« Nous, groupe d’élus de cette APW, ne nous reconnaîssons plus dans le parti de Mohcine Bellabes. Nous nous sommes constitués en groupe indépendant (…) Il vaut mieux se séparer au nom de la vérité que de s’unir au nom du mensonge. »

Tout est dit ou presque dans cette déclaration des huit élus du RCD à l’APW de Tizi Ouzou, qui annoncent leur démission de leur parti. Ici, l’histoire d’un divorce annoncé et sans surprise entre deux protagonistes qui semblent rejouer le refrain de « je t’aime, moi non plus ! »
Pour les observateurs avertis, la démission, le 26 février 2019, des huit élus du groupe APW du RCD dont l’ex-détenue du Hirak, incarcérée pour port du drapeau amazigh, Samira Messouci, n’est qu’un coup de tonnerre dans un ciel déjà chargé et assombri par une guerre larvée et qui agitait depuis des mois déjà les rangs du parti. L’annonce de la démission des 8 élus sur les 14 que compte le RCD à l’APW de Tizi Ouzou était dans l’air depuis au moins l’été dernier et entre dans la suite logique de la dissidence qui date de plusieurs mois. Elle se transformera peu à peu en démission des rangs du parti des députés Yassine Aissiouene, Lila Hadj Arab et consorts, qui n’ont pas tardé à rentrer dans une opposition frontale avec la direction qu’ils accusaient de dévier de la ligne historique du RCD, de sa doxa. Leur mise à l’écart du bureau exécutif du parti, lors d’une réunion tenue au début du printemps de l’année dernière, était un signe avant-coureur d’une rupture qui ira en s’aggravant entre les deux parties dont les divergences étaient un secret de Polichinelle pour beaucoup d’observateurs. Et ces divergences ne tarderont, du reste, à être étalées sur la place publique et le réseau social Facebook. On notera, d’abord, que les têtes de pont de cette contestation du pouvoir du successeur de Saïd Sadi au poste de président du Rassemblement pour la culture et la démocratie, à savoir Y. Aissiouane et Lila Hadj Arab, ont remis leur mandat de député, pour, ont-ils justifié, « rejoindre le peuple dans la rue », mais sans tenir compte de l’avis de la direction et n’ont pas résisté à la tentation d’entraîner d’autres cadres et élus locaux dans leur entreprise d’opposition en vue de la récupération de l’appareil du parti. Entreprise qui ne sera pas couronnée de succès puisque la direction s’empressera de leur couper l’herbe sous leurs pieds en plaçant des cadres qui lui sont restés fidèles aux postes de décisions au sein des structures nationales et locales du parti.

Signes avant-coureurs
Les critiques suscitées par la réaction, jugée molle et manquant d’enthousiasme, de Mohcine Bellabes face à l’incarcération, au début de l’été dernier, de la militante et élue du parti à l’APW de Tizi Ouzou, Samira Messouci, agiront comme révélateur des ressentiments que nourrissaient ces cadres dissidents et leurs relais au sein de la base militante, écœurés par ce déficit de solidarité qu’ils ont cru déceler chez le chef du parti, lui reprochant sa condamnation du bout des lèvres de l’emprisonnement d’une militante. Ce qui allait avoir un effet désinhibant sur leur parole en livrant à des attaques en règle contre M. Bellabes et son équipe. Autre point de discorde, l’initiative de sortie de crise dans le cadre du PAD portée à bout de bras par le Rassemblement pour la culture et la démocratie avec d’autres partenaires, comme le FFS, et qui n’a pas suscité l’enthousiasme de ce groupe. Sur le réseau social facebook, certains n’ont pas pardonné à M. Bellabes et à ses collaborateurs de s’être compromis avec des courants politiques qui se sont toujours inscrits dans l’hostilité politique et idéologique, au parti fondé, à la fin des années 1980, par le Dr Saïd Sadi.
Faut-il aussi y voir un autre signe de discorde ? La tenue de la première rencontre du PAD au mois de juillet dernier, au siège du RCD, s’était déroulée en présence de nombreuses figures du courant démocratique mais sans la présence de figures connues du parti. D’autres indices achèveront de révéler un peu plus une ligne de fracture qui était déjà béante entre les deux camps qui se livraient, via leurs supporters respectifs, à des attaques à fleurets mouchetés sur les réseaux sociaux. Un support où les internautes n’ont pas manqué, par exemple, de lire des propos dont il était loisible de deviner la source et qui critiquaient de manière acerbe la démarche politique de Mohcine Bellabes, accusé de fourvoyer le RCD dans des jeux politiques et des considérations idéologiques étrangères à sa ligne, à son identité et à son histoire. Plus explicite, dans ce sens, est la sortie des huit élus locaux du RCD qui viennent de claquer définitivement la porte de ce parti: « Nous, groupe de huit élus à cette APW, ne nous reconnaissons plus dans le parti de Mohcine Belabbas, et nous informons l’opinion publique que nous nous sommes constitués en groupe d’élus indépendants à l’APW de Tizi Ouzou (…) Il vaut mieux se séparer au nom de la vérité que de s’unir au nom du mensonge », précisent-ils, tout en se disant « engagés à accompagner les élus locaux et les citoyens pour l’intérêt général et le développement de notre wilaya ».

Vers le changement de sigle ?
La sortie de ces élus démissionnaires, si elle est symptomatique de l’irréversibilité de la fracture qui les sépare de leur désormais ex-parti, elle ne manquera pas d’avoir d’autres développements. Ceux-ci seront, d’abord, et cela va de soi, d’ordre organique pour les dirigeants actuels du Rassemblement qui auront ainsi les coudées franches pour la mise en route de leur projet, notamment celui lié au changement de sigle (RCD vs Les Progressistes). Un redéploiement graphique qui ne manquera pas d’avoir des implications qui se traduiraient par une ouverture sur d’autres compétences et sensibilités politiques extérieures. Une option prise lors du dernier congrès que les néo-dissidents n’ont jamais accepté même s’ils se sont bien gardés de la critiquer ouvertement. Autre corolaire de ce divorce, la probable création d’une structure partisane concurrente. Car en quittant le navire RCD, ces ex-cadres et élus, que l’on dit restés fidèles à l’ex-président du parti, n’entendent, certainement, pas rester en rade de la vie politique. Affaire à suivre.