié dans son intégralité par l’APS, invite les autorités concernées à «ne plus tenir compte des lettres anonymes dans les poursuites judiciaires». Il précise également que l’instruction avait été adressée «une semaine» après la deuxième rencontre Gouvernement-Walis des 12 et 13 août dernier. Une réunion où le président de la République avait, pour rappel, annoncé que les lettres de dénonciation anonyme ne serait dorénavant plus prises en compte.
Décision qui trouve sa justification dans «l’injustice» que peut constituer le lancement d’une procédure sur la base d’une simple dénonciation anonyme. Le communiqué explique en ce sens que des rapports parvenus à la présidence de la République ont fait ressortir que certains «cadres de l’Etat et responsables» ont été poursuivis et «privés de liberté sur la base de ces lettres qui, le plus souvent, se sont avérées dénuées de tout fondement». Une situation «injuste» qui a également entraîné une «paralysie de l’activité des administrations et des entreprises publiques» ajoute le même document. «La peur et l’angoisse d’être poursuivi sur la base d’une simple lettre anonyme» a porté préjudice au travail et à «l’esprit d’entreprise» : «… Le traitement d’importants dossiers, revêtant parfois un caractère d’urgence, est renvoyé à des dates ultérieures, causant ainsi de graves préjudices au fonctionnement de ces institutions.»
Dans ce contexte, la présidence de la République appelle également les autorités concernées à «différencier les fautes de gestion dues à une erreur d’appréciation» et les «actes volontaires qui ne profitent qu’à leurs auteurs ou à des tiers malintentionnés». Les instructions adressées au gouvernement et aux responsables des corps de sécurité expliquent ainsi que l’administration judiciaire «dispose de tous les moyens légaux pour mener des investigations en la matière». La lutte contre la corruption «irréversible et nécessaire» ne doit, en aucun cas, «prendre la forme d’une campagne de déstabilisation des outils de réalisation et de concrétisation des missions de l’Etat et de ses différentes structures d’exécution»
Instructions de la présidence de la République qui ont pour objectif d’éviter l’émergence d’une telle situation, d’un «climat malsain (…) alimenté par des rumeurs souvent distillées par les tenants de l’argent sale, des corrompus, ceux qui veulent à tout prix déstabiliser l’Etat et ses structures pour échapper à leur sort inéluctable». Le président de la République appelle à ce propos à différencier les actes qui ne relèvent que de «l’incompétence ou de mauvaise appréciation (…) démunis de tout esprit ou de volonté de corruption», des actes «à l’origine de pertes économiques ou financières à l’Etat» et dont le but est d’accorder «des avantages indus à des tiers, en infraction aux lois et règlements et sans consultation écrite de la hiérarchie». Ainsi si les erreurs de gestion devront être «sévèrement sanctionnées administrativement», les cas relevant de la corruption nécessitent des investigations «orientées vers la recherche de preuves tangibles de corruption active ou passive».
Quant aux citoyens qui apporteraient leur aide «avec les preuves nécessaires» en s’adressant directement aux «autorités habilitées, conformément aux procédures en vigueur» ou au «travers des médias», la présidence rappelle qu’ils devront être protégés «par l’Etat de toute forme de représailles». La liberté de la presse étant également «consacrée par la Constitution». n