PAR NAZIM BRAHIMI
La population résidente totale en Algérie a atteint 45 millions d`habitants au 1er juillet, selon le Directeur de la population au ministère de la Santé, Omar Ouali, qui a fait état, également, de la chute de la moyenne de mariage parmi les Algériens. Le même responsable a précisé, à ce propos, qu’après s’être établi à 10 mariages sur une population de 1 000 personnes durant les années 2015 et 2016, la moyenne de mariage est désormais de l’ordre de 7 à 8 pour 1 000 habitants.
S’agissant de l’évolution démographique, le nombre d’Algériens résidents passe ainsi de 43,9 millions en janvier 2020 à 45 millions jusqu’à ce mois de juillet 2021, ce qui implique des répercussions sociales et économiques certaines. «Cette situation doit obligatoirement être prise en compte dans tous travaux de prospective sur le très long terme, vu ses répercussions sur la taille de la population, la structure de la famille et du ménage algériens», a expliqué à Reporters Ahmed Mokaddem, démographe, expert statisticien et économiste.
Estimant que «l’allongement continu de la durée de vie moyenne, jusqu’alors non compensé par la baisse de la fécondité, s’est traduit par une accélération sans précédent de la croissance de la population», le spécialiste a noté que la population algérienne «pourrait être au début du dernier stade de la transition démographique et devrait s’acheminer de façon certaine vers un taux d’accroissement naturel nettement plus modéré».
La croissance démographique est-elle une opportunité ou une charge ? M. Mokaddem estime que la taille de la population, en relation avec l’économie, ne doit être ni trop faible ni trop élevée. «Une forte croissance de la population aussi bien qu’une population d’une trop petite taille pourrait freiner le développement économique et social. Dans le premier cas, les capacités de l’économie ne peuvent satisfaire les besoins de la population. Dans l’autre cas, la croissance économique ne peut pas bénéficier d’un marché important», explique-t-il.
Pour sa part, le socio-démographe et chercheur, Mustapha Omrane, met en alerte, entre autres, sur les risques des années à venir au cas où cette montée en force de la démographie n’est pas escortée par une croissance économique en conséquence, partant du constat qu’à l’heure actuelle, le pays ne produit pas suffisamment de richesses pour répondre aux besoins de plus en plus grands de la population. Le chercheur a relevé que la nouvelle approche en vigueur est axée sur le principe du dividende démographique qui voit dans la population active, combinée à un changement de la structure de la population, une fenêtre pour le développement, dans la mesure où la population active productrice de richesses est plus nombreuse que la population à charge : enfants, personnes âgées… «Le problème est que les besoins de la population sont plus grands que les réponses apportées par le gouvernement. L’Algérie ne produit pas suffisamment de richesses pour répondre aux besoins de plus en plus grands de la population : santé, éducation, emploi pour les jeunes, logements…», avait-il averti, il y a déjà deux ans, en prédisant que «les années à venir seront encore plus difficiles s’il n’y a pas une forte croissance économique».
Au mois de juin 2018, l’Office national des statistiques (ONS) a fait état d’une prévision en ce qui concerne l’évolution démographique. L’Office a indiqué que les perspectives d’évolution de la population algérienne à l’horizon 2040, et sous l’hypothèse d’atteindre un indice conjoncturel de fécondité de 2,4 enfants par femme et d’une espérance de vie à la naissance de 82 ans pour les hommes et 83 ans pour les femmes, la population résidente en Algérie atteindra 44,227 millions d’habitants en 2020, 51,309 millions en 2030 et 57,625 millions en 2040.
Au mois de février 2020, le Président Tebboune avait demandé «au ministre concerné de préparer immédiatement un recensement général de la population afin que la politique de la planification nationale soit fondée sur des bases solides. Ce qui permettra de déterminer la consommation nationale quotidienne pour pouvoir adapter nos importations à nos besoins réels». La demande du Président faisait suite au constat d’«imprécisions dans certains chiffres relatifs au domaine économique», alors que «l’économie ne repose pas sur des estimations approximatives mais sur des statistiques exactes». <